Selon Euronews FR, près d’un tiers des professionnels de santé et du secteur social en Europe sont régulièrement exposés à des facteurs de risque cancérogènes dans le cadre de leur activité professionnelle. Une enquête menée par l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA) révèle que 29,5 % des travailleurs de ce secteur ont été confrontés à au moins un agent cancérigène au cours de leur dernière semaine de travail.
Cette étude s’appuie sur le Workers’ Exposure Survey, une vaste enquête réalisée entre 2022 et 2023 auprès de 24 402 travailleurs en Finlande, France, Allemagne, Hongrie, Irlande et Espagne. Les résultats, publiés récemment, soulignent l’urgence de renforcer les mesures de prévention dans un secteur déjà fragilisé par des conditions de travail exigeantes.
Ce qu'il faut retenir
- 29,5 % des soignants et travailleurs sociaux européens ont été exposés à au moins un facteur de risque cancérogène au travail au cours de la dernière semaine.
- 7,8 % d’entre eux ont été exposés à deux ou plusieurs agents cancérigènes simultanément.
- Le cancer reste la première cause de décès liés au travail dans l’Union européenne, avec 100 000 morts par an.
- 47,3 % des travailleurs européens, tous secteurs confondus, ont été exposés à au moins un facteur cancérogène au cours de leur dernière semaine de travail.
- Les principaux risques identifiés incluent les rayonnements ionisants (7,4 %), le formaldéhyde (5,2 %) et les émissions diesel (6,2 %).
Un secteur en première ligne face aux risques professionnels
La santé et l’action sociale constituent l’un des plus grands secteurs économiques en Europe, employant 11 % de la main-d’œuvre totale, soit plus de 21,6 millions de personnes. Ce domaine regroupe une diversité d’emplois, allant des hôpitaux aux maisons de retraite, en passant par les cabinets médicaux et les soins à domicile. Pourtant, malgré son importance, il reste l’un des moins protégés face aux risques cancérogènes.
« Malgré leur importance, les risques liés à l’exposition à des agents cancérogènes dans le secteur de la santé et du social ont historiquement été moins visibles que dans d’autres secteurs économiques », a souligné Michelle Turner, auteure principale de l’étude et chercheuse à l’Institut de santé globale de Barcelone (ISGlobal). « Cette étude montre la nécessité de mettre en place des stratégies de prévention adaptées aux conditions de travail réelles dans ce secteur. »
Les principaux agents cancérogènes identifiés
L’enquête a évalué l’exposition des travailleurs à 24 facteurs de risque de cancer connus, pertinents dans le contexte professionnel européen. Parmi les plus fréquents chez les soignants et travailleurs sociaux, on retrouve les rayonnements ionisants (7,4 %), les émissions d’échappement des moteurs diesel (6,2 %), le rayonnement ultraviolet solaire (6,1 %), le formaldéhyde (5,2 %) et le benzène (4,8 %).
Le formaldéhyde et l’oxyde d’éthylène, deux composés chimiques utilisés pour la désinfection et la stérilisation, figurent parmi les expositions les plus souvent estimées à un niveau élevé. Ces substances, bien que nécessaires à certaines pratiques médicales, exposent les professionnels à des risques accrus de développer des cancers, notamment en cas de mauvaise manipulation ou de ventilation insuffisante.
Des situations de travail particulièrement à risque
L’étude met en lumière plusieurs métiers et activités particulièrement exposés aux agents cancérogènes. Les conducteurs de véhicules diesel et les mécaniciens sont les plus touchés par les émissions d’échappement des moteurs diesel (DEE), tandis que les personnels des laboratoires d’anatomie humaine sont fortement exposés au formaldéhyde.
Les prothésistes dentaires, quant à eux, sont souvent confrontés à la silice cristalline respirable (RCS), une substance présente lors de la fabrication de couronnes, dentiers ou bridges. Les professionnels utilisant des appareils de radiographie et de radio-isotopes sont également concernés par les rayonnements ionisants, dont l’impact sur la santé peut être grave en l’absence de protections adaptées.
Un enjeu de santé publique majeur
Le cancer occupe une place centrale parmi les causes de décès liés au travail dans l’Union européenne, avec 100 000 morts annuelles. L’exposition professionnelle à des agents cancérogènes concerne des millions de travailleurs, souvent sans qu’ils en aient conscience. Le Code européen contre le cancer rappelle d’ailleurs que l’exposition sur le lieu de travail est une priorité essentielle de la prévention, car elle touche de larges groupes de personnes exposées à des concentrations élevées de substances dangereuses sur de longues périodes.
Pour les professionnels de santé, les risques vont des produits de nettoyage aux actes médicaux impliquant des substances dangereuses. Une prise de conscience collective et des mesures adaptées s’imposent pour réduire ces expositions et protéger une main-d’œuvre déjà sous tension.
Une responsabilité partagée entre employeurs et institutions
La lutte contre les risques cancérogènes professionnels ne peut reposer uniquement sur les épaules des soignants et travailleurs sociaux. Les employeurs ont l’obligation légale de fournir un environnement de travail sécurisé, conformément à la directive européenne sur les agents cancérogènes. Pourtant, les retards dans la mise en œuvre des mesures de protection et le manque de moyens dans certains établissements aggravent la situation.
Les syndicats et associations professionnelles appellent à une mobilisation accrue pour faire évoluer les normes en vigueur. « Il est crucial que les pouvoirs publics et les institutions sanitaires reconnaissent enfin l’ampleur des risques encourus par ces travailleurs », a déclaré un représentant syndical sous couvert d’anonymat. « Sans une action forte, des milliers de vies pourraient continuer à être mises en danger chaque année. »
Selon l’EU-OSHA, les secteurs les plus touchés sont la santé et l’action sociale, suivis de près par l’industrie manufacturière, la construction et les transports. Les travailleurs de ces secteurs sont exposés à des agents cancérogènes variés, allant des produits chimiques aux rayonnements ionisants.
Cette étude rappelle que les risques professionnels liés au cancer ne sont pas une fatalité. Des solutions existent, à condition que les acteurs concernés – employeurs, institutions et salariés – s’engagent ensemble pour les mettre en œuvre. Dans un contexte où les systèmes de santé européens sont déjà sous pression, protéger ceux qui nous soignent relève à la fois de l’urgence sanitaire et de la responsabilité collective.