Une randonnée organisée dans le Gard par l’association Les Mutines indigènes a mis en lumière les traces persistantes du patriarcat dans l’histoire de la botanique. Selon Reporterre, cette balade naturaliste a permis d’exposer les savoirs effacés, les stéréotypes de genre et les noms de plantes aux connotations sexistes encore en usage aujourd’hui.
Ce qu'il faut retenir
- Une balade botanique organisée à Rousson (Gard) par l’association Les Mutines indigènes a révélé les biais sexistes dans le monde de la botanique.
- L’animation a débuté par un tableau présentant des catégories comme « figure de la sorcière », illustrant la persistance de stéréotypes de genre dans les savoirs naturalistes.
- Les participants, équipés de loupes botaniques, ont exploré les plantes à travers un prisme critique, mêlant botanique et féminisme.
- Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large de réappropriation des savoirs naturalistes par des collectifs féministes et indigènes.
- Les organisatrices soulignent l’importance de déconstruire les biais historiques pour une approche plus inclusive de la botanique.
Une balade naturaliste pour interroger les savoirs traditionnels
Le 6 juillet 2026 à Rousson, dans le Gard, une vingtaine de participants se sont réunis pour une randonnée botanique atypique. Encadrés par Angeline Julien, animatrice de l’association Les Mutines indigènes, ils ont entamé leur parcours avec un exercice collectif. Au sol, un tableau plastifié affichait plusieurs catégories, dont certaines clairement genrées, comme « figure de la sorcière » ou « femme fatale ». Autant dire que l’enjeu n’était pas seulement scientifique, mais aussi politique.
« L’idée était de montrer comment le patriarcat s’est infiltré dans les savoirs naturalistes, explique Angeline Julien. Les plantes portent souvent des noms ou des légendes qui renvoient à des stéréotypes de genre, alors qu’elles pourraient simplement être nommées pour leurs propriétés ou leur histoire écologique. » L’association, qui milite pour une réappropriation féministe et indigène des savoirs, a choisi cette méthode pour illustrer concrètement ces biais.
Des biais historiques ancrés dans la langue et la culture
Selon Reporterre, cette balade s’inscrit dans une démarche de « décolonisation des savoirs », un concept popularisé par des chercheurs comme Vandana Shiva ou Silvia Federici. En botanique, ces biais se manifestent de plusieurs manières : des noms de plantes inspirés de figures féminines stéréotypées (la « belle-de-nuit », la « dame-d’onze-heures »), ou des récits mythologiques associés aux végétaux qui réduisent les femmes à des archétypes (la sorcière, la nymphe, la mère nourricière).
« Certains noms, comme celui de la consoude, sont directement liés à des récits où la femme est soit une guérisseuse puissante, soit une tentatrice, précise Angeline Julien. Ces représentations, souvent péjoratives, ont façonné notre perception des plantes et, par ricochet, de la place des femmes dans l’histoire des sciences. » L’association rappelle que ces biais ne sont pas anodins : ils contribuent à marginaliser les savoirs traditionnels portés par les femmes ou les communautés indigènes.
Une démarche qui s’inscrit dans un mouvement plus large
Cette initiative n’est pas isolée. Depuis plusieurs années, des collectifs féministes et écologistes, comme Les Engraineuses ou Nous sommes la Terre, travaillent à réhabiliter les savoirs naturalistes en les dépouillant de leurs oripeaux sexistes. En 2024, une pétition internationale avait déjà circulé pour demander le retrait de noms de plantes jugés misogynes, comme la « vierge en pleurs » (Anemone sylvestris).
À Rousson, les organisateurs ont également évoqué l’héritage colonial de la botanique. « Beaucoup de plantes que nous étudions aujourd’hui ont été découvertes ou nommées par des naturalistes européens du XIXe siècle, rappelle Angeline Julien. Ces derniers s’appuyaient souvent sur des récits coloniaux qui réduisaient les savoirs autochtones à des superstitions. » Une approche que l’association souhaite dépasser en privilégiant les noms et les récits locaux, portés par les communautés elles-mêmes.
Cette balade botanique interroge plus largement la manière dont l’histoire des sciences a été écrite – et par qui. En mettant en lumière ces biais, Les Mutines indigènes rappellent que la botanique, comme toute discipline, est un construit social. Et que déconstruire ces biais, c’est aussi réhabiliter des savoirs trop longtemps ignorés.