Depuis la pandémie de Covid-19, la poterie s’est imposée comme l’un des loisirs créatifs les plus prisés en France. Pourtant, derrière l’engouement pour ce craft naturel – terre, eau et feu – se cachent des dangers sanitaires liés aux émaux utilisés. Selon Reporterre, plusieurs céramistes s’alarment des risques liés au plomb, à l’arsenic ou encore au cadmium présents dans certains produits, et multiplient les mesures de protection dans leurs ateliers.

Ce qu'il faut retenir

  • La poterie, en plein essor depuis 2020, expose à des risques sanitaires liés aux émaux contenant des métaux lourds comme le plomb, l’arsenic ou le cadmium.
  • Certaines céramistes ont mis en place des protocoles stricts pour limiter l’exposition dans leurs ateliers.
  • Une prise de conscience collective du milieu et des autorités sanitaires est attendue pour encadrer ces pratiques.
  • Les professionnels demandent une meilleure information des consommateurs sur les dangers des émaux toxiques.

Un loisir créatif en plein boom, mais pas sans risques

Avec la pandémie, les ateliers de poterie ont connu un afflux record de nouveaux adeptes. Pourtant, ce qui semble être une activité inoffensive – façonner de la terre cuite au four – n’est pas sans danger. Comme le rapporte Reporterre, les émaux utilisés pour décorer ou vitrifier les pièces peuvent contenir des substances toxiques, dont des métaux lourds reconnus pour leurs effets nocifs sur la santé. Le plomb, par exemple, est associé à des risques de saturnisme, tandis que l’arsenic et le cadmium sont classés cancérogènes par les autorités sanitaires.

Ces substances, lorsqu’elles sont inhalées sous forme de poussière ou ingérées via des aliments en contact avec des pièces non conformes, peuvent entraîner des intoxications aiguës ou chroniques. « On ne réalise pas toujours que manipuler ces produits sans protection peut avoir des conséquences graves », a souligné Claire Martin, céramiste professionnelle à Lyon et membre du collectif *Céramistes en Transition*.

Des mesures de protection mises en place par les artisans

Face à ce constat, plusieurs professionnels ont adopté des protocoles stricts dans leurs ateliers. Port de masques FFP2, gants, aspiration des poussières, ventilation renforcée : les précautions se multiplient. Certaines utilisent même des émaux certifiés « sans plomb » ou des alternatives naturelles à base de feldspath ou de borax. « Depuis deux ans, j’ai revu l’intégralité de mes fournitures pour privilégier des produits étiquetés *sans métaux lourds*, explique Sophie Dubois, céramiste à Bordeaux. C’est un investissement, mais c’est le prix à payer pour exercer ce métier en toute sécurité. »

D’autres, comme le collectif *Terre & Santé*, organisent des formations pour sensibiliser les artisans aux bonnes pratiques. « L’objectif n’est pas de diaboliser la poterie, mais de rappeler que certains produits sont dangereux et doivent être utilisés avec précaution », a précisé un porte-parole du collectif.

Un appel à la responsabilité collective

Malgré ces initiatives, les professionnels estiment que la prise de conscience reste insuffisante. « On manque cruellement de réglementation claire sur les émaux utilisés en céramique », a déploré Claire Martin. Aujourd’hui, les produits commercialisés en France ne sont pas soumis à des contrôles systématiques pour vérifier l’absence de métaux lourds, contrairement à ce qui existe pour les ustensiles de cuisine ou les jouets. Résultat : certains émaux bon marché, importés notamment d’Asie, échappent à toute traçabilité.

Les céramistes réclament donc une meilleure transparence de la part des fournisseurs, ainsi qu’un étiquetage obligatoire indiquant la composition exacte des émaux. « Les consommateurs ont le droit de savoir ce qu’ils achètent, insiste Sophie Dubois. Une pièce décorative peut très bien contenir du cadmium sans que cela soit mentionné sur l’emballage. »

Et maintenant ?

Plusieurs pistes pourraient être explorées dans les mois à venir. D’abord, une éventuelle révision des normes européennes sur les émaux de poterie, attendue pour 2027, pourrait imposer des limites plus strictes sur les métaux lourds. Ensuite, des associations comme *Terre & Santé* prévoient de multiplier les campagnes de sensibilisation auprès du grand public et des professionnels. Enfin, certains ateliers pourraient opter pour une certification « émail sûr », calquée sur les labels bio ou écologiques existants.

Pour l’heure, les céramistes appellent à la prudence. « Si vous pratiquez ce loisir, vérifiez la composition de vos émaux et équipez-vous correctement, recommande Claire Martin. Et si vous achetez une pièce décorative, renseignez-vous sur son origine et son mode de fabrication. Autant dire que la prudence est de mise. »

Les symptômes varient selon le métal concerné. Pour le plomb, on peut observer fatigue, douleurs abdominales, ou troubles neurologiques. L’arsenic peut provoquer des nausées, des lésions cutanées ou des troubles digestifs. Le cadmium, quant à lui, est associé à des risques de cancer du poumon ou de lésions rénales. En cas de suspicion d’intoxication, il est conseillé de consulter un médecin et de signaler l’exposition aux autorités sanitaires.