Le procès de l’une des affaires les plus graves de pédocriminalité en milieu scolaire en France s’ouvrira fin 2026 devant la cour criminelle de la Gironde. Selon Le Figaro, l’ex-enseignant Gilles D., 54 ans, sera jugé du 30 novembre au 11 décembre 2026 pour des faits présumés de viols sur 17 mineurs, commis entre 2008 et 2012, alors qu’il était maître en CM1 dans un établissement bordelais. Les investigations ont par ailleurs révélé 36 victimes potentielles au total, incluant des agressions sexuelles, des actes de voyeurisme et des atteintes à l’intimité d’autres enfants.

Ce qu'il faut retenir

  • 17 viols présumés commis entre 2008 et 2012 sur des élèves de CM1, selon les accusations portées contre l’ex-enseignant Gilles D.
  • 36 victimes potentielles identifiées lors des investigations, dont 6 autres enfants victimes d’agressions sexuelles entre 2017 et 2023.
  • Le procès est prévu du 30 novembre au 11 décembre 2026 devant la cour criminelle de la Gironde.
  • L’affaire a éclaté en juin 2023 après la découverte d’images filmées à l’insu d’élèves lors d’un séjour scolaire.
  • Un premier signalement avait été fait dès 2011, sans suite de la part de la direction de l’école.

L’ex-enseignant, actuellement en détention provisoire, cumule les chefs d’accusation : viols sur mineurs, agressions sexuelles, détention d’images pédopornographiques et voyeurisme. L’affaire, qui secoue l’un des établissements les plus réputés de l’agglomération bordelaise, Saint-Genès, a déjà eu des conséquences tragiques : quelques jours après la mise en examen de l’enseignant en 2023, le directeur de l’école s’est donné la mort, évoquant dans une lettre sa « responsabilité » et son « mal-être » face à la situation.

L’enquête révèle qu’un parent d’élève avait alerté la direction dès 2011 sur des comportements jugés préoccupants. Celui-ci avait signalé que des petites filles étaient reçues seules en classe, porte fermée, pour un jeu baptisé « jeu du goût », les yeux bandés. Malgré ce signalement précoce, aucune mesure n’aurait été prise pour écarter l’enseignant de ses fonctions. Plus récemment, en novembre 2025, plusieurs victimes et parents d’élèves ont déposé plainte contre la direction de l’école, l’accusant de non-dénonciation de crime et de non-empêchement d’infractions.

Une affaire aux multiples facettes : de l’alerte ignorée au drame humain

L’affaire a pris une nouvelle dimension en juin 2023, lorsque deux élèves ont surpris Gilles D. en train de les filmer à leur insu alors qu’elles prenaient leur douche lors d’un séjour scolaire sur le bassin d’Arcachon. Interpellé dans la foulée, l’enseignant a été placé en garde à vue et mis en examen pour agressions sexuelles sur mineur de moins de 15 ans, détention d’images à caractère pédopornographique et voyeurisme. Les investigations menées depuis ont permis de remonter jusqu’en 2008, année où l’enseignant avait commencé à enseigner à Saint-Genès.

Les perquisitions et auditions ont révélé un schéma répétitif : l’enseignant aurait utilisé sa position pour isoler des élèves, notamment des filles, sous prétexte de jeux ou d’activités éducatives. Les investigations ont également mis au jour des faits de voyeurisme et d’atteinte à l’intimité, touchant un nombre plus large de victimes que les 17 viols initialement dénoncés. Parmi les éléments troublants, les enquêteurs ont retrouvé des dizaines de vidéos et d’images compromettantes sur les appareils électroniques saisis chez l’accusé.

— Selon les éléments recueillis par Le Figaro, l’enseignant aurait agi avec une méthode systématique, exploitant la confiance des familles et l’autorité que lui conférait son statut. Les signalements internes à l’école, comme celui de 2011, auraient été minimisés, voire ignorés, faute de protocole clair en matière de protection de l’enfance.

Un établissement sous le choc et une direction mise en cause

L’affaire a profondément ébranlé Saint-Genès, un établissement catholique privé situé dans l’un des quartiers les plus aisés de Bordeaux. Fondé au XIXe siècle, l’école est réputée pour son excellence académique et son encadrement rigoureux. Pourtant, son image a été durablement ternie par les agissements de l’un de ses enseignants. La découverte des faits en 2023 a provoqué une onde de choc dans la communauté éducative et parmi les familles, certaines choisissant de retirer leurs enfants de l’établissement par mesure de précaution.

La mort du directeur en 2023, survenue peu après la mise en examen de Gilles D., a ajouté une dimension tragique à l’affaire. Dans une lettre laissée à son entourage, il évoquait son « désespoir » et sa « responsabilité » dans la gestion de la crise, sans pour autant être directement mis en cause dans les faits reprochés à l’enseignant. Son suicide a relancé les débats sur la culture du silence qui peut régner dans certains milieux scolaires, notamment confessionnels, où la réputation de l’établissement prime parfois sur la protection des élèves.

Les familles des victimes ont par ailleurs déposé plainte en novembre 2025 contre la direction de l’école, estimant que celle-ci n’avait pas réagi avec la diligence requise face aux premiers signalements. Les plaignants dénoncent un « manque de transparence » et une « volonté de étouffer l’affaire » pour préserver l’image de l’établissement. Des auditions sont en cours pour déterminer d’éventuelles responsabilités pénales des anciens responsables de Saint-Genès.

Un procès attendu pour clore une décennie de silence

Le procès de Gilles D., prévu pour décembre 2026, s’annonce comme un moment charnière pour les victimes, mais aussi pour l’institution scolaire. Il permettra de faire la lumière sur l’étendue des faits reprochés et sur les éventuelles complicités ou négligences qui ont permis leur répétition sur plus d’une décennie. Les associations de protection de l’enfance, comme la Fondation pour l’Enfance ou le Collectif Agir contre les violences sexuelles faites aux enfants (Cavi), suivent de près cette affaire, espérant qu’elle servira d’exemple pour renforcer les mécanismes de signalement et de protection dans les établissements scolaires.

Pour les victimes, ce procès représente une étape cruciale vers la reconnaissance de leur souffrance. Plusieurs d’entre elles, aujourd’hui majeures, ont accepté de témoigner anonymement pour Le Figaro. Leurs récits, parfois étalés sur plusieurs pages, décrivent un climat de terreur et de manipulation, où l’enseignant aurait profité de sa position pour imposer un rapport de domination. « On nous disait que c’était un jeu, qu’il fallait obéir, sinon on serait punies », confie l’une d’elles, citée par le quotidien.

Et maintenant ?

D’ici le procès, prévu du 30 novembre au 11 décembre 2026, les investigations pourraient encore s’élargir, notamment si de nouvelles victimes se manifestent. La cour criminelle de la Gironde devra également se pencher sur les éventuelles responsabilités de l’établissement Saint-Genès, dont les anciens dirigeants pourraient être appelés à comparaître. Par ailleurs, cette affaire pourrait relancer le débat sur la formation des enseignants et des directeurs d’école en matière de protection de l’enfance, ainsi que sur l’efficacité des dispositifs de signalement interne. Enfin, une question reste en suspens : celle des indemnisations pour les victimes, dont certaines pourraient engager des procédures civiles après le procès pénal.

Cette affaire rappelle, une fois de plus, l’importance d’écouter les alertes précoces et de briser les silences institutionnels. Comme le soulignait récemment la Défenseure des droits, « la protection de l’enfance ne peut être l’otage de considérations réputationnelles ou de routines bureaucratiques ». Le procès de décembre 2026 pourrait bien être l’occasion de tirer les leçons d’une décennie de dysfonctionnements.

Gilles D. est poursuivi pour 17 viols commis entre 2008 et 2012 sur des élèves de CM1, ainsi que pour six agressions sexuelles entre 2017 et 2023. Il est également accusé de détention d’images pédopornographiques, de voyeurisme et d’atteintes à l’intimité de mineurs, selon les informations rapportées par Le Figaro.

Le premier signalement, remontant à 2011, concernait des comportements jugés préoccupants, comme des réunions en tête-à-tête avec des élèves, porte fermée. Cependant, aucune mesure n’aurait été prise pour écarter l’enseignant ou approfondir l’enquête. C’est en juin 2023 que l’affaire a éclaté après la découverte d’images filmées à l’insu d’élèves lors d’un séjour scolaire. Les investigations ultérieures ont permis de remonter jusqu’en 2008 et d’identifier 36 victimes potentielles.