La guerre qui sévit depuis la fin février au Moyen-Orient a indirectement profité à l’économie norvégienne. Selon BFM Business, le premier exportateur européen d’hydrocarbures hors Russie a enregistré une croissance record de 6,2 % au premier trimestre 2026, portée par une hausse spectaculaire des prix du pétrole et du gaz naturel. Ces derniers ont été dopés par les tensions géopolitiques dans la région, notamment la paralysie du détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique pour les échanges énergétiques mondiaux.
Ce qu'il faut retenir
- Croissance du PIB : +6,2 % au premier trimestre 2026, contre +0,2 % pour le PIB « continental » (hors hydrocarbures et transport maritime).
- Excédent commercial : 226 milliards de couronnes norvégiennes (21 milliards d’euros) sur la période, un niveau inédit.
- Hausse des exportations : +14,2 % pour le pétrole et +37 % pour le gaz naturel au premier trimestre.
- Prix des hydrocarbures : +23,5 % en moyenne, en raison des tensions liées au conflit israélo-iranien.
- Réaction de la Banque de Norvège : hausse de son taux directeur début mai, citant un risque inflationniste accru.
L’Institut norvégien de statistique (SSB) a confirmé ces chiffres dans un communiqué publié jeudi, soulignant l’impact direct du conflit sur les marchés énergétiques. « La guerre au Moyen-Orient a provoqué un choc violent sur le marché pétrolier », a déclaré Pål Sletten, responsable à la SSB. « Elle a fait grimper la valeur des exportations norvégiennes de pétrole et de gaz au premier trimestre », a-t-il ajouté, précisant que cette flambée des cours s’explique par la paralysie du détroit d’Ormuz, une artère maritime empruntée par près d’un cinquième du pétrole et du gaz mondiaux en temps normal.
Cette dépendance aux hydrocarbures, pilier de l’économie norvégienne, a donc joué en sa faveur. Les prix des hydrocarbures exportés par le pays scandinave ont progressé de 23,5 % en moyenne sur le trimestre, avec des pics à 37 % pour le gaz naturel et 14,2 % pour le pétrole. Résultat : l’excédent commercial norvégien a atteint 226 milliards de couronnes (soit 21 milliards d’euros), un record pour un premier trimestre.
Un PIB tiré par les hydrocarbures, mais des risques inflationnistes
Si la croissance globale a bondi, celle du PIB « continental », qui exclut les variations liées aux hydrocarbures et au transport maritime international, n’a progressé que de 0,2 %. Une performance modeste qui illustre la fragilité de l’économie norvégienne face aux chocs externes. Les autorités monétaires locales s’en inquiètent déjà. Début mai, la Banque de Norvège est devenue l’une des premières banques centrales en Europe à relever son taux directeur, invoquant le risque d’une inflation déjà élevée et susceptible de s’aggraver sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie.
Cette décision reflète les tensions entre la bonne santé économique actuelle et les menaces pesant sur la stabilité des prix. Les économistes norvégiens estiment en effet que la poursuite des tensions au Moyen-Orient pourrait maintenir les cours des hydrocarbures à un niveau élevé, alimentant ainsi l’inflation. D’autant que le conflit, déclenché le 28 février par les frappes israélo-américaines contre l’Iran, reste une source d’incertitude majeure pour les marchés.
La Norvège, acteur clé du marché énergétique européen
Avec une production quotidienne d’environ 1,3 million de barils de pétrole et des réserves de gaz parmi les plus importantes d’Europe, la Norvège joue un rôle central dans l’approvisionnement énergétique du continent. Avant la guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie, le pays fournissait déjà près de 25 % du gaz consommé en Europe. Depuis, sa part n’a fait qu’augmenter, renforçant sa position de fournisseur indispensable.
Cette dépendance accrue de l’Europe à l’égard de la Norvège soulève des questions sur la résilience du continent face aux crises géopolitiques. Si la flambée des prix profite à court terme à Oslo, elle pourrait aussi inciter les pays européens à accélérer leur transition énergétique, réduisant ainsi leur exposition aux chocs pétroliers. Pour l’heure, le gouvernement norvégien n’a pas commenté publiquement ces enjeux, se concentrant sur les bénéfices immédiats de la hausse des revenus énergétiques.
La situation reste donc contrastée : si la Norvège profite aujourd’hui de la guerre au Moyen-Orient, les incertitudes économiques et géopolitiques pourraient peser sur son avenir. Une chose est sûre, l’économie norvégienne, aussi robuste soit-elle, n’est pas à l’abri des soubresauts d’un marché énergétique de plus en plus volatile.
La Norvège profite indirectement du conflit car les tensions au Moyen-Orient perturbent l’approvisionnement en pétrole et gaz, notamment via le détroit d’Ormuz, une route maritime cruciale. Les prix des hydrocarbures montent en flèche, ce qui augmente les revenus d’exportation du pays, premier producteur de gaz en Europe et grand exportateur de pétrole.
L’Europe, très dépendante du gaz norvégien depuis la crise ukrainienne, voit ses importations coûteuses augmenter. À moyen terme, cela pourrait accélérer la transition énergétique en réduisant la part des énergies fossiles dans le mix énergétique européen, mais à court terme, les consommateurs et industries subissent une hausse des prix de l’énergie.