La Ville de Paris frappe fort sur le marché immobilier avec une mesure fiscale inédite : le doublement de la taxe sur les logements vacants à partir de 2027, passant de 17 % à 30 % la première année de vacance, puis de 34 % à 60 % la seconde. Cette annonce, faite ce mardi lors de la première séance du Conseil de Paris, s’inscrit dans une stratégie globale visant à réduire la tension locative dans la capitale, où 300 000 logements seraient inoccupés, dont la moitié constitués de résidences secondaires. Selon BFM Immo, cette mesure s’ajoute à une volonté de renforcer la fiscalité sur les résidences secondaires, alors que le parc privé parisien compte 28 % de logements inoccupés, un chiffre en hausse de 7 000 par an.
Ce qu'il faut retenir
- La Ville de Paris prévoit de doubler la taxe sur les logements vacants en 2027, passant de 17 % à 30 % la première année et de 34 % à 60 % la seconde.
- Cette mesure vise 150 000 logements vacants, dont 70 000 en attente de vente ou relocation et 80 000 structurellement inoccupés.
- La taxe actuelle, comprise entre 1 500 et 2 000 euros, pourrait donc doubler dès 2027.
- La Ville souhaite aussi renforcer la fiscalité sur les résidences secondaires, qui représentent 150 000 logements dans la capitale.
- Un projet de loi de finances 2027 doit être présenté pour découpler la taxe d’habitation sur les résidences secondaires de la taxe foncière.
- Une brigade de 150 personnes sera créée pour lutter contre les logements insalubres, les meublés touristiques illégaux et les pratiques abusives envers les locataires.
Cette annonce marque une volonté claire de l’exécutif parisien de réduire la spéculation immobilière, un phénomène pointé du doigt par le nouveau maire, Emmanuel Grégoire. « Ce n’est pas la qualité de vie qui fait partir les familles, c’est le prix du m². Les familles ne partent pas, elles sont chassées par la spéculation immobilière », a-t-il déclaré lors du Conseil. Selon ses propos, 40 % des logements privés à Paris sont détenus par des propriétaires possédant au moins cinq biens, une concentration qui alimente la hausse des prix. « À Paris, 320 000 demandeurs sont en attente d’un logement social », a-t-il rappelé, soulignant l’urgence de libérer des logements pour les ménages.
Pour Jacques Baudrier, adjoint au Logement et réélu en mars, cette mesure fiscale envoie un message sans ambiguïté : « On envoie un signal à tous les propriétaires de logements vides : louez votre logement, ou vendez-le ! » L’élu PCF a également précisé que la ville cible 150 000 logements inoccupés, répartis entre vacance frictionnelle (logements en attente de vente ou relocation) et vacance structurelle. Selon l’État, 36 000 logements seraient vacants depuis plus de deux ans, soit 14 % du parc privé parisien. « On souhaite aussi avoir une pleine maîtrise de la taxe sur les résidences secondaires », a-t-il ajouté, citant l’exemple de villes comme Vancouver ou Bruxelles, où les taux de taxation élevés ont permis de réduire significativement le nombre de logements inoccupés.
La taxe sur les résidences secondaires, actuellement corrélée à la taxe foncière, pourrait être décorrélée dans le cadre du projet de loi de finances 2027, permettant ainsi une augmentation ciblée. Jacques Baudrier a cité une étude commandée en 2021 par le secrétariat d’État au Logement, soulignant que des villes comme Vancouver ou Bruxelles, où les niveaux de taxes sont dix fois plus élevés qu’à Paris, comptent seulement 3,5 à 5 % de logements inoccupés. « La fiscalité est un levier puissant pour agir sur les comportements », a-t-il argumenté.
Autre mesure phare de ce plan : la création d’une brigade de protection du logement, composée de quelque 150 personnes, chargée de lutter contre les meublés touristiques illégaux, l’habitat insalubre, les marchands de sommeil et les pratiques abusives envers les locataires. Cette unité interviendra également pour faire respecter l’encadrement des loyers et accompagner les locataires victimes de détournements de baux ou de ventes à la découpe. Un portail en ligne unique sera mis en place pour permettre aux habitants de signaler directement leurs difficultés. L’objectif est de prévenir les expulsions abusives et de protéger les droits des locataires face à certaines pratiques spéculatives visant à les chasser.
Cette annonce n’a pas manqué de susciter des réactions, notamment dans les rangs de l’opposition. Aurélien Véron, conseiller de Paris, a vivement critiqué la politique de la majorité, accusée de « menacer les propriétaires » avec des préemptions et des surtaxes, alors qu’ils contribuent déjà à hauteur de près de 4 milliards d’euros par an en impôts. Il a également pointé du doigt « le passage sous silence de la réalité du parc social », où des immeubles seraient laissés à l’abandon, alors que 320 000 demandeurs sont en attente d’un logement social. De son côté, Grégory Canal (DVD), coprésident du groupe Paris Liberté, a qualifié cette politique d’« espèce de chasse au logement vacant », comparant la nouvelle brigade à une « sorte de milice administrative ». Cette déclaration a aussitôt provoqué des condamnations de la part de la gauche.
Avec ces mesures, la Ville de Paris mise sur une approche incitative et coercitive pour libérer des logements et atténuer la crise du logement dans la capitale. Reste à savoir si ces outils fiscaux et réglementaires suffiront à inverser une tendance de fond, alors que la demande en logements abordables reste très forte et que les mécanismes de spéculation persistent.
La mesure vise spécifiquement les logements vacants, c’est-à-dire les biens inoccupés depuis plus de six mois, ainsi que les résidences secondaires. Selon la Ville de Paris, 300 000 logements seraient inoccupés dans la capitale, dont 150 000 résidences secondaires.
Le doublement de la taxe sur les logements vacants est prévu pour 2027, sous réserve de l’adoption du projet de loi de finances correspondant. La mesure est déjà inscrite dans la loi de finances 2026, mais devra être confirmée dans les textes législatifs de l’année suivante.