Un cri de nouveau-né a retenti pour la première fois depuis près de trente ans à Pagliara dei Marsi, un village des Abruzzes accroché aux flancs du mont Girifalco. Selon Courrier International, cette naissance symbolique, celle de Lara Bussi Trabucco, a permis de porter la population du hameau à une vingtaine d’âmes seulement.
Perdu dans les montagnes italiennes, Pagliara dei Marsi illustre la crise démographique qui frappe l’Italie. Autrefois animé par le va-et-vient de ses habitants, le village est désormais marqué par un silence inhabituel, rompu uniquement par le ronronnement des chats qui arpentent les ruelles. « La naissance de Lara est un symbole d’espoir, mais aussi un rappel brutal du déclin de notre pays », explique un habitant sous couvert d’anonymat.
Ce qu'il faut retenir
- La naissance de Lara Bussi Trabucco, premier enfant à naître à Pagliara dei Marsi depuis près de trente ans, a été saluée comme un événement exceptionnel dans ce village des Abruzzes.
- Avec seulement une vingtaine d’habitants, le hameau est devenu l’un des symboles de la désertification rurale en Italie.
- En 2024, l’Italie a enregistré son plus bas niveau de naissances depuis 1920, avec 369 944 bébés, selon les chiffres de l’Istat.
- Le taux de fécondité italien a atteint 1,18 enfant par femme en 2024, un niveau historiquement bas.
Un village où les chats ont remplacé les habitants
Pagliara dei Marsi, niché dans les montagnes des Abruzzes, est un village de vieilles pierres où le temps semble s’être arrêté. Les maisons en pierre, les ruelles étroites et les places désertes racontent une histoire ancienne, celle d’un lieu autrefois vivant. Aujourd’hui, les chats y sont plus nombreux que les humains. « Ils sont les seuls à encore circuler librement ici », confie un ancien du village, avant d’ajouter : « On les voit entrer et sortir des maisons abandonnées, comme si elles leur appartenaient désormais. »
L’arrivée de Lara a provoqué une effervescence inattendue. Son baptême, célébré dans l’église du village, a rassemblé tous les habitants encore présents. Même les chats, semble-t-il, ont fait une trêve pour assister à l’événement. « C’était comme si le village se réveillait d’un long sommeil », raconte une voisine. Pourtant, cette joie reste teintée de réalisme : Lara est aujourd’hui la principale attraction touristique de Pagliara dei Marsi, une curiosité dans un pays où les naissances se font de plus en plus rares.
L’Italie face à son hiver démographique
La naissance de Lara à Pagliara dei Marsi survient dans un contexte national alarmant. Selon les dernières données de l’Istat, l’institut italien de la statistique, le pays a enregistré en 2024 son plus faible nombre de naissances depuis un siècle. Avec 369 944 bébés, le nombre de naissances a reculé pour la seizième année consécutive. « Cette tendance reflète une crise structurelle, liée au vieillissement de la population et à la baisse de la natalité », analyse un démographe de l’université de Rome.
Le taux de fécondité, qui mesure le nombre moyen d’enfants par femme, a atteint 1,18 en 2024, un niveau historiquement bas. À titre de comparaison, ce taux était de 1,44 en 2010 et de 1,32 en 2019. « Ce chiffre place l’Italie parmi les pays européens où la natalité est la plus faible, derrière seulement Malte et l’Espagne », précise l’Istat. Les raisons de ce déclin sont multiples : coût de la vie élevé, précarité des jeunes, manque de politiques familiales ambitieuses et exode rural.
Un symbole trop isolé pour inverser la tendance
Si la naissance de Lara à Pagliara dei Marsi a été accueillie avec enthousiasme, elle ne suffit pas à inverser la tendance. « Une naissance, c’est un espoir, mais ce n’est pas une solution », tempère un économiste basé à Rome. « Le village continue de se vider, et sans un afflux massif de jeunes familles ou d’immigrés, il risque de disparaître d’ici quelques décennies. »
Les habitants de Pagliara dei Marsi, bien que ravis par l’arrivée de Lara, savent que cette naissance est un événement ponctuel. « On ne peut pas compter sur une nouvelle naissance tous les trente ans pour sauver le village », ironise un ancien. Pourtant, l’histoire de Lara reste un symbole fort, celui d’une lueur d’espoir dans un paysage démographique désolant. « Peut-être que cette naissance incitera d’autres jeunes couples à revenir vivre ici », espère une mère de famille, sans pour autant y croire pleinement.
Autant dire que la naissance de Lara, bien que symbolique, ne suffira pas à elle seule à redonner vie à Pagliara dei Marsi. Bref, si cette histoire rappelle l’importance de préserver les petits villages, elle illustre aussi l’ampleur des défis démographiques auxquels l’Italie doit faire face.
Plusieurs facteurs expliquent ce déclin : le coût élevé de la vie, notamment dans les grandes villes, la précarité des emplois, le manque de logements abordables et une culture du travail qui rend difficile la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. De plus, les jeunes Italiens quittent souvent leur région natale pour chercher des opportunités ailleurs, aggravant le phénomène de désertification rurale.