Le gouvernement mozambicain, fortement dépendant de l’aide internationale pour assurer sa sécurité, se retrouve aujourd’hui pris en étau entre une insurrection jihadiste persistante et une crise politique post-électorale qui s’enlise. Selon Libération, cette situation complexe menace la stabilité du pays et expose les limites des capacités locales à gérer simultanément ces deux défis majeurs.
Ce qu'il faut retenir
- Le Mozambique dépend à plus de 70 % des financements étrangers pour ses dépenses de sécurité, selon les dernières estimations du ministère des Finances.
- Les attaques du groupe jihadiste Ansar al-Sunna, actif dans le nord du pays, se sont multipliées depuis 2023, faisant plus de 5 000 morts et 800 000 déplacés.
- La crise post-électorale, déclenchée par la contestation des résultats de l’élection présidentielle de octobre 2024, oppose le président sortant Filipe Nyusi à l’opposition menée par Ossufo Momade.
- Les négociations entre le gouvernement et les groupes armés, soutenues par la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), n’ont abouti à aucun accord durable.
Une insurrection jihadiste qui s’étend malgré l’aide étrangère
Depuis 2017, le Mozambique fait face à une insurrection islamiste dans la province de Cabo Delgado, frontalière avec la Tanzanie. Ansar al-Sunna, affilié à l’État islamique, a intensifié ses attaques ces trois dernières années, ciblant les villages, les infrastructures pétrolières et les forces de sécurité. Selon Libération, les dépenses militaires du pays, estimées à 1,2 milliard de dollars en 2025, sont couvertes à hauteur de 85 % par des contributions étrangères, principalement de l’Union européenne et des États-Unis.
Malgré l’engagement de 1 500 soldats rwandais et 1 000 forces de la SADC déployés depuis 2021, les groupes armés maintiennent leur emprise sur une partie du territoire. En avril 2026, une nouvelle offensive a été lancée contre la ville stratégique de Mocímboa da Praia, reprise par les jihadistes en 2020 avant d’être reprise par les forces gouvernementales.
Une crise post-électorale qui mine la légitimité du pouvoir
L’élection présidentielle d’octobre 2024, remportée par Filipe Nyusi pour un troisième mandat controversé, a été vivement contestée par l’opposition, menée par Ossufo Momade, ancien président de la Renamo (Résistance nationale mozambicaine). Les résultats, jugés « non crédibles » par les observateurs internationaux, ont déclenché des manifestations violentes dans plusieurs villes, notamment à Maputo et Beira, faisant au moins 120 morts selon les bilans officiels.
Ossufo Momade a dénoncé des « fraudes massives » et exige une recomptage des voix, tandis que le gouvernement a qualifié ces accusations de « tentatives de déstabilisation ». Les négociations sous l’égide de la SADC, menées en février 2025 à Gaborone, n’ont abouti qu’à un accord de principe pour un dialogue national, jamais concrétisé. «
Le Mozambique est à un carrefour. Sans résolution de la crise politique, la lutte contre le terrorisme sera encore plus difficile», a déclaré João Carlos do Rosário, analyste politique à l’Université Eduardo Mondlane.
Une économie fragile sous la pression des deux crises
Le Mozambique, riche en ressources naturelles – gaz, charbon, rubis –, souffre d’une économie déjà fragilisée par la pandémie de Covid-19 et le cyclone Idai en 2019. La crise jihadiste a paralysé l’exploitation des gisements gaziers offshore, où des projets comme celui de TotalEnergies (20 milliards de dollars d’investissement) sont suspendus depuis 2021. Selon Libération, le Fonds monétaire international (FMI) a alerté en mars 2026 sur le risque de défaut de paiement du pays, avec une dette publique représentant 110 % du PIB.
Les recettes fiscales, en chute libre en raison des perturbations économiques, limitent la capacité de l’État à financer ses dépenses sociales et militaires. «
Sans une stabilisation politique, le Mozambique pourrait perdre le soutien de ses bailleurs de fonds, ce qui aggraverait encore la situation», a souligné Mozambique News, un média local indépendant.
Le Mozambique se trouve donc à un moment charnière. Entre la nécessité de restaurer une légitimité politique perdue et celle de contenir une insurrection qui gagne du terrain, le gouvernement devra composer avec des partenaires internationaux de plus en plus réticents à financer un pays en proie à l’instabilité chronique.
Depuis 2021, 1 500 soldats rwandais et 1 000 forces de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) sont déployés pour soutenir l’armée mozambicaine. Ces troupes interviennent principalement dans la province de Cabo Delgado, où elles ont permis de reprendre certaines villes aux jihadistes, comme Mocímboa da Praia en 2021. Leur mission est avant tout sécuritaire, mais leur présence ne suffit pas à éradiquer l’insurrection, selon les experts.