Anticiper sa retraite implique de bien préparer le moment de la liquidation de son plan d’épargne retraite (PER). Si l’avantage fiscal immédiat des versements volontaires est souvent mis en avant, la sortie de ce placement reste un sujet rarement abordé en détail. Pourtant, comme le rapporte Capital, une erreur au moment de la liquidation peut annuler une partie des économies d’impôts réalisées pendant la vie active. Les règles fiscales en vigueur en 2026 rendent en effet cette étape cruciale pour éviter une taxation excessive.

Ce qu'il faut retenir

  • Les sommes issues des versements déduits fiscalement au cours de la carrière sont imposables à la sortie, tout comme les gains.
  • Retirer l’intégralité du capital d’un PER en une seule fois peut faire basculer le retraité dans une tranche marginale d’imposition plus élevée.
  • En 2026, les tranches d’imposition vont de 11 % à 41 % selon le niveau de revenu.
  • Les professionnels libéraux et indépendants, souvent fortement imposés, sont particulièrement exposés à ce risque.
  • Une sortie mixte (partie en capital, partie en rente viagère) permet de lisser l’imposition et d’éviter une taxation brutale.
  • Le PER ne doit pas être considéré comme un outil de financement ponctuel, mais comme un complément de retraite.

Un avantage fiscal à l’entrée, une taxation à la sortie

Le PER séduit chaque année des milliers d’épargnants grâce à son principal atout : la possibilité de déduire les versements volontaires de leur revenu imposable, dans la limite des plafonds fixés par l’administration fiscale. Ce mécanisme permet de réduire immédiatement l’impôt sur le revenu. Pourtant, comme le souligne François Junior Odzali, conseiller en gestion de patrimoine chez Garantia & Associés, « certains professionnels ne parlent pas du tout de la sortie, parce que cela peut être un frein sur la mise en place du dossier. C’est plus simple de vendre un PER en disant seulement que l’on défiscalise ».

Or, les règles fiscales sont claires : les sommes issues des versements déduits sont soumises à l’impôt sur le revenu lors de la liquidation du plan. Les gains, eux, supportent leur propre fiscalité. Quant à la rente viagère, elle est imposée comme une pension de retraite classique. Autant dire que l’avantage fiscal obtenu pendant la carrière peut se transformer en un fardeau à la retraite si la sortie n’est pas optimisée.

Une sortie en capital intégral, un piège fiscal bien réel

Le réflexe le plus courant au moment de la retraite reste de vouloir récupérer l’intégralité du capital en une seule fois. Que ce soit pour financer un projet immobilier, aider ses enfants ou sécuriser ses vieux jours, cette stratégie peut s’avérer coûteuse. François Junior Odzali alerte : « Vous avez défiscalisé pendant toute votre période d’activité, mais à la sortie, vous pouvez vous faire fortement taxer si vous récupérez tout le capital d’un coup ».

Prenons l’exemple d’une infirmière libérale ayant ouvert son PER à 35 ans, avec 250 euros versés chaque mois pendant trente ans. Avec les rendements cumulés, son capital pourrait dépasser 200 000 euros à l’âge de la retraite. Si cette somme est retirée intégralement en une seule fois, elle s’ajoute à la pension de retraite obligatoire versée par sa caisse professionnelle. Résultat : son revenu imposable peut bondir et la faire basculer dans une tranche marginale d’imposition plus élevée.

Un barème fiscal qui peut coûter cher

En 2026, le barème de l’impôt sur le revenu prévoit plusieurs tranches, allant de 11 % entre 11 498 euros et 29 315 euros de revenus imposables, à 41 % au-delà de 83 823 euros. Une sortie mal calibrée peut donc effacer une partie de l’avantage fiscal initial. « Il ne faut pas oublier que vous avez votre caisse de retraite obligatoire qui vous verse déjà votre retraite. Le PER, c’est un complément de retraite », rappelle François Junior Odzali. Cette nuance est essentielle pour les professions libérales et les indépendants, dont le PER a souvent servi de levier de défiscalisation pendant leur vie active.

Médecins, infirmiers, avocats ou consultants fortement imposés sont particulièrement concernés. À la retraite, récupérer trop de capital d’un coup peut annuler une partie de cet avantage fiscal. Même si chaque caisse de retraite possède ses spécificités, la logique reste la même : le PER vient compléter la pension principale, et non la remplacer.

Les cas de déblocage anticipé du PER

Le PER peut également être liquidé avant l’âge de la retraite dans des situations précises, comme le rappelle Service-Public.fr. Parmi ces cas figurent l’achat de la résidence principale, l’invalidité, le décès du conjoint, le surendettement, la fin des droits au chômage ou encore la liquidation judiciaire pour un indépendant. Chez les actifs plus jeunes, certains utilisent même le PER comme un outil de préparation immobilière. « Pour les moins de 40 ans, on a parfois une logique de PER “2.0” : défiscaliser aujourd’hui et utiliser cette épargne plus tard pour l’achat de la résidence principale », explique François Junior Odzali.

Anticiper la sortie pour éviter les mauvaises surprises

À l’approche de la retraite, il est conseillé d’anticiper sa stratégie de liquidation. Si un besoin important de liquidités se fait sentir, certains choisissent d’arrêter les versements vers 55 ou 60 ans, arbitrent une partie vers l’assurance-vie ou optent pour une sortie mixte. Cette dernière consiste à retirer une partie en capital pour les besoins immédiats, puis à conserver une rente viagère pour lisser l’imposition. « Le bon conseiller intervient justement à la sortie : récupérer une partie en capital si besoin, puis conserver une rente viagère pour éviter une trop forte taxation », souligne l’expert.

Cette approche permet de limiter l’impact fiscal tout en conservant un revenu complémentaire régulier. Elle évite également de se retrouver avec un revenu imposable anormalement élevé une année donnée, ce qui pourrait entraîner un redressement ou une perte de certains avantages sociaux.

Et maintenant ?

La réforme de la fiscalité des retraites, qui pourrait être discutée dans les mois à venir, pourrait apporter des modifications à ce dispositif. Les épargnants sont donc invités à suivre de près l’actualité législative, car une nouvelle mouture du barème ou des règles de sortie pourrait impacter leur stratégie. Pour l’heure, les règles en vigueur en 2026 restent à prendre en compte pour optimiser au mieux la liquidation de son PER.

En définitive, l’erreur n’est pas d’ouvrir un PER, mais de croire que tout se joue uniquement à l’entrée. En matière de retraite, la vraie optimisation commence souvent au moment de la sortie, où chaque euro compte.

Oui, le PER peut être liquidé de manière anticipée dans des cas précis : achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, surendettement, fin des droits au chômage ou liquidation judiciaire pour un indépendant, comme le rappelle Service-Public.fr.