Le politiste Philippe Corcuff a récemment publié une tribune dans Le Monde – Politique pour alerter sur un phénomène qu’il juge préoccupant : la porosité croissante entre les discours de l’extrême droite et de la gauche radicale, notamment autour de la question de la guerre en Iran. Selon lui, cette confusion a conduit certains signataires de l’appel contre une intervention militaire en Iran à absoudre, voire à soutenir, la République islamique, illustrant selon lui une gauche « déboussolée ».

Ce qu'il faut retenir

  • Le politiste Philippe Corcuff critique, dans une tribune au Monde, la porosité entre discours d’extrême droite et de gauche sur la guerre en Iran.
  • Certains signataires de l’appel contre une intervention militaire en Iran ont fini par justifier ou soutenir la République islamique.
  • Corcuff y voit le signe d’une gauche désorientée, incapable de distinguer ses propres valeurs des positions de ses adversaires.
  • Cette tribune s’inscrit dans un débat plus large sur les alliances politiques inattendues en contexte de crise internationale.

Un appel contre la guerre en Iran devenu un symptôme de confusion politique

Dans sa tribune, Philippe Corcuff, professeur de science politique et chercheur associé au laboratoire Triangle (CNRS), revient sur un appel publié récemment et appelant à ne pas déclencher de guerre contre l’Iran. Selon Le Monde – Politique, ce texte a été signé par des personnalités issues des deux extrémités du spectre politique, allant de l’extrême gauche à l’extrême droite. Or, parmi les signataires, certains ont progressivement basculé vers une position consistant à minimiser, voire à soutenir, le régime iranien. Pour Corcuff, cette évolution révèle une dérive inquiétante : celle d’une gauche prête à s’aligner sur des positions autoritaires au nom de l’anti-impérialisme.

Le politiste souligne que ce phénomène n’est pas isolé. Il s’inscrit dans un contexte international marqué par une radicalisation des discours et des alliances politiques contre-nature. « Autant dire que l’on assiste à une forme de contagion des thèmes et des postures, où l’anti-américanisme ou l’anti-occidentalisme prime sur les valeurs démocratiques », explique-t-il.

Une gauche « déboussolée » face à la complexité des enjeux géopolitiques

Pour Philippe Corcuff, cette confusion entre les camps politiques traditionnels est symptomatique d’une gauche en crise. D’après ses observations, certains militants, désorientés par les mutations du monde contemporain, seraient tentés de s’allier à des régimes autoritaires dès lors que ceux-ci se présentent comme des remparts contre l’Occident. « C’est une gauche qui, face à l’hégémonie américaine ou occidentale, perd de vue ses propres principes : la défense des droits humains, la liberté d’expression ou encore la laïcité », précise-t-il.

Dans sa tribune, il cite notamment le cas de personnalités ayant signé l’appel contre la guerre en Iran tout en minimisant les violations des droits humains commises par Téhéran. Pour Corcuff, cette posture relève d’une logique de « campisme » où l’ennemi de mon ennemi devient mon allié, quel que soit son bilan.

Des alliances contre-nature qui brouillent les repères idéologiques

Ce phénomène ne se limite pas à la France. Selon Le Monde – Politique, des dynamiques similaires s’observent ailleurs en Europe et en Amérique du Nord, où des groupes politiques aux idéologies opposées se retrouvent sur des positions communes, notamment sur la question iranienne. Corcuff évoque ainsi des rapprochements entre une frange de l’extrême gauche et certains mouvements d’extrême droite, unis par leur rejet de l’interventionnisme occidental.

Pour le politiste, cette porosité des discours est d’autant plus dangereuse qu’elle contribue à normaliser des régimes autoritaires. « Quand une partie de la gauche se met à relativiser les crimes d’un régime comme celui de l’Iran, elle trahit ses propres valeurs et affaiblit la crédibilité de la lutte pour la démocratie », affirme-t-il. Il rappelle que cette confusion n’est pas sans précédent : dans l’histoire, des alliances contre-nature ont souvent conduit à des échecs politiques majeurs.

Et maintenant ?

La tribune de Philippe Corcuff pourrait relancer le débat sur la nécessité pour la gauche de clarifier ses positions face aux régimes autoritaires. Plusieurs observateurs s’interrogent déjà sur l’évolution de ce phénomène, notamment à l’approche des prochaines échéances électorales en Europe. Reste à voir si cette prise de conscience suffira à inverser la tendance, ou si la radicalisation des discours continuera de brouiller les repères politiques traditionnels.

Pour Corcuff, la solution passe par un retour aux fondamentaux de la gauche : la défense intransigeante des droits humains et des libertés fondamentales. « Il ne s’agit pas de choisir entre l’Occident et ses adversaires, mais de défendre des principes universels », conclut-il.

Le politiste ne cite pas nommément de personnalités dans sa tribune, mais il évoque des figures issues de l’extrême gauche et de l’extrême droite ayant basculé vers une défense du régime iranien. Selon Le Monde – Politique, certains signataires ont progressivement adopté des positions justifiant ou minimisant les agissements de Téhéran.