L’ancien président philippin Rodrigo Duterte, âgé de 81 ans, comparaîtra devant la Cour pénale internationale (CPI) à partir du 30 novembre 2026. Il est poursuivi pour crimes contre l’humanité, accusé d’avoir joué un rôle central dans la mort d’au moins 76 personnes entre 2013 et 2018, dans le cadre de sa politique controversée de lutte antidrogue, comme le rapporte Le Monde.
Ce qu'il faut retenir
- Rodrigo Duterte, 81 ans, sera jugé par la CPI pour crimes contre l’humanité à compter du 30 novembre 2026.
- Les procureurs lui reprochent d’avoir été impliqué dans au moins 76 meurtres perpétrés entre 2013 et 2018.
- Ces homicides s’inscrivent dans le cadre de la « guerre contre la drogue » menée durant sa présidence.
- La CPI a engagé des poursuites après des années d’enquêtes sur les exactions attribuées à son gouvernement.
Un procès symbolique pour la justice internationale
Le procès de Rodrigo Duterte marque une étape inédite dans l’histoire judiciaire mondiale. Pour la première fois, un ancien chef d’État sera jugé par la CPI pour des crimes commis dans le cadre d’une politique publique. Cette procédure s’inscrit dans la continuité des efforts de la Cour pour établir sa légitimité face aux accusations de partialité ou d’inefficacité, souvent portées par certains États, dont les Philippines.
Les charges retenues contre Duterte concernent des exécutions extrajudiciaires attribuées à des escadrons de la mort et à des forces de l’ordre, agissant sous couvert de la lutte contre le trafic de stupéfiants. Les ONG de défense des droits humains estiment que le bilan réel pourrait être bien supérieur, évoquant des milliers de victimes, mais seules 76 affaires ont été retenues pour ce procès, faute de preuves suffisantes pour les autres cas.
Le contexte de la « guerre contre la drogue » aux Philippines
Entre 2016 et 2022, la politique antidrogue de Duterte a fait l’objet de vives critiques de la part de la communauté internationale. Des rapports de l’ONU et d’ONG comme Amnesty International ou Human Rights Watch dénonçaient alors des milliers d’assassinats ciblés ou arbitraires, perpétrés par la police ou des milices pro-gouvernementales. Duterte lui-même avait publiquement encouragé ces violences, déclarant à plusieurs reprises : « Tuez tous les dealers, tuez tous les toxicomanes ».
Malgré les condamnations de l’ONU et des instances régionales comme l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), Duterte n’a jamais été inquiété sur place. Les Philippines ont même quitté la CPI en 2019, après l’ouverture d’une enquête préliminaire, avant de réintégrer l’organisation en 2023 sous la pression internationale. Une décision qui n’a pas empêché la Cour de poursuivre ses investigations.
« Les preuves recueillies par la CPI démontrent une politique systématique de répression violente, approuvée au plus haut niveau de l’État. » — Karim Khan, procureur de la CPI (extrait du communiqué de mise en accusation, 2024)
Les défis juridiques et politiques à venir
Le procès, prévu pour s’étaler sur plusieurs mois, s’annonce complexe. Duterte, toujours influent aux Philippines où son fils, Sebastian Duterte, occupe un poste clé au Sénat, pourrait tenter de contester la légitimité de la CPI. Les avocats de l’accusé devraient invoquer des arguments liés à la souveraineté nationale et à l’immunité des chefs d’État, bien que celle-ci ne s’applique pas pour les crimes relevant de la compétence de la CPI.
Par ailleurs, Manille a refusé de coopérer pleinement avec les enquêteurs, limitant l’accès à des témoins et à des archives. La Cour a donc dû s’appuyer sur des témoignages d’exilés et des données satellitaires pour étayer ses accusations. Une stratégie qui a déjà permis de condamner d’autres responsables, comme l’ancien chef de guerre congolais Bosco Ntaganda en 2019.
Ce procès historique interroge : jusqu’où la justice internationale peut-elle aller pour sanctionner des crimes commis par des dirigeants en exercice ou récemment sortis du pouvoir ? La réponse, en partie, dépendra des prochaines étapes de cette procédure, qui pourrait redéfinir les limites de l’impunité pour les chefs d’État.
Les procureurs de la CPI reprochent à Duterte d’avoir orchestré une politique systématique de meurtres extrajudiciaires dans le cadre de la « guerre contre la drogue ». Les charges incluent 76 meurtres avérés entre 2013 et 2018, mais la Cour évoque un bilan bien plus lourd, estimé à plusieurs milliers de victimes selon les ONG. Les chefs d’accusation relèvent du crime contre l’humanité, défini comme des actes commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique contre une population civile.