Alors que 700 soldats tchadiens viennent tout juste de rejoindre Haïti pour renforcer la mission internationale contre les gangs, la situation sécuritaire à Port-au-Prince continue de se dégrader. Selon RFI, les affrontements entre groupes armés rivaux persistent dans la capitale depuis cinq jours consécutifs. Les violences, qui touchent notamment le bidonville de Cité Soleil ainsi que la commune de Croix-des-Bouquets — située à proximité de l’aéroport international Toussaint Louverture —, ont contraint quelque 5 000 habitants à quitter leur domicile.

Ce qu'il faut retenir

  • Depuis le 18 avril 2026, des combats opposent des gangs rivaux dans Port-au-Prince, selon RFI.
  • 5 000 personnes ont été déplacées, principalement depuis Cité Soleil et Croix-des-Bouquets.
  • 700 militaires tchadiens sont arrivés pour renforcer la Mission multinationale de soutien à la sécurité en Haïti.
  • Ces affrontements interviennent alors que l’aéroport de Port-au-Prince, stratégique, est situé à proximité des zones de tension.
  • Les violences persistent malgré l’arrivée de nouvelles troupes internationales.

Des combats quotidiens alimentés par une instabilité chronique

Les affrontements, qui se déroulent pour la cinquième journée d’affilée, illustrent l’incapacité des autorités haïtiennes à rétablir un semblant d’ordre dans la capitale. D’après RFI, les échanges de tirs entre gangs rivaux se concentrent dans des quartiers populaires déjà ravagés par des années de crise sécuritaire. Cité Soleil, l’un des bidonvilles les plus densément peuplés du pays, est régulièrement le théâtre de violences urbaines, tandis que Croix-des-Bouquets — localisée à l’est de la capitale — devient elle aussi un foyer de tensions. Autant dire que la situation humanitaire dans ces zones est critique.

Ces violences surviennent alors que Port-au-Prince est déjà sous haute surveillance en raison de la proximité de l’aéroport international Toussaint Louverture, un point névralgique pour l’approvisionnement du pays en denrées et en matériel médical. Toute perturbation dans cette zone pourrait aggraver une crise logistique déjà bien installée.

L’arrivée des soldats tchadiens : un espoir fragile ?

Pour tenter d’endiguer cette spirale de violences, une force internationale a été déployée à Haïti. Parmi les renforts récents figurent 700 militaires tchadiens, intégrés à la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MMSS). Leur arrivée marque une étape supplémentaire dans l’engagement de plusieurs pays africains aux côtés d’Haïti, mais leur impact reste à évaluer. Comme le rappelle RFI, ces troupes rejoignent d’autres contingents déjà sur place, issus notamment du Kenya, de l’Équateur et de la Jamaïque.

Pour l’instant, rien n’indique que ces renforts aient permis de calmer les tensions. Les gangs, souvent mieux armés et organisés que les forces de l’ordre locales, continuent de défier les autorités. La population, prise en étau entre ces groupes criminels et une police haïtienne sous-équipée, paie le prix fort. Les déplacements massifs enregistrés ces derniers jours en sont la preuve tangible.

Et maintenant ?

La situation devrait rester sous haute tension dans les prochains jours, alors que les gangs pourraient chercher à étendre leur contrôle territorial avant que la force internationale ne consolide ses positions. Une réunion de coordination entre les pays contributeurs de la MMSS est prévue dans les prochaines semaines pour évaluer l’efficacité des renforts et ajuster, si nécessaire, la stratégie de sécurisation. D’ici là, les habitants de Port-au-Prince devront composer avec une insécurité persistante, dans l’attente d’une stabilisation qui tarde à venir.

Un pays au bord de l’implosion

Ces nouveaux affrontements s’inscrivent dans un contexte plus large de déliquescence institutionnelle en Haïti. Depuis le assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, le pays est plongé dans une crise politique et sécuritaire sans précédent. Les gangs, qui contrôlent une grande partie de la capitale, ont renforcé leur emprise en recrutant des milliers de jeunes désœuvrés, tandis que les services publics s’effondrent. La Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), dont la présence s’est réduite, n’a pas suffi à endiguer la montée des violences.

Face à cette crise, la communauté internationale tente de réagir, mais les résultats se font attendre. Les déplacés, désormais au nombre de plusieurs dizaines de milliers dans tout le pays, s’ajoutent à une population déjà exsangue. Les organisations humanitaires alertent sur le risque de famine et d’épidémies, aggravé par l’impossibilité d’acheminer l’aide dans les zones les plus touchées. À Port-au-Prince, la peur domine : peur des balles perdues, peur des enlèvements, peur de l’avenir.

Une réponse internationale à la hauteur des enjeux ?

Le déploiement de troupes étrangères, bien qu’indispensable, soulève des questions quant à sa pérennité. Les pays contributeurs, comme le Tchad, le Kenya ou la Jamaïque, ont des priorités stratégiques et budgétaires qui pourraient limiter leur engagement à long terme. De plus, l’expérience des missions précédentes montre que la simple présence militaire ne suffit pas à rétablir un État de droit viable. La reconstruction des institutions haïtiennes, la réforme de la police et la lutte contre la corruption restent des conditions sine qua non pour espérer une sortie de crise.

En attendant, les Haïtiens continuent de vivre au rythme des sirènes de police et des tirs d’armes lourdes. À Port-au-Prince, la vie s’organise autour des barricades et des checkpoints improvisés, tandis que les écoles et les hôpitaux ferment leurs portes par précaution. La communauté internationale, qui a promis son soutien à plusieurs reprises, devra bientôt passer des mots aux actes — sous peine de voir la situation basculer définitivement.

Les 700 militaires tchadiens font partie de la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MMSS) en Haïti, une force autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU en octobre 2023. Leur mission consiste principalement à soutenir les forces de sécurité haïtiennes dans la lutte contre les gangs, à sécuriser des zones stratégiques et à participer à des opérations de rétablissement de l’ordre. Leur arrivée s’inscrit dans une volonté de renforcer les capacités locales, alors que les autorités haïtiennes peinent à rétablir la sécurité.