La base aérienne de Ramstein, en Allemagne, a accueilli les 4 et 5 juillet 2026 le deuxième « AIRCOM Industry Day », un événement organisé par le Commandement aérien allié (AIRCOM) de l’OTAN. Selon Euronews FR, cette rencontre visait à renforcer la coopération entre les forces armées et l’industrie européenne pour contrer la menace croissante des drones, de plus en plus utilisée comme arme ou vecteur de perturbation.
Ce qu'il faut retenir
- L’OTAN organise le « AIRCOM Industry Day » à Ramstein pour accélérer le développement de solutions antidrones.
- Les drones, bon marché (moins de 100 000 euros), coûtent cher à intercepter : une mission typique avec deux avions dépasse 85 000 euros.
- L’Ukraine, cible de drones russes, est considérée comme un partenaire clé pour comprendre les besoins opérationnels.
- Les radars actuels, conçus pour les avions ou la météo, peinent à détecter les petits drones, limitant l’autonomie des systèmes de défense.
- Des entreprises comme MBDA, Alta Ares ou Rheinmetall présentent des missiles et drones intercepteurs adaptés aux attaques massives.
- Les premiers systèmes de défense Skyranger 30, équipés de missiles DefendAir, doivent être livrés entre 2027 et 2028 à la brigade 45 allemande en Lituanie.
Une menace grandissante et coûteuse
Les récents incidents illustrent l’urgence à agir. Un drone s’est écrasé sur une maison en Roumanie, un autre a violé l’espace aérien lituanien, et l’aéroport de Munich a dû suspendre ses opérations pendant plusieurs heures après un signalement présumé de drone. Autant d’exemples qui rappellent que les systèmes sans pilote représentent un défi majeur pour la sécurité aérienne de l’OTAN.
Face à cette menace, l’OTAN active l’opération « Eastern Sentry » dès qu’un drone est détecté. Plusieurs avions de combat décollent alors pour intercepter ou abattre l’appareil. Pourtant, cette réponse est jugée disproportionnée en termes de coûts. « Les drones restent relativement bon marché, tandis que l’interception par des chasseurs coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros par heure », rappelle Euronews FR. Une mission avec deux avions dépasse ainsi les 85 000 euros, avant même le tir d’un missile.
L’innovation comme priorité stratégique
Le général de corps d’armée aérien Guillaume Thomas, commandant adjoint du Commandement aérien allié, a souligné en ouverture que la guerre des drones impose à l’OTAN « des défis communs ». Il a insisté sur trois axes prioritaires : les coûts, la production et l’innovation. « Pour garder une longueur d’avance, une coopération étroite entre l’industrie et les forces armées est indispensable », a-t-il déclaré.
Pour Ulrike Franke, spécialiste des questions de sécurité au European Council on Foreign Relations (ECFR), les drones ont « apporté la masse sur le champ de bataille ». Elle estime que l’OTAN doit désormais raisonner en termes de volumes et de coûts, plutôt que d’engager des systèmes d’armes onéreux contre des drones bon marché. La coopération avec l’Ukraine est, selon elle, une « condition préalable » pour répondre efficacement à cette menace.
Les lacunes des radars et l’urgence d’agir
Le lieutenant Oleksandr Worobjow, adjoint au chef de la défense aérienne du 3e corps d’armée ukrainien, a pointé du doigt la fiabilité des radars actuels. « Les systèmes radar existants, conçus pour les avions ou la météo, perdent souvent de vue les petits drones pendant plusieurs secondes », a-t-il expliqué. Cette défaillance empêche le développement de drones intercepteurs entièrement autonomes. « Lorsque le radar perd la cible pendant dix secondes, le système doit être piloté manuellement. C’est notre principale lacune », a-t-il précisé.
Le lieutenant Worobjow a ajouté : « Peut-être que l’Europe ou les États-Unis disposent déjà de solutions, mais nous n’en sommes pas certains. L’important est de développer des systèmes capables de suivre ces cibles de manière fiable. »
L’industrie européenne mobilisée
L’événement de Ramstein a réuni près de 40 entreprises, dont MBDA, Alta Ares, Hensoldt et Aselsan. Ces acteurs présentent des solutions variées : radars, drones intercepteurs et missiles guidés, comme le DefendAir conçu pour contrer les attaques massives de drones de type Shahed ou Geran.
Le système Skyranger 30, développé par Rheinmetall, sera équipé de neuf missiles guidés par véhicule. Une batterie de six véhicules disposera ainsi de 54 missiles prêts à l’emploi. Les petits drones, comme les quadricoptères commerciaux, seront engagés avec le canon de 30 millimètres du système. Les premiers systèmes sont attendus entre 2027 et 2028 pour la brigade 45 allemande déployée en Lituanie.
L’Ukraine, laboratoire informel des innovations
Si aucune entreprise ukrainienne n’était présente à Ramstein — l’événement étant réservé aux membres de l’OTAN —, l’Ukraine reste au cœur des discussions. Aselsan, groupe d’armement turc, a souligné que la guerre en Ukraine a révélé l’importance de la fiabilité des systèmes. « Un système doit fonctionner parfaitement, car il ne reste que quelques secondes pour réagir face à une cible », a indiqué un représentant de l’entreprise.
Alta Ares, entreprise française spécialisée dans les systèmes d’IA pour la défense antidrones, collabore étroitement avec l’Ukraine. Ses deux cofondateurs se sont rendus sur place dès le début de la guerre pour comprendre les besoins opérationnels. Ils ont présenté deux drones intercepteurs, le X-Block (portée de 15 km) et un modèle atteignant 40 km. « Nos solutions d’IA peuvent être directement intégrées dans les drones », a expliqué un représentant.
L’OTAN et ses partenaires industriels devront également trouver un équilibre entre innovation et coût. Comme le souligne le lieutenant-colonel Steffen Bott, directeur du projet : « Les besoins militaires évoluent plus vite que les procédures d’acquisition. Il faut accélérer les cycles pour ne pas prendre de retard. »
La question n’est plus de savoir si les drones représentent une menace, mais comment y répondre de manière efficace et économiquement viable. L’enjeu dépasse désormais le cadre européen : il s’agit de définir les standards d’une défense antidrones pour les décennies à venir.