Lors de son procès en appel, ouvert ce mercredi 18 mars devant la cour d’appel de Paris, Nicolas Sarkozy a réitéré n’avoir « commis aucun des faits » qui lui sont reprochés dans l’affaire du financement présumé illégal de sa campagne présidentielle victorieuse de 2007 par la Libye de Mouammar Kadhafi. Comme le rapporte Le Figaro, cette troisième journée de débats, qui doit se poursuivre jusqu’au début du mois de juin, a offert à l’ancien chef de l’État et à ses six co-prévenus la possibilité de s’exprimer en ouverture des audiences.
Ce qu'il faut retenir
- Nicolas Sarkozy a réaffirmé devant la cour d’appel de Paris, ce 18 mars 2026, n’avoir « commis aucun des faits » pour lesquels il a été condamné en première instance.
- Il a été condamné en septembre 2025 à un an de prison avec sursis pour « association de malfaiteurs » dans cette affaire, après avoir purgé trois semaines de détention à la prison de la Santé.
- Les prévenus, dont Brice Hortefeux et Alexandre Djouhri, ont tous nié les faits reprochés, dénonçant un jugement qu’ils jugent « injuste » et « infondé ».
- La défense de Nicolas Sarkozy a annoncé vouloir déposer plainte pour « subornation de témoin » après le refus d’un historien d’apporter son témoignage.
- Le procès en appel doit durer jusqu’au début du mois de juin 2026.
Sur le ton de la retenue, Nicolas Sarkozy a déclaré à la barre : « J’ai fait appel parce que je n’ai commis aucun des faits pour lesquels j’ai été condamné. Je mobiliserai toutes les forces dont je suis capable pour défendre cette vérité profondément ancrée en moi ». Ces propos contrastent avec l’énergie déployée lors de son intervention liminaire en première instance, ou les critiques acerbes qu’il avait formulées après sa condamnation, accusant les magistrats de partialité. Rappelons qu’il avait été le premier ancien président de la République incarcéré sous la Ve République, une étape marquée par une médiatisation intense.
Face à une cour qui a écouté son intervention sans qu’il ne développe davantage, Nicolas Sarkozy a simplement précisé : « Ce que je vous ai dit, M. le président, c’est ce que je ressens au plus profond de moi-même ». Le parquet lui reproche d’avoir accepté un pacte corruptif avec les autorités libyennes en échange de financements occultes pour sa campagne de 2007, une thèse qu’il a toujours catégoriquement rejetée.
Une affaire aux racines profondes et aux ramifications complexes
Cette affaire, qui a éclaté en 2011, s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu. Selon l’accusation, Nicolas Sarkozy aurait conclu un accord avec le régime de Mouammar Kadhafi : en échange de fonds estimés à plusieurs millions d’euros, l’ancien président aurait promis des contreparties diplomatiques, commerciales et judiciaires. Parmi ces dernières figuraient, entre autres, la levée de poursuites contre des proches du régime libyen ou encore des contrats pétroliers avantageux pour des entreprises françaises. Ces allégations, toujours niées par l’intéressé, ont donné lieu à une instruction de près de dix ans.
En septembre 2025, le tribunal correctionnel de Paris avait retenu à son encontre la qualification d’« association de malfaiteurs » pour avoir laissé ses collaborateurs, à l’instar de l’ancien directeur de cabinet Claude Guéant ou de l’ex-ministre Brice Hortefeux, négocier un tel arrangement. Si la peine prononcée — un an de prison avec sursis — n’a pas été assortie d’une inéligibilité, elle a marqué l’histoire judiciaire française en condamnant pour la première fois un ancien chef de l’État dans une affaire pénale.
Des prévenus unanimes dans leur dénégation
À l’image de Nicolas Sarkozy, l’ensemble des prévenus présents à l’audience ont réaffirmé leur innocence. Trois d’entre eux, dont Claude Guéant pour raisons médicales, ne participent pas aux débats. Alexandre Djouhri, intermédiaire central de ce dossier, a vivement critiqué la procédure, estimant avoir été « mis en état de mort civile » en dépit d’une enquête qu’il juge dépourvue de « le moindre élément ». Il a appelé la cour à faire preuve d’objectivité, reprochant à l’accusation un « raisonnement à sens unique ». « Ils m’ont incarcéré pour de faux motifs, mais ça va je suis debout », a-t-il lancé, avant d’ajouter avec une pointe d’ironie : « Si ça arrivait à une autre personne que moi, il serait en train de parler aux oiseaux ».
Brice Hortefeux, condamné en première instance à deux ans de prison ferme aménageables, a quant à lui promis de « prouver » l’absence totale de fondement des accusations. « Il n’y a pas un matin où je ne m’éveille sans m’interroger sur les motivations de ce jugement que j’estime aussi injuste qu’infondé », a-t-il souligné, évoquant une décision judiciaire qui, selon lui, bafoue les principes mêmes de la présomption d’innocence.
Un climat judiciaire encadré par les principes de la République
Face à ces déclarations, le président de la cour d’appel, Olivier Géron, a rappelé avec solennité l’importance des principes encadrant la procédure. Citant François Guizot, historien et homme d’État du XIXe siècle, il a rappelé que « dans l’enceinte des tribunaux, au contraire, rien ne doit entrer que la loi et des faits prévus par la loi ». « C’est le lieu de l’impassibilité et de la règle », a-t-il ajouté, « dont la porte est interdite à toutes ces passions ». Une mise en garde implicite face aux tensions palpables dans ce dossier sensible.
Par ailleurs, la défense de Nicolas Sarkozy a annoncé son intention de déposer plainte pour « subornation de témoin ». Cette initiative fait suite au refus de l’historien Jean Garrigues de témoigner à l’audience, invoquant des « pressions indirectes » exercées, selon lui, par « plusieurs journalistes ». La cour a finalement décidé de se passer de son audition, sans que les motivations de cette décision ne soient détaillées.
Cette affaire, qui mêle enjeux politiques, diplomatiques et financiers, dépasse largement le cadre personnel de Nicolas Sarkozy. Elle interroge plus largement la crédibilité des institutions judiciaires face à des personnalités de premier plan, ainsi que la capacité de la justice française à instruire sereinement des dossiers impliquant d’anciens dirigeants. Dans un contexte où la défiance envers les élites politiques et médiatiques n’a jamais été aussi forte, ce procès en appel pourrait, quoi qu’il advienne, laisser des traces durables dans le paysage institutionnel français.
Ce procès en appel est crucial pour Nicolas Sarkozy, car il lui offre l’opportunité de contester une condamnation historique pour « association de malfaiteurs » dans l’affaire du financement libyen. Une confirmation de sa culpabilité en appel pourrait avoir des répercussions majeures sur sa réputation et son héritage politique, tandis qu’un acquittement renforcerait sa défense et sa crédibilité.
Une confirmation de la condamnation en appel pourrait entraîner une peine plus lourde, voire une inéligibilité, bien que la peine prononcée en première instance (un an de prison avec sursis) ne soit pas assortie d’une telle sanction. Par ailleurs, cela pourrait relancer les débats sur la crédibilité des institutions judiciaires face à d’anciens dirigeants, ainsi que sur l’efficacité des procédures pénales dans les affaires politico-financières complexes.
