Alors que la Coupe du monde de football s’apprête à débuter le 11 juin dans la capitale mexicaine, des habitants dénoncent un phénomène de « nettoyage social » et d’accaparement par des multinationales comme Coca-Cola et Airbnb, d’après Reporterre.
Ce qu'il faut retenir
- Un « nettoyage social » est dénoncé dans les quartiers entourant le stade Banorte, où des opérations de rénovation s’accompagnent de déplacements de populations précaires, selon Reporterre.
- Des géants comme Coca-Cola et Airbnb sont accusés de profiter de l’événement pour étendre leur emprise économique dans la capitale mexicaine.
- Les travaux préparatoires à l’accueil du Mondial ont entraîné la fermeture de portions de voies routières, perturbant la circulation locale.
À Mexico, la rénovation de l’esplanade du stade Banorte — anciennement appelé stade Azteca — illustre les tensions autour de l’organisation de l’événement. Des habitants rapportent des opérations de « nettoyage social », c’est-à-dire des expulsions ou des incitations au départ des populations les plus vulnérables, afin de « purifier » les abords des infrastructures sportives. D’après Reporterre, ces pratiques ne sont pas nouvelles lors des grands événements internationaux, mais leur ampleur suscite cette fois une mobilisation accrue de la société civile.
Parmi les entreprises pointées du doigt, Coca-Cola est accusée de tirer profit de son partenariat avec la FIFA pour imposer sa marque dans tout le pays. Le géant des sodas, déjà omniprésent au Mexique, voit son influence renforcée par la visibilité médiatique du Mondial. De son côté, Airbnb est critiqué pour sa contribution à la spéculation immobilière, poussant les loyers à la hausse et chassant les habitants des quartiers centraux au profit de locations touristiques. Comme le rapporte Reporterre, ces dynamiques profitent d’un contexte où les promesses de développement économique peinent à se concrétiser pour les locaux.
Un Mondial sous haute tension sociale
Les préparatifs du Mondial 2026 au Mexique s’accompagnent d’une militarisation accrue des espaces publics, notamment autour des stades. Le stade Banorte, situé dans le sud de Mexico, est au cœur de ces transformations. Les autorités justifient ces mesures par la nécessité d’assurer la sécurité des supporters et des athlètes, mais les habitants dénoncent une instrumentalisation de la Coupe du monde au détriment de leurs droits. Selon Reporterre, des matchs de football improvisés se tiennent désormais sur des terrains rénovés, où les habitants tentent de préserver une forme de vie sociale malgré les restrictions.
Les travaux de rénovation, qui ont débuté il y a plusieurs mois, ont aussi entraîné la fermeture temporaire de portions de l’avenue menant au stade Azteca. Ces perturbations, bien que justifiées par les autorités locales, aggravent les difficultés de circulation pour les riverains. « On nous avait promis des retombées positives, mais on se retrouve avec des rues bloquées et des expulsions déguisées », a déclaré un habitant du quartier, qui souhaite rester anonyme par crainte de représailles.
Des acteurs économiques sous le feu des critiques
Le partenariat entre la FIFA et Coca-Cola, reconduit pour cette édition, est vivement critiqué. Le géant des boissons gazeuses, déjà présent dans plus de 90 % des foyers mexicains, renforce son emprise grâce à l’exposition médiatique du Mondial. « C’est une opération de marketing géante qui exploite un pays en développement », a affirmé une militante écologiste interrogée par Reporterre. De son côté, Airbnb est accusé de participer à une « gentrification accélérée » de Mexico, où les prix de l’immobilier ont bondi de 30 % en deux ans dans certains quartiers.
Ces accusations ne sont pas isolées. En 2018, lors de la Coupe du monde en Russie, des ONG avaient déjà dénoncé les pratiques similaires de multinationales profitant des grands événements sportifs. Au Mexique, la société civile craint que les bénéfices économiques ne profitent qu’à une minorité, tandis que les populations locales subissent les conséquences sociales et environnementales de ces transformations.
À l’échelle internationale, ce Mondial pourrait devenir un symbole des dérives des grands événements sportifs, où les promesses de développement se heurtent souvent à la réalité des inégalités sociales. Pour les organisateurs, l’enjeu sera de prouver que cette édition saura concilier spectacle sportif et respect des populations locales.
Le « nettoyage social » désigne des pratiques visant à déplacer ou exclure les populations précaires des quartiers en rénovation, souvent pour des raisons esthétiques ou économiques. Ces opérations peuvent prendre la forme d’expulsions, de hausse des loyers ou de pressions psychologiques pour inciter au départ.