Dakar, Sénégal — L’ex-premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a publié quelques jours avant son limogeage de la primature un court essai intitulé « Continuer Fanon », dans lequel il plaide pour une rupture radicale avec les politiques actuelles, marquée par un souverainisme affirmé. Selon Le Monde, cet ouvrage, sorti en mai 2026, reflète une ligne idéologique que Sonko entend désormais incarner après son éviction du gouvernement.

Ce qu'il faut retenir

  • Ousmane Sonko a publié « Continuer Fanon » en mai 2026, quelques jours avant son départ de la primature.
  • L’essai défend une rupture souverainiste radicale avec les politiques économiques et diplomatiques actuelles du Sénégal.
  • Sonko a été remplacé à la tête du gouvernement le 20 mai 2026 par une figure politique proche du président Bassirou Diomaye Faye.
  • L’ouvrage s’inspire des idées de Frantz Fanon, théoricien anticolonial, pour justifier une refonte des institutions et des partenariats internationaux.
  • Sonko reste une figure centrale de l’opposition, malgré sa sortie du gouvernement.

Un essai publié en pleine transition politique

Dans « Continuer Fanon », Ousmane Sonko développe une vision politique centrée sur la souveraineté nationale, tant sur le plan économique que diplomatique. Selon ses propres mots, rapportés par Le Monde, il s’agit de « briser les chaînes des dépendances héritées de la colonisation ». L’ouvrage, d’une centaine de pages, a été rédigé alors que Sonko occupait encore le poste de premier ministre, un poste qu’il a occupé pendant moins de trois mois.

Son limogeage, annoncé le 20 mai 2026, intervient dans un contexte de tensions politiques entre le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye et une partie de l’opposition. Sonko, bien que membre du parti au pouvoir, avait adopté une ligne critique envers certaines orientations économiques du régime, notamment sur les questions d’endettement et de partenariats miniers.

Une ligne idéologique ancrée dans l’héritage de Fanon

Le titre de l’essai fait directement référence à Frantz Fanon, intellectuel martiniquais dont les écrits ont marqué les luttes anticoloniales. Dans son livre, Sonko reprend l’idée selon laquelle les anciennes colonies doivent se libérer des structures économiques et politiques imposées par les puissances étrangères. « Fanon nous a montré que la décolonisation n’est pas seulement une question politique, mais aussi une rupture culturelle et économique », a-t-il expliqué lors d’une rencontre avec des journalistes à Dakar.

L’ouvrage insiste sur la nécessité de nationaliser les secteurs stratégiques, de renégocier les contrats miniers et de réduire la dépendance aux institutions financières internationales. Ces propositions, bien que populaires dans certains cercles, ont suscité des critiques au sein même du gouvernement, où certains les jugent irréalistes dans le contexte actuel.

« Nous ne pouvons plus accepter que notre souveraineté soit négociée au quotidien. Les ressources du Sénégal doivent profiter à son peuple, et non à des intérêts étrangers. »
— Ousmane Sonko, dans « Continuer Fanon »

Un rôle politique redéfini après l’éviction

Sonko, bien que sorti du gouvernement, reste une figure incontournable de la scène politique sénégalaise. Son départ de la primature ne signifie pas son retrait de la vie publique. Au contraire, « Continuer Fanon » pourrait devenir un manifeste pour son mouvement, qui milite pour une refonte en profondeur des institutions. Des rumeurs circulent déjà sur une possible candidature de Sonko à l’élection présidentielle de 2029, bien que rien ne soit encore officialisé.

Sonko conserve une base électorale solide, notamment chez les jeunes et dans les régions du sud du pays. Son discours anti-système et sa posture de défenseur de la souveraineté nationale lui valent un soutien populaire, même parmi ceux qui critiquent certaines de ses méthodes. Pour autant, ses détracteurs lui reprochent un manque de pragmatisme et une rhétorique parfois radicale.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios pourraient se dessiner dans les mois à venir. Sonko pourrait soit renforcer son influence au sein du parti au pouvoir, soit décider de s’opposer frontalement au gouvernement actuel. Une chose est sûre : son essai et ses prises de position récentes montrent qu’il ne compte pas rester en retrait. Les prochaines élections locales, prévues en 2027, pourraient être un premier test pour mesurer son poids politique. D’ici là, la question de la souveraineté nationale restera au cœur des débats, notamment dans un contexte où le Sénégal cherche à diversifier ses partenariats économiques.

Si « Continuer Fanon » marque une étape importante dans la stratégie politique de Sonko, son avenir dépendra de sa capacité à transformer ses idées en actions concrètes. Autant dire que la bataille ne fait que commencer.

L’essai défend une rupture radicale avec les politiques actuelles du Sénégal, prônant une souveraineté économique et politique accrue. Ousmane Sonko y reprend les thèses de Frantz Fanon pour justifier une refonte des institutions et une réduction de la dépendance aux puissances étrangères, notamment sur les questions minières et financières.

Selon les informations rapportées par Le Monde, son éviction serait liée à des divergences politiques avec le président Bassirou Diomaye Faye sur la gestion économique du pays. Sonko critiquait ouvertement certaines orientations du gouvernement, notamment en matière de dette et de contrats miniers, ce qui a conduit à son remplacement par une figure plus alignée sur la ligne présidentielle.