Un congrès organisé au Mexique pour défendre une vision conservatrice de la masculinité a suscité une vive polémique parmi les associations féministes. Dix femmes et filles y sont assassinées chaque jour dans le pays, selon les dernières données disponibles. L’événement, porté par des groupes catholiques conservateurs, a été dénoncé pour son approche jugée régressive et dangereuse.
Ce qu'il faut retenir
- Un congrès conservateur sur la « masculinité » s’est tenu au Mexique, organisé par des groupes catholiques traditionalistes.
- Dix féminicides par jour en moyenne dans le pays, selon les chiffres officiels.
- Les féministes dénoncent un discours qui, selon elles, minimise les violences sexistes et renforce les stéréotypes de genre.
- Le Mexique est régulièrement pointé du doigt pour son taux élevé de violences contre les femmes, malgré les mobilisations sociales.
Selon Ouest France, cet événement, baptisé « Congrès pour la défense de la masculinité », a réuni des intervenants partageant une vision traditionaliste des rôles masculins et féminins. Il s’est tenu dans un contexte où le Mexique reste l’un des pays les plus dangereux au monde pour les femmes, avec un taux de féminicides parmi les plus élevés d’Amérique latine. Les organisateurs ont justifié leur initiative en invoquant la nécessité de « préserver les valeurs familiales traditionnelles » face à ce qu’ils décrivent comme une « crise morale » dans la société mexicaine.
Les associations féministes ont immédiatement réagi avec indignation. « Un tel discours ne fait qu’alimenter la culture du viol et justifier les violences », a dénoncé María de la Cruz, porte-parole du collectif « Ni Una Más ». Pour elle, ce congrès est « une insulte à toutes les victimes de féminicides ». Elle rappelle que, selon les dernières statistiques officielles, 3 800 féminicides ont été recensés en 2025, soit une moyenne de dix par jour. Ces chiffres, bien que contestés par certains experts pour leur sous-évaluation, illustrent l’ampleur d’un phénomène que les pouvoirs publics peinent à endiguer.
« Comment peut-on organiser un tel événement alors que des femmes meurent chaque jour ? Ce congrès est une provocation. »
— María de la Cruz, porte-parole du collectif « Ni Una Más »
Les critiques visent également le silence des autorités sur ces questions. Le gouvernement mexicain, dirigé par le président Andrés Manuel López Obrador, a souvent été accusé de négliger la lutte contre les violences faites aux femmes, malgré les promesses de campagne. Les fonds alloués aux programmes de protection des femmes restent insuffisants, et les mécanismes de prévention sont jugés inefficaces par de nombreuses ONG. « Le Mexique a besoin de politiques publiques ambitieuses, pas de colloques réactionnaires », a souligné Ana Martínez, chercheuse à l’Institut national des sciences sociales.
Ce congrès intervient dans un climat déjà tendu. Depuis 2020, le pays a connu une vague de mobilisations massives sous le hashtag « #UnDíaSinMujeres » (« Un jour sans femmes »), où des millions de femmes ont cessé toute activité professionnelle et scolaire pour protester contre les violences sexistes. Ces mouvements ont forcé le gouvernement à adopter des lois symboliques, comme la création d’un registre national des féminicides. Pourtant, leur application reste inégale selon les États, et les féminicides continuent d’augmenter dans certaines régions.
Les prochains mois pourraient être déterminants. Si le mouvement féministe maintient la pression, les autorités pourraient être contraintes d’agir. Mais face à la montée des discours conservateurs dans plusieurs États, la bataille pour les droits des femmes s’annonce difficile. Une chose est sûre : au Mexique, la question des violences sexistes ne disparaîtra pas des débats politiques.
