Un chef de chœur russe, contraint de quitter Moscou il y a quelques années, et son mentor libanais, installé en France depuis près de dix ans, ont trouvé dans la musique un langage universel. Tous deux figurent parmi les premiers lauréats de Pax Musica, une association dédiée à l’accompagnement des musiciens réfugiés. Leur parcours, raconté par Ouest France, illustre comment l’art peut transcender les frontières, qu’elles soient politiques ou géographiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Deniz Kyrdzhy, chef de chœur russe exilé de Moscou, est l’un des premiers lauréats de Pax Musica, une association aidant les musiciens réfugiés.
  • Oussama Mhanna, chef de chœur libanais installé en France depuis près de dix ans, y occupe le rôle de mentor auprès des nouveaux arrivants.
  • Leur relation illustre le rôle de la musique comme lien culturel et humain dans l’exil.
  • Pax Musica accompagne des artistes contraints de fuir leur pays en raison de conflits ou de persécutions.

Deux destins marqués par l’exil, unis par la passion musicale

Deniz Kyrdzhy a quitté Moscou il y a quelques années, contraint de s’installer en France pour échapper aux pressions politiques dans son pays d’origine. Arrivé il y a près de dix ans à Beyrouth, Oussama Mhanna a lui-même vécu l’exil avant de s’installer en France, où il a développé une carrière de chef de chœur. Leur rencontre au sein de Pax Musica a scellé une relation professionnelle et humaine forte, fondée sur leur amour commun de la musique. « La musique est un langage qui ne connaît ni frontières ni langues », a déclaré Deniz Kyrdzhy à Ouest France.

Selon l’association, Pax Musica a été créée pour offrir un soutien aux musiciens réfugiés, leur permettant de poursuivre leur art malgré les bouleversements de l’exil. Le programme s’adresse aussi bien aux chefs d’orchestre qu’aux instrumentistes ou chanteurs, tous confrontés à la nécessité de reconstruire leur vie professionnelle dans un nouveau pays. Pour Deniz Kyrdzhy, cette structure a été déterminante : « Sans Pax Musica, je n’aurais pas pu continuer à diriger des chœurs aussi rapidement. »

Un mentorat qui dépasse les simples conseils artistiques

Oussama Mhanna, qui accompagne Deniz Kyrdzhy depuis son arrivée en France, joue un rôle bien plus large que celui d’un simple mentor musical. Il l’aide à s’intégrer dans le paysage culturel français, lui prodiguant des conseils sur les réseaux à contacter, les concours à intégrer ou encore les spécificités du système musical local. « Mon rôle est de lui montrer que la musique peut être un vecteur d’intégration », explique-t-il. Leur collaboration a déjà donné lieu à plusieurs projets, dont un concert à Paris en 2025, salué par la critique.

Leur histoire n’est pas isolée : Pax Musica accompagne actuellement une quinzaine de musiciens issus de divers horizons, principalement d’Ukraine, de Russie, du Liban et d’Iran. L’association travaille en partenariat avec des salles de concert, des conservatoires et des associations locales pour offrir aux exilés des opportunités de se produire et de se faire connaître. « On ne remplace pas leur passé, mais on leur donne les moyens de construire un avenir », précise Oussama Mhanna.

La musique comme réponse à l’exil : un modèle qui séduit

Le succès de Pax Musica a attiré l’attention des institutions culturelles françaises. En 2025, l’association a reçu le soutien du ministère de la Culture, qui lui a accordé une subvention pour développer son programme. Une reconnaissance qui témoigne de l’intérêt croissant pour des initiatives mêlant art et intégration. « La musique est un outil puissant pour lutter contre l’isolement et la précarité des exilés », souligne Deniz Kyrdzhy.

Pour autant, les défis restent nombreux. Le financement de l’association repose en grande partie sur des dons et des partenariats ponctuels, ce qui limite son rayonnement. « On aimerait pouvoir toucher plus de musiciens, mais nos moyens sont encore limités », admet Oussama Mhanna. Malgré cela, l’association compte déjà une dizaine de bénévoles, principalement d’anciens exilés, qui mettent leur expérience au service des nouveaux arrivants.

Et maintenant ?

Pour Pax Musica, l’année 2026 s’annonce décisive. L’association prévoit de lancer un fonds de dotation destiné à pérenniser son action, avec pour objectif de recruter un coordinateur permanent d’ici la fin de l’année. Un appel à projets est également en préparation pour les musiciens souhaitant intégrer le programme. Reste à voir si ces initiatives permettront à l’association de franchir un cap en termes d’impact et de visibilité.

Le parcours de Deniz Kyrdzhy et Oussama Mhanna pose une question simple, mais essentielle : dans un monde où les conflits poussent des milliers de personnes à l’exil, la culture peut-elle vraiment être un rempart contre la fracture sociale ? Leur histoire suggère que oui, à condition que des structures comme Pax Musica continuent de bénéficier du soutien nécessaire.

Les musiciens réfugiés souhaitant intégrer Pax Musica doivent soumettre un dossier incluant un CV artistique, des enregistrements de leurs œuvres et une lettre de motivation. Les candidatures sont évaluées par un comité composé de professionnels du secteur musical et de représentants d’associations d’aide aux migrants.