L’exposition « Photography and Belonging », actuellement présentée au Kunstpalast de Düsseldorf jusqu’au 25 mai 2026, met à l’honneur le travail du photographe américain Neal Slavin, pionnier de la photographie de groupe en couleur. Selon Euronews FR, cette rétrospective coïncide avec la réédition de son ouvrage fondateur « When Two or More Are Gathered Together », célébrant ses 50 ans de carrière et proposant une analyse inédite de l’évolution des dynamiques sociales aux États-Unis.

Ce qu'il faut retenir

  • Un livre culte en édition anniversaire : « When Two or More Are Gathered Together », publié initialement en 1976, est réédité en 2026 pour marquer le cinquantenaire de sa première parution.
  • Une exposition majeure à Düsseldorf : L’exposition « Photography and Belonging », visible au Kunstpalast de Düsseldorf jusqu’au 25 mai 2026, présente une sélection représentative de son œuvre.
  • La couleur comme outil de réalisme social : Slavin a contribué à populariser l’usage de la couleur dans la photographie artistique, alors que le noir et blanc dominait encore le milieu des années 1970.
  • Une approche sociologique unique : Ses portraits de groupe révèlent les structures sociales, les hiérarchies et les dynamiques communautaires, en laissant aux individus la liberté de se positionner dans le cadre.
  • Un constat universel sur l’appartenance : À travers son travail, Slavin interroge le besoin humain de se rassembler, un thème plus que jamais d’actualité à l’ère des écrans et des réseaux sociaux.

Un regard pionnier sur la photographie couleur

Neal Slavin, né en 1941, s’est imposé comme une figure majeure de la photographie dès les années 1970, une période où la couleur était encore perçue comme un médium commercial plutôt qu’artistique. Comme le rapporte Euronews FR, il fait partie des quelques photographes à avoir défendu son usage dans la photographie sérieuse, malgré les critiques des puristes. « La couleur n’était pas prise au sérieux, car on nous disait qu’elle ne tiendrait pas dans le temps et qu’elle n’était pas archivable », a-t-il expliqué lors d’un entretien avec la rédaction. « Pour nous, l’important était que chaque voix puisse s’exprimer et ouvrir un dialogue, et la couleur était l’outil qui permettait de rendre cette réalité palpable. »

Cette conviction s’est forgée lors d’une expérience marquante en 1972 : Slavin avait photographié un groupe de bénévoles d’ambulances en noir et blanc et en couleur. En comparant les deux versions, il a réalisé que la couleur apportait une information cruciale. « En noir et blanc, je ne distinguais pas un trophée en or d’un trophée en argent, alors qu’en couleur, la différence sautait aux yeux. La couleur, c’est de l’information, et sans elle, que reste-t-il ? » a-t-il souligné. Dès lors, il a abandonné le noir et blanc pour se consacrer exclusivement à la photographie couleur.

Les groupes comme miroir de la société

Contrairement à une pratique courante consistant à imposer une composition rigide aux modèles, Slavin a toujours laissé ses sujets se placer librement dans le cadre. Cette méthode, qu’il décrit comme une « subtilité souvent négligée », lui a permis de révéler des dynamiques de pouvoir, d’identité et d’appartenance au sein des groupes. « On ne peut pas faire entrer les gens dans des boyaux de saucisse », explique-t-il. « Ils doivent se sentir à l’aise là où ils sont. C’est ainsi que naît le sentiment d’appartenance. »

Cette approche lui a également appris à respecter les réticences de certains individus, qu’il s’agisse de timidité ou d’un simple désintérêt pour la photographie. « Certains ne veulent pas vraiment être sur la photo, mais ils y sont parce qu’ils font partie du groupe. Il faut savoir capter ces nuances et adapter son attitude en conséquence », précise-t-il. Pour Slavin, un portrait de groupe réussi ne se limite pas à une simple juxtaposition d’individus : il révèle les interactions, les non-dits et les tensions qui traversent toute assemblée humaine.

Une édition anniversaire à l’heure des fractures sociales

La réédition de « When Two or More Are Gathered Together » intervient dans un contexte de profondes divisions politiques et sociales aux États-Unis, un pays que Slavin observe avec lucidité. « Les gens sont fondamentalement les mêmes qu’en 1970, mais leurs préoccupations ont évolué », note-t-il. « Nous nous battons toujours pour les mêmes droits, les mêmes libertés, mais les causes ont changé. » Il souligne que les combats pour l’égalité et la justice sociale, bien que toujours d’actualité, prennent aujourd’hui des formes différentes, parfois moins visibles.

Pour Slavin, la photographie de groupe reste un moyen essentiel de rappeler aux individus qu’ils font partie d’une communauté. « Sans les groupes, nous vivrions sur une planète de fantômes », affirme-t-il. « Les écrans, les smartphones et les réseaux sociaux nous ont éloignés les uns des autres, mais le besoin de se rassembler et d’être photographié ensemble persiste. » Il cite l’exemple des selfies, souvent comparés aux portraits de groupe d’antan, bien qu’ils n’offrent pas la même profondeur sociologique. « Le selfie est une forme d’expression individuelle, alors que le portrait de groupe raconte une histoire collective. »

L’évolution de la photographie à l’ère du numérique

En 2026, Slavin travaille exclusivement en numérique, bien qu’il garde une affection pour l’argentique, dont il apprécie « la douceur et la singularité ». Selon lui, la photographie a radicalement changé depuis les années 1970, passant du tirage argentique à l’ubiquité du numérique et à l’émergence des images générées par intelligence artificielle. « Le numérique a ouvert des possibilités incroyables, mais il nous rend aussi plus paresseux », observe-t-il. « On tape une phrase, et l’ordinateur en complète la moitié. Nous vivons les yeux rivés sur des écrans, et cela affecte notre capacité à communiquer directement. »

Pour Slavin, la photographie conserve nonetheless une fonction essentielle : celle de « miroir de soi ». « John Szarkowski, ancien directeur du département photo du MoMA, disait que nous avions désormais plus de photographies que de briques dans le monde. Cela montre à quel point nous cherchons à nous refléter, à travers cette image qui devient une mémoire. » Il ajoute, avec une pointe d’ironie : « Deux grand-mères marchent dans la rue. L’une dit à l’autre : « Regarde comme ce bébé est mignon ! » L’autre répond : « Si vous le trouvez mignon, vous devriez voir sa photo. » La photographie est bien plus qu’un simple cliché : c’est un outil de contemplation et de connexion avec soi-même et avec les autres. »

Et maintenant ?

La réédition de « When Two or More Are Gathered Together » et l’exposition à Düsseldorf pourraient relancer l’intérêt pour la photographie de groupe, un genre parfois éclipsé par l’essor des selfies et des réseaux sociaux. Si Slavin voit dans cette évolution une perte de profondeur sociologique, il reste convaincu que le besoin de se rassembler et de se représenter collectivement persistera. À l’ère de l’IA et de la saturation d’images, la question reste ouverte : la photographie parviendra-t-elle à conserver sa dimension humaine et mémorielle ?

Pour les amateurs de photographie, l’exposition « Photography and Belonging » au Kunstpalast de Düsseldorf, ouverte jusqu’au 25 mai 2026, offre une occasion unique de découvrir ou redécouvrir l’œuvre de Neal Slavin. Parallèlement, l’ouvrage « When Two or More Are Gathered Together » est disponible depuis avril 2026 aux éditions Damiani Books, marquant ainsi un jalon important dans l’histoire de la photographie contemporaine.

Pour Neal Slavin, le portrait de groupe raconte une histoire collective, là où le selfie se limite à une expression individuelle. Il considère que les groupes, malgré leur déclin relatif, restent essentiels pour comprendre les dynamiques sociales et l’appartenance humaine. « Un portrait de groupe est une carte routière de l’humanité », explique-t-il, soulignant que ces images révèlent les interactions, les hiérarchies et les tensions au sein d’une communauté.

Slavin reconnaît que le numérique offre une praticité et une rapidité inégalées, permettant de verrouiller une image immédiatement et de la reproduire à l’identique. Cependant, il regrette que cette facilité nous rende « plus paresseux » et moins attentifs à la mécanique de la prise de vue. « En argentique, chaque image avait une saveur unique, une douceur que le numérique ne peut reproduire », précise-t-il, tout en concédant que son choix actuel est dicté par des raisons pratiques plutôt qu’esthétiques.