Une performance mystique associant les textes et hymnes de sainte Hildegarde de Bingen à la voix envoûtante de Patti Smith a marqué l’ouverture officielle du pavillon du Saint-Siège du Vatican lors de la 61e édition de la Biennale de Venise. D’après Euronews FR, cet événement, organisé en collaboration avec Onassis Culture, s’est tenu le 8 mai à l’église Santa Maria di Nazareth de Venise, dans le cadre de l’exposition « L’oreille est l’œil de l’âme ».

Ce qu'il faut retenir

  • Une performance de 30 minutes a été donnée par Patti Smith et Soundwalk Collective, avec des œuvres inspirées de sainte Hildegarde de Bingen, religieuse bénédictine du XIIe siècle.
  • L’exposition du pavillon du Vatican, commissariée par Hans Ulrich Obrist et Ben Vickers, est présentée en deux lieux : le jardin secret des Carmes déchaussés et le complexe Santa Maria Ausiliatrice.
  • Vingt-et-une des 24 œuvres du pavillon sont sonores, invitant les visiteurs à une expérience méditative en parcourant un jardin avec un casque.
  • Soundwalk Collective, fondé en 2001, collabore depuis quinze ans avec Patti Smith après une rencontre fortuite dans un avion.
  • Un nouveau projet commun avec Jim Jarmusch est prévu le 26 octobre 2026 à Athènes, organisé par l’Onassis Stegi.

Une inauguration sous le signe de la contemplation

L’événement, d’une durée de trente minutes, s’est déroulé dans l’église Santa Maria di Nazareth, en présence de Patti Smith et des membres de Soundwalk Collective. Comme le rapporte Euronews FR, la performance a rendu hommage à sainte Hildegarde de Bingen, figure majeure de la musique sacrée monodique et compositrice la plus enregistrée de l’histoire moderne. Cette religieuse bénédictine du XIIe siècle, poétesse, guérisseuse et théologienne, a inspiré des siècles de musiciens et d’artistes par son approche mêlant chant, nature et spiritualité.

Un pavillon du Vatican ancré dans une démarche artistique et spirituelle

Le pavillon du Saint-Siège, intitulé « L’oreille est l’œil de l’âme » (« The Ear is the Eye of the Soul »), s’inscrit dans la thématique générale de la Biennale 2026, proposée par la commissaire Koyo Kouoh. Celle-ci invite le public à ralentir le rythme et à adopter une posture de réception plus apaisée, en phase avec une temporalité contemplative. L’exposition, placée sous le commissariat de Hans Ulrich Obrist et Ben Vickers, en collaboration avec Soundwalk Collective, est présentée en deux lieux vénitiens : le jardin secret des Carmes déchaussés, à Cannaregio, et le complexe Santa Maria Ausiliatrice, à Castello.

L’exposition rassemble 24 artistes dont les œuvres, toutes spécialement commandées pour l’occasion, explorent le son comme moyen d’expression artistique. Parmi eux figurent Jim Jarmusch, Brian Eno, FKA twigs, Kali Malone et Meredith Monk. Vingt-et-une de ces créations sont purement sonores, invitant les visiteurs à une déambulation méditative dans le jardin secret, équipés d’un casque pour écouter les pièces conçues par Soundwalk Collective.

Un hommage à Hildegarde de Bingen à travers le son et la nature

« Nous voulions proposer une prière sonore en hommage à Hildegarde de Bingen pour l’inauguration du pavillon du Vatican », a expliqué Stephan Crasneanscki, fondateur de Soundwalk Collective, dans une interview accordée à Euronews FR. Le collectif, basé à Berlin et New York, a imaginé une exposition où le visiteur parcourt un espace conçu comme un monastère, entouré des plantes et remèdes chers à la sainte. « Dans la chapelle du monastère, nous souhaitions lui rendre hommage et ouvrir le pavillon du Vatican », a-t-il précisé.

Crasneanscki, qui travaille le son depuis trente ans, a souligné l’importance de cette exposition où « rien d’autre que le son n’est mis en avant ». Pour lui, cette approche permet une expérience inédite : « Vous ne voyez aucune œuvre d’art ni aucun tableau, rien d’autre que la nature, qui met vraiment le son en valeur. Il se déploie pleinement et devient un véritable hommage au son. »

La Viriditas, concept central de l’exposition

Stephan Crasneanscki a rappelé que Hildegarde de Bingen utilisait le terme Viriditas pour désigner une force vitale, une vitalité verte, liée à l’idée d’être pleinement présent au monde. « Elle s’appuyait sur le chant, le jardinage et la nature pour nous ancrer et nous ramener au présent », a-t-il expliqué. « Dans cette prière sonore que nous avons créée avec Patti Smith, l’idée était aussi d’étendre cette disposition contemplative et de permettre cette ouverture du cœur. »

« Hildegarde de Bingen se concentrait surtout sur la musique, le chant et la nature. Et pour cela, elle utilisait le mot Viriditas. Il renvoie à l’idée d’une force verte, de vitalité, et au fait d’être pleinement présent pour que le monde se déploie devant nous. »
Stephan Crasneanscki, Soundwalk Collective

Une collaboration artistique de longue date entre Patti Smith et Soundwalk Collective

Le lien entre Patti Smith et Soundwalk Collective remonte à près de quinze ans, après une rencontre fortuite dans un avion. « Nous nous sommes rencontrés par hasard et nous y avons vu un signe du destin », a raconté Crasneanscki. « Depuis, nous avons travaillé ensemble à de nombreuses reprises. Quand j’ai eu l’opportunité de travailler pour le Vatican, j’ai immédiatement appelé Patti pour lui proposer ce projet. »

Pour cette performance, les artistes ont enregistré à New York une œuvre où Patti Smith incarne la Vierge Marie, « comme femme, comme mère ». « Lorsque nous sommes arrivés dans ce jardin et que j’ai vu cette petite chapelle, Santa Maria, au fond, j’ai appelé Patti et je lui ai dit : “C’est ta chapelle. C’est là que nous devons enregistrer ta voix et créer ton œuvre.” »

Et maintenant ?

Le public pourra découvrir les œuvres du pavillon du Vatican jusqu’à la fin de la 61e Biennale de Venise, dont la clôture est prévue en novembre 2026. Parallèlement, Patti Smith, Soundwalk Collective et Jim Jarmusch prépareront un projet inédit à Athènes, où ils présenteront une nouvelle création le 26 octobre 2026, organisée par l’Onassis Stegi. Cette collaboration pourrait marquer une nouvelle étape dans l’exploration des liens entre musique, spiritualité et art sonore.

Pour les visiteurs de Venise, l’exposition offre une expérience immersive où le son devient le fil conducteur d’un voyage spirituel et artistique, inspiré par la pensée visionnaire d’une sainte du XIIe siècle. Comme le souligne Crasneanscki, « l’esprit d’Hildegarde » est ce qui demeure après la visite : « C’est comme entrer dans un temps et un espace, dans le son et dans la musique. Le son n’a pas de temps. Il est toujours là, avant nous et après nous. »

Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179) était une religieuse bénédictine allemande, connue pour ses compositions musicales monodiques, ses écrits théologiques et ses traités de médecine naturelle. Elle est considérée comme l’une des premières compositrices de musique sacrée dont l’œuvre a été préservée, et reste la compositrice féminine la plus enregistrée de l’histoire. Son approche mêlant chant, nature et spiritualité, symbolisée par le concept de Viriditas (force vitale), continue d’inspirer les artistes et les chercheurs.