Le géant américain Oracle, spécialiste des bases de données et des services cloud, a vu son titre chuter de 10,5% en séance ce jeudi 11 juin 2026, enregistrant ainsi sa plus forte baisse quotidienne depuis le 11 décembre 2025, selon BFM Bourse. Cette contre-performance intervient malgré des résultats trimestriels supérieurs aux attentes, mais suscite des interrogations sur la stratégie financière du groupe, notamment sa volonté de lever 40 milliards de dollars en 2026 pour financer son expansion dans l'intelligence artificielle (IA).
Ce qu'il faut retenir
- Oracle enregistre un chiffre d'affaires en hausse de 20% à 19,18 milliards de dollars pour son quatrième trimestre clos fin mai 2026, hors effets de change.
- Les revenus de la division cloud bondissent de 47% à 9,9 milliards de dollars, portés par la demande en infrastructures IA.
- Le groupe prévoit de lever 40 milliards de dollars en 2026, dont 20 milliards via une émission d'actions, pour financer ses investissements massifs.
- Oracle table sur des dépenses d'investissement nettes de 70 milliards de dollars pour l'exercice 2026-2027, un niveau jugé élevé par les analystes.
- Le titre recule de 10,5% à 16h45, effaçant en partie les gains des derniers mois.
Des résultats solides, mais un marché inquiet sur les perspectives financières
Les chiffres publiés mercredi soir, après la clôture des marchés américains, confirment la dynamique positive d'Oracle. Le groupe a dépassé les attentes des analystes avec un chiffre d'affaires de 19,18 milliards de dollars, en progression de 20% à taux de change constants. La division cloud, cœur de sa croissance, affiche une hausse de 47% de ses revenus, atteignant 9,9 milliards de dollars. Le bénéfice par action s'établit à 2,11 dollars, en hausse de 24%, dépassant les prévisions moyennes des analystes (1,95 dollar).
Pour le quatrième trimestre, les « remaining performance obligations » (RPO) — une mesure proche du carnet de commandes — ont explosé de 363% sur un an, à 638 milliards de dollars. Hilary Maxson, directrice financière d'Oracle, a précisé que « la plupart des gains en RPO au troisième et au quatrième trimestre concernaient des contrats IA à grande échelle où le client payait Oracle à l'avance pour l'achat des GPU, ou le client achetait et fournissait les GPU à Oracle ». Autant dire que la demande en infrastructures pour l'IA reste un moteur puissant pour le groupe.
Un modèle économique qui interroge : la dette comme levier de croissance
Malgré ces performances encourageantes, le marché sanctionne la stratégie financière d'Oracle. Le groupe, qui mise sur l'IA pour relancer sa croissance, doit mobiliser des ressources colossales pour financer ses infrastructures. En 2025, Oracle a levé 43 milliards de dollars via des emprunts et 5 milliards via des émissions de capitaux propres. Pour 2026, il prévoit de lever 40 milliards de dollars supplémentaires, dont 20 milliards via une nouvelle émission d'actions annoncée en mai. Une annonce qui a immédiatement suscité des inquiétudes parmi les analystes, comme le soulignent ceux de Briefing.com, cités par l'AFP.
Les dépenses d'investissement prévues pour l'exercice 2026-2027 s'élèvent à 70 milliards de dollars, dont une partie correspond à des paiements anticipés. Hilary Maxson a indiqué que « le chiffre déclaré sera supérieur de 20 à 25 milliards de dollars en raison du paiement anticipé de certains éléments ». Un niveau de dépenses qui, bien que justifié par la course à l'IA, pèse sur la trésorerie et alimente les craintes sur la soutenabilité financière du modèle.
Un positionnement unique dans l'écosystème du cloud et de l'IA
Oracle, historiquement connu pour ses logiciels de bases de données, s'est imposé comme un acteur clé du cloud et de l'IA grâce à sa division « cloud » et ses services d'infrastructure. Aux côtés de géants comme Microsoft, Amazon Web Services ou Alphabet (Google), le groupe fait partie des « hyperscalers », ces entreprises capables de fournir des capacités de calcul et de stockage à grande échelle. Cette position lui permet de bénéficier de contrats juteux avec les grands groupes technologiques, notamment pour l'entraînement des modèles d'IA.
Les perspectives annoncées pour le premier trimestre 2027 sont ambitieuses : Oracle table sur une croissance des revenus comprise entre 27% et 29% à taux de change constants, avec une progression de 57% à 63% pour sa division cloud. Le bénéfice par action est attendu entre 1,71 dollar et 1,75 dollar. Pour l'exercice complet 2026-2027, le groupe confirme ses prévisions de revenus supérieurs à 90 milliards de dollars et relève ses attentes pour le bénéfice par action, désormais estimé à 8,05 dollars. Des chiffres qui, sur le papier, justifient l'optimisme des dirigeants.
Contexte boursier : l'IA reste un thème dominant, mais les excès sont sanctionnés
La chute d'Oracle s'inscrit dans un contexte où les marchés restent très sensibles aux annonces de levées de fonds massives, surtout lorsqu'elles s'accompagnent d'une dilution pour les actionnaires. Le CAC 40 a clôturé en légère hausse de 1,83% jeudi, porté par des valeurs comme Eramet (+11,01%) ou Air France-KLM (+8,36%), mais Oracle a fait figure d'exception. La société, qui avait surperformé de 67,99% depuis fin mai 2008 selon les données de BFM Bourse, voit désormais sa trajectoire remise en cause.
Pour les investisseurs, le dilemme est clair : parier sur la croissance future de l'IA, tout en acceptant une exposition accrue au risque financier. Les prochaines publications trimestrielles et les annonces stratégiques d'Oracle seront scrutées avec attention, d'autant que le groupe mise sur l'IA comme principal levier de différenciation face à ses concurrents directs.
Le groupe doit financer son expansion dans l'IA et son infrastructure cloud, deux secteurs très capitalistiques. Les dépenses en GPU, centres de données et R&D nécessitent des investissements colossaux, d'où la nécessité de recourir à la dette et aux levées de capitaux propres pour soutenir cette croissance.
Le principal risque est la dilution des actionnaires en cas d'émission massive d'actions. Par ailleurs, si la croissance de l'IA ne se matérialise pas à la hauteur des attentes, ou si les marges se contractent, la valorisation du titre pourrait être remise en cause, comme en témoigne la chute de 10,5% enregistrée jeudi.