Alors que les États-Unis s’apprêtent à célébrer le 250e anniversaire de leur indépendance, le mémorial du Mont Rushmore, symbole de l’Amérique, reste au cœur de vifs débats. Terres confisquées aux peuples autochtones, collaboration du sculpteur avec le Ku Klux Klan, accusations de suprémacisme : comme le rapporte Ouest France, cette montagne gravée de visages de présidents américains porte une histoire bien moins glorieuse que son image publique. Le site, qui attire chaque année plus de deux millions de visiteurs, incarne aujourd’hui une mémoire nationale à géométrie variable.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Mont Rushmore a été sculpté sur des terres revendiquées par la tribu des Lakotas, confisquées par le gouvernement américain en 1877.
  • Le sculpteur Gutzon Borglum, chargé du projet, entretenait des liens avec le Ku Klux Klan et défendait une vision blanche et protestante de l’histoire américaine.
  • Le mémorial, inauguré en 1941, représente les présidents George Washington, Thomas Jefferson, Theodore Roosevelt et Abraham Lincoln.
  • Depuis des décennies, des associations autochtones dénoncent un monument célébrant des figures associées à la colonisation et à l’oppression des peuples amérindiens.

Des terres sacrées confisquées aux Lakotas

Le Mont Rushmore se dresse sur un territoire autrefois sacré pour la tribu des Lakotas, dans ce qui est aujourd’hui l’État du Dakota du Sud. Selon le traité de Fort Laramie signé en 1868, les Black Hills devaient être cédées à jamais aux Sioux. Pourtant, la découverte d’or en 1874 a précipité la rupture de cet accord. Le général George Custer, envoyé pour expulser les Amérindiens, a ouvert la voie à une confiscation officielle en 1877, sous l’administration du président Ulysses S. Grant. « Cette terre nous a été volée, et aujourd’hui, elle porte le visage de ceux qui nous ont volés », a rappelé en 2020 Nick Tilsen, président de l’organisation autochtone NDN Collective, cité par Ouest France.

Gutzon Borglum, un artiste aux liens troubles avec le Ku Klux Klan

Le sculpteur chargé de réaliser le mémorial, Gutzon Borglum, n’était pas un inconnu dans le monde des organisations suprémacistes blanches. Engagé dans le Ku Klux Klan au début des années 1920, il partageait avec cette organisation une vision de l’Amérique dominée par les Anglo-Saxons protestants. Ces liens, longtemps minimisés, ont été confirmés par des archives et des témoignages. Borglum lui-même a déclaré, lors d’une interview en 1925 : « Je crois en la préservation de la race anglo-saxonne. » Une position qui éclaire d’un jour nouveau le choix des quatre présidents sculptés, tous blancs et issus de cette même élite.

Les méthodes de Borglum posent également question. Pour financer et réaliser le projet, il a bénéficié du soutien de figures politiques et économiques proches des milieux conservateurs. Le mémorial, officiellement inauguré en 1941 après quatorze ans de travaux, devait incarner, selon ses propres mots, « le plus grand symbole de l’histoire américaine ». Pourtant, dès sa conception, il a été critiqué pour son manque de diversité et son eurocentrisme assumé.

Un monument au cœur des tensions mémorielles

Depuis les années 1970, le Mont Rushmore est régulièrement la cible de contestations. En 1971, une occupation par des militants autochtones a marqué les esprits. Plus récemment, en 2020, des graffitis portant les mots « Dismantle white supremacy » (« Démanteler la suprématie blanche ») ont été apposés sur le site. Ces actions reflètent une prise de conscience croissante, notamment chez les jeunes générations, de l’héritage colonial et raciste de certains symboles américains.

Des voix s’élèvent également pour proposer une réinterprétation du lieu. En 2021, la secrétaire à l’Intérieur Deb Haaland, première Amérindienne à occuper ce poste, a lancé une commission chargée d’étudier la possibilité d’ajouter des éléments rendant hommage aux peuples autochtones. « Le Mont Rushmore doit devenir un espace de dialogue et de réconciliation », a-t-elle souligné dans un communiqué. Une démarche qui reste, à ce jour, sans suite concrète.

Et maintenant ?

Alors que le 250e anniversaire de l’indépendance américaine approche, en 2026, la question de la mémoire nationale revient sur le devant de la scène. Une pétition circule pour demander la modification du site, tandis que des élus démocrates proposent d’intégrer des panneaux explicatifs sur l’histoire des Lakotas. Du côté des associations autochtones, la demande reste claire : la restitution des Black Hills. Une perspective que le gouvernement fédéral, toujours propriétaire des lieux, n’envisage pas pour l’instant. Le débat, lui, est loin d’être clos.

Face à ces enjeux, le Mont Rushmore incarne désormais bien plus qu’un simple monument touristique. Il cristallise les contradictions d’une nation qui célèbre sa liberté tout en peinant à assumer son passé. Et si son avenir reste incertain, une chose est sûre : son histoire controversée ne sera pas effacée.

Pour les Lakotas, le Mont Rushmore représente une terre volée en violation d’un traité, sur laquelle ont été gravés les visages de quatre présidents américains associés à la colonisation et à l’oppression de leur peuple. Le site sacré est devenu, selon eux, un symbole de la domination blanche.