L’association Femmes journalistes de sport publie aujourd’hui, mardi 2 juin 2026, une étude révélant la stagnation persistante de la féminisation des rédactions sportives en France. D’après les données recueillies, la part des femmes dans ces services reste proche de celle observée il y a cinq ans, malgré les engagements pris par de nombreux médias pour corriger ce déséquilibre. Ce rapport, qui s’appuie sur une analyse quantitative des effectifs des principaux titres de presse et chaînes d’information, met en lumière l’absence d’avancée significative dans un secteur où la représentation féminine reste marginalisée.

Ce qu'il faut retenir

  • Seulement 15 % des journalistes sportifs en France sont des femmes, un chiffre quasi inchangé depuis 2021, selon l’étude de l’association.
  • L’enquête couvre 25 médias majeurs, incluant des titres nationaux, régionaux et des chaînes télévisuelles.
  • Les postes à responsabilité (rédacteurs en chef adjoints, chefs de rubrique) restent occupés à plus de 80 % par des hommes.
  • Les femmes sont davantage présentes dans les rôles de présentatrices ou commentatrices, mais moins dans les fonctions éditoriales ou d’analyse technique.

Une étude qui confirme l’immobilisme des rédactions

L’enquête, menée auprès de 25 médias français — presse écrite, télévision et pure players — montre que la part des femmes dans les effectifs des rubriques sportives a à peine bougé en cinq ans. Selon les chiffres de l’association, elles représentaient 14,8 % des journalistes sportifs en 2021. En 2026, ce taux atteint péniblement 15,3 %, soit une progression de seulement 0,5 point en cinq ans. Les rédactions sportives des grands quotidiens nationaux, comme Le Parisien, L’Équipe ou Le Figaro, affichent des proportions similaires, avec une présence féminine rarement supérieure à 20 % des effectifs.

Côté télévision, la situation n’est pas plus encourageante. Les chaînes d’information en continu, telles que BFM TV ou France Info, emploient des femmes à 18 % dans leurs services sportifs, un chiffre qui stagne depuis 2021. «

Les médias parlent de parité, mais les faits ne suivent pas. On constate une volonté affichée, mais peu de résultats concrets
», a déclaré Clara Delamarre, présidente de l’association Femmes journalistes de sport, lors de la présentation du rapport. « Les postes clés restent verrouillés par une culture encore très masculine. »

Les postes de pouvoir toujours dominés par les hommes

L’étude révèle que les femmes sont sous-représentées dans les fonctions à haute visibilité, comme les postes de rédacteurs en chef ou de chefs de rubrique. Dans les 10 médias les plus consultés, seulement 3 % des postes de rédacteurs en chef adjoints ou de responsables éditoriaux sont occupés par des femmes. La majorité des femmes journalistes sportives occupent des postes de présentatrices, de commentatrices ou de pigistes, souvent en périphérie des décisions éditoriales. «

Les femmes sont visibles à l’antenne, mais rarement dans les coulisses où se prennent les choix stratégiques
», a souligné Delamarre. « Cela crée une illusion de parité sans en effleurer les réalités. »

Les données montrent également que les femmes sont moins représentées dans les beats les plus techniques, comme le football, le rugby ou le cyclisme. Elles sont davantage présentes dans les disciplines moins médiatisées, comme l’escrime, la gymnastique ou les sports équestres. Cette répartition reflète une forme de segmentation genrée des affectations, où les sujets « nobles » restent majoritairement masculins.

Des engagements non tenus par les médias

Malgré les promesses répétées des rédactions, notamment depuis le mouvement #MeToo et les discussions sur l’égalité professionnelle, peu de progrès ont été réalisés. En 2022, France Télévisions avait annoncé un plan de féminisation de ses rédactions sportives, visant à atteindre 30 % de femmes d’ici 2025. Aujourd’hui, le taux stagne à 22 %, loin de l’objectif fixé. De même, L’Équipe, qui avait promis une refonte de ses effectifs, n’a pas publié de bilan public sur le sujet depuis trois ans.

Les syndicats de journalistes, comme le SNJ (Syndicat National des Journalistes), pointent du doigt l’absence de mesures contraignantes. «

Sans quotas ou objectifs chiffrés, les déclarations restent lettre morte
», a réagi Cécile Bourgeault, secrétaire générale adjointe du SNJ. « Les médias doivent passer des promesses aux actes. » Certains titres, comme Mediapart, ont adopté des chartes internes pour favoriser la parité, mais ces initiatives restent isolées et peu évaluées.

Et maintenant ?

La publication de cette étude intervient à un moment où le débat sur l’égalité professionnelle dans les médias prend de l’ampleur. L’association Femmes journalistes de sport compte déposer un recours devant l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) pour demander des comptes aux médias ne respectant pas leurs engagements. Une audience est prévue pour le 15 septembre 2026, date à laquelle l’Arcom pourrait exiger des mesures correctives sous peine de sanctions financières. Bref, la pression s’accroît sur les rédactions pour que les paroles se transforment en actes.

En attendant, les réactions politiques se font attendre. Le ministère de la Culture, qui supervise les aides publiques à la presse, n’a pas encore réagi à la publication de ces chiffres. Pourtant, certaines élues, comme la députée Sabrina Sebaihi (LFI), appellent à conditionner les subventions à une amélioration tangible de la parité. «

Les médias ne peuvent plus se contenter de discours. Si rien ne change, nous serons obligés d’agir
», a-t-elle averti. La balle est désormais dans le camp des directions des rédactions.

D’après l’étude, les chaînes d’information en continu comme BFM TV et CNews affichent les taux de féminisation les plus bas, avec respectivement 14 % et 12 % de femmes dans leurs services sportifs. À l’inverse, France Télévisions et L’Équipe sont légèrement au-dessus de la moyenne nationale, mais restent en dessous des 25 %.