Dans la nuit du samedi 23 au dimanche 24 mai 2026, Kiev et ses alentours ont été frappés par une attaque ayant fait quatre morts et plus de soixante blessés, selon BFM Business. Volodymyr Zelensky a immédiatement attribué ces pertes à l’utilisation du missile hypersonique Orechnik, une arme russe réputée pour sa vitesse et sa capacité de destruction.
Ce qu'il faut retenir
- Une frappe russe nocturne a causé 4 morts et 60 blessés à Kiev et ses environs dans la nuit du 23 au 24 mai 2026.
- Le président ukrainien Volodymyr Zelensky accuse Moscou d’avoir employé le missile Orechnik, un engin hypersonique capable d’atteindre 12 350 km/h.
- Selon le Kremlin, cet engin peut frapper des cibles situées entre 3 000 et 5 500 km, menaçant ainsi « la quasi-totalité de l’Europe ».
L’Ukraine se réveille une fois de plus dans l’horreur, après une nouvelle nuit de bombardements intensifs. Les autorités locales ont confirmé un bilan provisoire de quatre victimes et d’une soixantaine de blessés, principalement dans la capitale et ses périphéries. « Ce missile est une arme destructrice, dont les premières utilisations dans ce conflit ont déjà causé de nombreuses victimes », a souligné Volodymyr Zelensky lors d’une allocution télévisée.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Sybiga, n’a pas hésité à qualifier l’attaque de « l’une des plus grosses actions terroristes menées contre Kiev ». Déjà utilisé fin 2024, le missile Orechnik avait alors provoqué une vive réaction internationale. À l’époque, la cheffe de la diplomatie estonienne, Kaja Kallas, avait dénoncé un signe « clair » d’escalade de la part de Moscou, perçu comme un « avertissement » adressé à l’Europe et aux États-Unis.
Un missile déjà déployé en Biélorussie et opérationnel en série
L’existence de l’Orechnik a été révélée pour la première fois le 21 novembre 2024, lors d’une frappe dévastatrice sur une usine militaire à Dnipro, dans le centre de l’Ukraine. Moscou avait alors justifié cette attaque comme une réponse aux frappes ukrainiennes menées avec des missiles américains ATACMS et britanniques Storm Shadow contre son territoire. Depuis, la Russie a annoncé le début de la production en série de cet engin.
En décembre 2025, le Bélarus, allié de Moscou et voisin de l’Union européenne, a confirmé avoir déployé des Orechnik sur son sol. Cette mobilité stratégique renforce la portée régionale de l’arme, dont la conception permet théoriquement de toucher des objectifs jusqu’à 5 500 km. « S’il était tiré depuis l’Extrême-Orient russe, il pourrait atteindre la côte ouest des États-Unis », avait précisé Vladimir Poutine en 2024.
Selon Pavel Podvig, chercheur à l’Institut des Nations unies pour la recherche sur le désarmement (Unidir), « l’Orechnik peut menacer la quasi-totalité de l’Europe ». Une analyse partagée par de nombreux experts, qui soulignent la capacité de l’engin à contourner les systèmes de défense antiaérienne classiques grâce à sa vitesse hypersonique et à ses ogives multiples.
Des caractéristiques techniques inédites et une interception quasi impossible
Le missile Orechnik affiche des performances techniques exceptionnelles. Vladimir Poutine a indiqué qu’il peut atteindre une vitesse de Mach 10, soit environ 12 350 km/h, avec une température des éléments percutants atteignant 4 000 °C — « presque autant que la surface du soleil », avait-il souligné. Le renseignement militaire ukrainien (GUR) a pour sa part évalué la vitesse maximale à plus de Mach 11 (environ 13 600 km/h) lors de son utilisation fin novembre 2024.
L’engin serait équipé de têtes multiples indépendantes, chacune suivant une trajectoire distincte lors de leur entrée dans l’atmosphère. Cette particularité complexifie considérablement les tentatives d’interception. « Les ogives pénètrent l’atmosphère et atteignent leurs cibles à des vitesses hypersoniques sans effectuer de manœuvre à ce stade », a expliqué l’analyste militaire polonais Marcin Andrzej Piotrowski.
Les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux après les tirs de la nuit dernière et celui de novembre 2024 montrent plusieurs flashs lumineux successifs tombant du ciel. Selon le GUR, ces images témoigneraient de l’utilisation de six ogives lors de la frappe de Dnipro. Un tir qui, selon certains experts, aurait pu être une démonstration politique plutôt qu’une attaque militaire classique, les dégâts matériels ayant été limités à l’époque.
Un missile conçu pour le nucléaire et une course aux armements relancée
L’Orechnik s’inscrit dans la lignée des missiles balistiques intercontinentaux russes. Selon le Pentagone, il serait basé sur le modèle RS-26 Roubej, lui-même dérivé du RS-24 Iars. Le programme Roubej, dont le premier test réussi remonte à 2012, avait été gelé en 2018 en raison de contraintes budgétaires et de la priorité donnée aux systèmes hypersoniques de nouvelle génération comme l’Avangard.
La course aux armements s’est intensifiée après le retrait des États-Unis en 2019 du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), signé en 1987. Donald Trump avait alors accusé Moscou de violer cet accord, ouvrant la voie à une nouvelle ère d’expérimentations militaires. Vladimir Poutine avait d’ailleurs confirmé fin 2024 que Moscou disposait d’une réserve de ces missiles « prêts à l’emploi ».
Au-delà de ses capacités offensives, l’Orechnik incarne une menace stratégique pour l’Europe. Sa portée et sa vitesse en font une arme difficile à contrer, capable de frapper n’importe quel point du continent en quelques minutes. « Ce missile n’est pas seulement une arme, c’est un outil de pression psychologique et géopolitique », a commenté un expert sous couvert d’anonymat.
Quoi qu’il en soit, l’utilisation de ce missile hypersonique marque une nouvelle étape dans la guerre en Ukraine, soulignant l’escalade technologique et militaire du conflit. Pour l’Europe, cette arme représente une menace concrète, obligeant les capitales à repenser leurs stratégies de sécurité collective.
Un missile balistique classique suit une trajectoire parabolique et est relativement prévisible pour les systèmes de défense. À l’inverse, un missile hypersonique combine vitesse extrême (plus de Mach 5) et capacité de manœuvre, ce qui le rend extrêmement difficile à intercepter. L’Orechnik, par exemple, peut atteindre Mach 10 et utiliser des ogives multiples indépendantes.