La Cour suprême de New York a tranché en faveur de Philippe Maestracci, petit-fils du galeriste juif britannique Oscar Stettiner, arrêté en 1943 par les nazis. Selon Libération, la décision, rendue public vendredi 3 avril 2026, reconnaît Maestracci comme le légataire officiel de la toile « L’Homme assis appuyé sur une canne » de Modigliani, aujourd’hui estimée à plusieurs dizaines de millions d’euros.
Ce qu'il faut retenir
- La Cour suprême de New York a ordonné, le 3 avril 2026, la restitution de « L’Homme assis appuyé sur une canne » à Philippe Maestracci, petit-fils d’Oscar Stettiner.
- Oscar Stettiner, galeriste juif britannique, a été arrêté par les nazis en 1943 avant que son héritage ne soit spolié.
- La toile, peinte par Amedeo Modigliani, est aujourd’hui considérée comme un chef-d’œuvre du XXe siècle, avec une valeur estimée à plusieurs dizaines de millions d’euros.
- Cette décision marque une étape importante dans les restitutions d’œuvres d’art spoliées par les nazis, un dossier toujours actif en 2026.
Une spoliation remontant à la Seconde Guerre mondiale
L’affaire remonte aux années 1940, lorsque Oscar Stettiner, galeriste juif établi à Paris, fut arrêté par les autorités allemandes en 1943. Déporté, il ne survécut pas à la guerre, laissant derrière lui une famille dispersée et un patrimoine artistique dispersé. Selon les archives, sa collection, dont faisait partie le Modigliani, fut confisquée sous le régime de Vichy avant d’être vendue ou transférée en Allemagne.
Des décennies plus tard, Philippe Maestracci, petit-fils d’Oscar Stettiner, a engagé une procédure judiciaire aux États-Unis pour récupérer cette œuvre. New York, plaque tournante du marché de l’art international, s’est imposée comme un terrain privilégié pour ces restitutions, souvent complexes en raison de la dispersion des acteurs et des archives.
Une procédure judiciaire de plus de dix ans
Philippe Maestracci a lancé son action en justice il y a plus de dix ans, confrontant des musées et des collectionneurs privés qui détenaient l’œuvre à différents moments. En 2017, la justice française avait déjà reconnu le caractère spolié de la toile, mais son retour effectif restait bloqué en raison de litiges transnationaux.
Selon Libération, la Cour suprême de New York a finalement statué que Maestracci était le légataire légitime de son grand-père, conformément aux lois internationales sur la restitution des biens spoliés. La décision s’appuie sur des preuves documentaires, dont des correspondances et des registres de confiscation, établissant le lien entre Stettiner et l’œuvre.
« Cette décision rend justice à notre famille après des décennies de combat. C’est une victoire pour tous ceux qui luttent contre l’impunité des spoliations nazies. »
— Philippe Maestracci, cité par Libération
Un précédent dans un dossier toujours ouvert
Cette restitution s’inscrit dans un mouvement plus large de reconnaissance des spoliations artistiques commises pendant la Seconde Guerre mondiale. Depuis les années 1990, des milliers d’œuvres ont été identifiées, mais seulement une minorité ont été restituées à leurs propriétaires légitimes ou à leurs ayants droit. En France, la Mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés entre 1933 et 1945, créée en 1997, reste active en 2026 pour traiter les dossiers en suspens.
D’autres œuvres de Modigliani, dont certaines sont encore détenues par des musées ou des collectionneurs privés, font l’objet de demandes similaires. Selon des estimations, plus de 100 000 œuvres d’art auraient été spoliées en Europe pendant la guerre, dont une partie reste introuvable.
Reste à savoir si cette décision incitera les institutions à accélérer leurs propres recherches et restitutions. Pour l’instant, le musée d’Orsay, qui détient plusieurs œuvres dont l’origine est contestée, n’a pas réagi officiellement à ce jugement. La pression s’accroît cependant sur les musées français pour qu’ils publient l’intégralité de leurs archives sur les acquisitions réalisées entre 1933 et 1945.
La Cour suprême de New York s’est déclarée compétente en raison de la présence de l’œuvre sur le territoire américain pendant une partie de son histoire, notamment après la guerre, lorsque des collectionneurs privés l’ont acquise. Les tribunaux américains appliquent souvent le principe de la « juridiction universelle » pour les biens culturels spoliés, permettant aux héritiers de saisir la justice aux États-Unis, même si l’infraction a eu lieu ailleurs.
