Avec moins d’un an avant l’élection présidentielle de 2027, la gauche non insoumise se cherche un candidat capable de fédérer au-delà des clivages traditionnels. Selon BFM - Politique, Raphaël Glucksmann, eurodéputé et fondateur de Place publique, avance ses pions pour s’imposer comme la figure centrale de ce camp, malgré une concurrence redoutable.
Le patron de Place publique a déjà lancé sa machine électorale : après avoir dévoilé ses premières propositions lors d’un passage à TF1 le 26 mai 2026, il doit tenir un meeting à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) le 13 juin prochain. Un calendrier classique pour un prétendant à l’Élysée, mais qui s’inscrit dans un paysage politique particulièrement encombré. Face à lui, François Hollande, redevenu député en 2024, et Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre reconverti en avocat d’affaires, se tiennent en embuscade, convaincus que Glucksmann manque encore de stature pour mener une campagne présidentielle.
Ce qu'il faut retenir
- Glucksmann affiche 10,5 % dans un sondage Elabe pour BFMTV, un score qui le place au niveau de Jean-Luc Mélenchon ou Gabriel Attal, mais bien loin d’une qualification au second tour.
- Il a dévoilé ses premières propositions le 26 mai 2026 sur TF1 et doit organiser un meeting à Aubervilliers le 13 juin 2026 pour mobiliser ses soutiens.
- François Hollande et Bernard Cazeneuve, tous deux anciens Premiers ministres, pourraient représenter des alternatives pour le Parti socialiste, où l’enthousiasme pour Glucksmann reste mesuré.
- Un sondage Elabe pour BFMTV donne Glucksmann à 10,5 %, contre 13,83 % pour sa liste aux européennes de juin 2024, signe d’une stagnation selon certains observateurs socialistes.
- Glucksmann mise sur un « nouveau contrat patriotique » et entend rassembler la gauche non mélenchoniste, tout en s’appuyant sur des figures comme Yannick Jadot ou Boris Vallaud.
Une course à l’investiture du centre-gauche déjà bien engagée
Raphaël Glucksmann a pris les devants en annonçant, lors de son passage à TF1, qu’il disposait de « trois mois pour sillonner le pays » et proposer un « nouveau contrat patriotique ». L’objectif affiché est clair : réunir la famille politique de la gauche non mélenchoniste et imposer, à terme, une seule candidature pour ce camp. « Il n’y aura qu’une seule candidature, celle de la personne la mieux placée », a-t-il déclaré, ajoutant que cet espace était « le seul qui peut vaincre l’extrême droite en 2027 ».
Pour l’instant, Glucksmann conserve une longueur d’avance. Selon un sondage Elabe pour BFMTV, il affiche un score de 10,5 % au premier tour, un chiffre qui, s’il reste insuffisant pour une qualification, témoigne d’un socle électoral solide. « Ce n’est pas si mal alors que les Français sont très loin de la présidentielle pour l’instant. Et ça montre aussi qu’il est resté dans le cœur des électeurs alors que les européennes ont eu lieu il y a deux ans », s’est félicité un élu de Place publique auprès de BFM - Politique. Pourtant, certains au sein même du Parti socialiste (PS) restent sceptiques : « Il n’est pas en progression. Il n’y a pas d’effet waouh. Il est à l’étiage qui a été le sien avec la campagne des européennes. Il n’y a pas de phénomène pour Raphaël Glucksmann dans cette présidentielle », a tempéré un poids lourd du PS.
Hollande et Cazeneuve, deux poids lourds en embuscade
Dans le camp socialiste, l’enthousiasme pour Glucksmann n’est pas unanime. François Hollande, qui a retrouvé son siège de député en 2024, et Bernard Cazeneuve, à la tête de son mouvement La Convention depuis 2023, se positionnent comme des alternatives crédibles. « Il n’est pas au niveau, tout le monde le sait, même lui », a tranché, acide, une ancienne ministre de l’ancien président, citée par BFM - Politique. Hollande, qui n’a jamais cru en sa victoire en 2017, n’a pour l’instant engrangé que peu de ralliements, mais sa stature d’ancien chef de l’État pourrait fragiliser Glucksmann, dont le parcours politique s’est jusqu’ici limité au Parlement européen.
De son côté, Bernard Cazeneuve mise sur son expérience gouvernementale et son ancrage social-démocrate. « La sociale-démocratie a manqué d’incarnation sous Emmanuel Macron. Félicitons-nous que trois candidats veuillent aujourd’hui l’incarner. Mais le plus sérieux et celui qui incarne le plus, c’est Bernard Cazeneuve », a affirmé David Habib, député PS et porte-parole de sa campagne. Cazeneuve a d’ailleurs lancé, mi-mai sur France Inter, qu’il avait « le désir » d’être président, tout en laissant planer le doute : « Dans un paysage politique tellement déraisonnable, quand vous êtes déterminé à être sage, alors vous n’êtes pas déterminé à être président de la République. »
Glucksmann face à ses propres limites et controverses
Malgré ses ambitions, Raphaël Glucksmann doit surmonter plusieurs obstacles. D’abord, son score aux européennes de juin 2024, où sa liste avait recueilli 13,83 % des voix, soit un recul par rapport aux 14,6 % du camp présidentiel à l’époque. Depuis, il plafonne dans les sondages, sans décoller. « Vous avez quelqu’un qui veut être président et qui n’arrive pas à imposer ce qu’il souhaite dans un moment où à gauche, tout le monde est perdu ? Ça en dit long sur le bonhomme », a ironisé un sénateur socialiste sous couvert d’anonymat.
En outre, Glucksmann a été critiqué pour une prestation jugée ratée lors d’une longue émission sur LCI à l’automne 2025, qui a jeté le doute sur sa capacité à mener une campagne présidentielle exigeante. Une note interne de son équipe, proposant d’« éviter » certaines cibles électorales comme les habitants des banlieues ou les jeunes, a également alimenté les polémiques. Bien qu’il ait immédiatement rejeté cette note, l’incident a laissé des traces dans l’opinion. « Il est clivant et talentueux », a pourtant nuancé Jean-Luc Mélenchon, lui aussi candidat à la présidentielle, dans une déclaration rapportée par Alain Duhamel.
La stratégie de Glucksmann : rassembler et détonner
Pour s’imposer, Raphaël Glucksmann mise sur une stratégie en deux volets. D’abord, il entend s’adosser aux socialistes, dont il a besoin pour financer sa campagne, obtenir 500 signatures d’élus locaux et bénéficier de leur force de frappe militante. Il a d’ailleurs repris à son compte des marqueurs de gauche, comme la taxation accrue des héritages, des hauts revenus ou l’augmentation des salaires des enseignants, afin de séduire l’électorat socialiste.
Ensuite, il compte bousculer l’image d’intellectuel parisien qui lui colle à la peau en proposant des mesures chocs, comme une convention citoyenne sur l’immigration ou l’instauration d’un service civique obligatoire, évoquées dans son livre. Une façon, selon ses proches, de casser l’étiquette de « nouveau Macron » qui lui est parfois accolée sur les réseaux sociaux. « Notre objectif est très clair : rester proche de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages, montrer qu’on peut progresser et tuer le match à gauche », a résumé un membre de son équipe.
Quant à Hollande et Cazeneuve, leur attitude reste prudente : les deux hommes évitent pour l’instant l’affrontement direct. Lors d’une rencontre récente en Ille-et-Vilaine, ils se sont à peine adressé la parole. Une trêve qui pourrait voler en éclats dès que l’un des deux jugera le moment opportun pour déclencher sa propre campagne.
Les deux hommes, anciens chefs de gouvernement, bénéficient d’une légitimité historique au sein du Parti socialiste, où l’enthousiasme pour Glucksmann reste mesuré. Leur stature pourrait leur permettre de capter une partie des voix socialistes, surtout si Glucksmann ne parvient pas à décoller dans les sondages. François Hollande, en particulier, a déjà été critiqué pour son manque de dynamisme depuis son retour à l’Assemblée en 2024, mais son expérience pourrait séduire un électorat en quête de stabilité.
Le prochain rendez-vous majeur est son meeting à Aubervilliers le 13 juin 2026. D’ici là, il doit poursuivre sa tournée des territoires pour promouvoir son « nouveau contrat patriotique » et affiner son programme. Si ce rassemblement permet de mobiliser largement, il pourrait renforcer sa position de favori pour l’investiture de la gauche non mélenchoniste. Sinon, le risque sera grand de voir d’autres candidats, comme Hollande ou Cazeneuve, prendre l’avantage dans les semaines suivantes.