Selon Futura Sciences, une analyse récente des six scénarios de production électrique proposés par RTE pour 2060 montre que les mix énergétiques les plus nucléarisés présentent les impacts environnementaux les plus faibles, hors risque d'accident. Réalisée par Bertrand Cassoret, maître de conférences en génie électrique à l'Université d'Artois, cette étude compare l'empreinte écologique des différentes options de transition énergétique en France, à l'heure où la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3), publiée en février 2026, fixe le cadre pour la décennie à venir.

Ce qu'il faut retenir

  • Sur les six scénarios RTE 2060, ceux combinant nucléaire et hydroélectricité obtiennent les meilleurs scores environnementaux, selon une analyse de cycle de vie publiée en avril 2026.
  • Le photovoltaïque affiche les impacts les plus élevés parmi les technologies étudiées, en raison de sa consommation massive d'aluminium et de béton, ainsi que de sa faible durée de vie.
  • Les scénarios sans nucléaire nécessitent deux fois plus de capacités installées que ceux misant sur le nucléaire, en raison de l'intermittence des énergies renouvelables.
  • L'éolien et le solaire restent cependant indispensables pour remplacer les énergies fossiles, même si leur impact environnemental reste supérieur à celui du nucléaire.
  • Cette étude ne prend pas en compte les risques de catastrophe nucléaire, ni les autres dangers comme les ruptures de barrages ou les explosions d'hydrogène.

Des scénarios conçus pour une consommation électrique en hausse de 35 %

RTE, gestionnaire du réseau électrique français, a élaboré six scénarios pour répondre à une hausse de 35 % de la consommation d'électricité d'ici 2060. Cette augmentation s'explique par l'électrification des transports, du chauffage et de l'industrie, comme le détaille la Stratégie nationale bas carbone (SNBC). Parmi ces scénarios, trois misent sur le « nouveau nucléaire » (notés N01 à N03) avec une part de nucléaire comprise entre 18 % et 50 %, tandis que les trois autres (M1 à M3) n'envisagent pas de nouvelles centrales.

Dans les scénarios sans nucléaire, l'éolien et le photovoltaïque jouent un rôle central, mais leur intermittence impose des capacités installées bien supérieures. Par exemple, le scénario M1, qui repose à 100 % sur le photovoltaïque, nécessite plus du double de puissance installée que le scénario N03, majoritairement nucléaire. Cette différence s'explique par le facteur de charge faible des énergies renouvelables : une installation photovoltaïque de 1 kW ne produit en moyenne que 150 W sur l'année, contre une production quasi continue pour le nucléaire.

Le nucléaire moins polluant que le solaire et l'éolien en fonctionnement normal

L'étude s'appuie sur une analyse de cycle de vie (ACV) comparant quatre sources de production : nucléaire, éolien, photovoltaïque et hydroélectrique. Selon les données du GIEC, le nucléaire et l'éolien émettent environ 12 g de CO₂ par kWh, contre 41 à 48 g pour le photovoltaïque. Cependant, cette comparaison ne tient pas compte des impacts liés à la fabrication et au recyclage des installations. Or, les panneaux solaires au sol, par exemple, consomment autant de béton que le nucléaire pour une même production électrique, et l'éolien requiert davantage d'acier.

Une synthèse d'études européennes de 2021 classe le nucléaire comme la technologie ayant le moins d'impacts environnementaux sur la majorité des critères (épuisement des ressources, réchauffement climatique, etc.). À l'inverse, le photovoltaïque est identifié comme le pire élève pour 18 des 22 critères de la méthode ReCiPe, une référence en matière d'ACV. Ces résultats s'expliquent par la durée de vie des installations : un barrage hydroélectrique dure 80 ans, une centrale nucléaire 60 ans, un panneau solaire 30 ans et une éolienne 25 ans.

Des scénarios comparés selon deux méthodes complémentaires

Les six scénarios RTE ont été évalués selon deux approches. La première compare les impacts en fonction de l'énergie produite annuellement, sans tenir compte du stockage. La seconde prend en compte la puissance installée et la durée de vie des infrastructures, intégrant ainsi les besoins en stockage pour les énergies intermittentes. Dans les deux cas, le scénario M1 (100 % photovoltaïque) obtient les pires résultats, tandis que le scénario N02 (majoritairement nucléaire) affiche les impacts les plus faibles.

« Même dans le scénario N2, où le nucléaire représente 50 % du mix, la majorité des impacts proviennent du photovoltaïque, bien qu'il ne compte que pour 16 % de la production », souligne Bertrand Cassoret. Cette observation illustre la sensibilité des scénarios aux choix technologiques : le nucléaire, bien que controversé, limite l'empreinte écologique globale.

« À l'heure de choisir un mix électrique pour l'avenir, le nucléaire semble incontournable pour un mix le plus vert possible. »

— Bertrand Cassoret, maître de conférences en génie électrique à l'Université d'Artois

Des limites à considérer : risques et gestion des déchets

L'étude reconnaît plusieurs limites. D'abord, elle exclut les risques de catastrophe nucléaire, se concentrant uniquement sur le fonctionnement normal des installations. Ensuite, elle ne prend pas en compte les dangers associés au stockage de l'hydrogène ou aux ruptures de barrages, pourtant responsables de pertes humaines bien supérieures à Tchernobyl ou Fukushima. Enfin, la gestion des déchets radioactifs, confiée en France à l'Andra, n'est pas intégrée dans l'analyse.

Pour Bertrand Cassoret, ces limites ne remettent pas en cause les conclusions principales. « Le photovoltaïque et l'éolien restent essentiels pour remplacer les énergies fossiles, mais leur impact environnemental reste supérieur à celui du nucléaire. Ces technologies évoluent, et leurs impacts pourraient diminuer avec le temps », précise-t-il. RTE estime d'ailleurs que le nucléaire et l'hydroélectricité ne suffiront pas à couvrir la hausse de la demande, justifiant le recours partiel aux renouvelables.

Et maintenant ?

La programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3), publiée en février 2026, doit guider les choix énergétiques de la France pour la décennie à venir. Les scénarios RTE serviront de base aux décisions politiques, mais le débat entre partisans du nucléaire et défenseurs des renouvelables devrait s'intensifier. La France pourrait annoncer d'ici 2027 des orientations définitives pour son mix électrique à horizon 2060, avec des arbitrages entre coûts, sécurité d'approvisionnement et impact environnemental.

Un débat qui dépasse le cadre français

Les conclusions de cette étude pourraient avoir des répercussions au-delà des frontières françaises. Plusieurs pays européens, comme l'Allemagne ou la Belgique, ont fait le choix de sortir progressivement du nucléaire, misant sur les renouvelables malgré leurs limites. À l'inverse, des États comme la Suède ou la Finlande maintiennent leur parc nucléaire, voire le développent. La question du mix énergétique idéal reste donc un sujet de débat international, où chaque pays doit concilier transition écologique, indépendance énergétique et acceptabilité sociale.

Pour Bertrand Cassoret, l'objectif n'est pas de diaboliser les énergies renouvelables, mais de reconnaître que « le nucléaire, malgré ses risques, offre un compromis environnemental avantageux dans le contexte actuel ». Reste à savoir si cette analyse convaincra les décideurs politiques, alors que la France doit accélérer sa transition tout en réduisant sa dépendance aux énergies fossiles.

Selon Futura Sciences, l'analyse de cycle de vie (ACV) se concentre sur les impacts environnementaux « normaux » des installations. Elle repose sur des bases de données internationales et ne peut intégrer des événements exceptionnels comme Tchernobyl ou Fukushima, faute de modèles fiables. Les risques sont donc exclus du périmètre de l'étude.

D'après l'étude, oui, mais sous certaines conditions. Le photovoltaïque affiche les impacts environnementaux les plus élevés pour 18 des 22 critères de la méthode ReCiPe, notamment en raison de sa consommation d'aluminium et de béton, et de sa faible durée de vie. Cependant, il reste bien moins polluant que les énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole), qui émettent plusieurs centaines de grammes de CO₂ par kWh.