Le ton s’est durci entre Elon Musk et l’avocat d’OpenAI, William Savitt, jeudi 1er mai 2026, lors du troisième jour du procès intenté par le milliardaire contre le créateur de ChatGPT. Selon Euronews FR, cette audience, qui se tient devant un tribunal fédéral à Oakland en Californie, a révélé des tensions autour de la mission initiale d’OpenAI et de sa transformation en entreprise à but lucratif.

Ce qu'il faut retenir

  • Elon Musk accuse OpenAI d’avoir abandonné sa mission fondatrice au profit d’un modèle à but lucratif, ce que la société conteste.
  • William Savitt, avocat d’OpenAI, a interrogé Musk sur ses contradictions concernant les plafonds de profits, qualifiant ses réponses de « trompeuses ».
  • La juge Yvonne Gonzalez Rogers a souligné que Musk lui-même développe une entreprise concurrente, xAI, lancée en 2023.
  • Le procès, qui doit se poursuivre jusqu’à la fin mai, pourrait être étendu si Musk est rappelé à la barre des témoins.
  • Musk a été le principal soutien financier d’OpenAI, avec un apport initial de plus de 44 millions de dollars (38 millions d’euros).

Une opposition sur la mission originelle d’OpenAI

Le litige oppose Elon Musk à OpenAI, qu’il accuse d’avoir trahi sa promesse initiale. Selon lui, l’organisation, fondée en 2015 comme une entité à but non lucratif, aurait basculé vers un modèle lucratif au détriment de ses engagements initiaux. Les avocats de Musk affirment que cette transformation a été orchestrée pour favoriser les investisseurs, une allégation que la société dément catégoriquement. OpenAI soutient, quant à elle, que sa plainte vise à freiner son développement et à renforcer les intérêts de xAI, l’entreprise concurrente créée par Musk en 2023.

Lors de l’audience, William Savitt a mis en lumière une déclaration précédente de Musk, dans laquelle ce dernier avait indiqué qu’OpenAI ne violerait pas nécessairement ses principes fondateurs si les profits des investisseurs étaient plafonnés. « Cela dépend du niveau de ce plafond », a répondu Musk, avant d’ajouter que si ce plafond est « extrêmement élevé », OpenAI « est en réalité une entreprise à but lucratif ». Une réponse que Savitt a qualifiée de partielle, reprochant à Musk des réponses tronquées pour influencer le jury.

Des questions croisées sur les modèles économiques

L’avocat d’OpenAI a également interrogé Musk sur ses propres entreprises, toutes structurées comme des entités à but lucratif. Tesla, SpaceX, Neuralink et X, toutes dirigées par Musk, ont été citées en exemple par ce dernier, qui les présente comme des initiatives « socialement bénéfiques ». Savitt a alors questionné Musk sur son absence de création d’une organisation à but non lucratif depuis son départ d’OpenAI en 2018 : « Pourquoi, huit ans après avoir quitté OpenAI, n’avez-vous pas créé vous-même une structure similaire ? »

Musk a rétorqué : « Je pensais avoir créé une organisation à but non lucratif avec OpenAI, mais ils me l’ont volée. C’est le fondement même de cette action en justice. » Une réponse qui a illustré l’animosité entre les deux parties, Musk accusant OpenAI de trahison. Il a par ailleurs dénoncé des questions « trompeuses » posées par Savitt, destinées, selon lui, à le piéger lui ainsi que les jurés.

La juge Rogers rappelle l’objet du procès

La juge Yvonne Gonzalez Rogers a joué un rôle modérateur lors de l’audience, rappelant à plusieurs reprises que ce procès ne portait pas sur les risques existentiels de l’intelligence artificielle, contrairement à ce que Musk a évoqué en référence aux films Terminator. « Les gens ne veulent pas confier l’avenir de l’humanité aux mains de M. Musk », a-t-elle lancé, avant d’ajouter : « Ce procès ne porte pas sur les risques que l’IA fait peser sur la sécurité. Ce n’est pas un procès pour déterminer si l’IA a porté préjudice à l’humanité. »

Elle a également pointé du doigt le paradoxe de la situation, soulignant que Musk, qui accuse OpenAI de s’être éloigné de sa mission initiale, développe lui-même une entreprise concurrente dans le même secteur, xAI. « Votre client, en dépit de ces risques, crée une société qui opère exactement dans le même domaine », a-t-elle lancé aux avocats de Musk. Cette remarque a mis en lumière les contradictions entre les positions publiques de Musk et ses actions concrètes.

Un procès aux enjeux financiers et stratégiques

Le procès, qui doit s’achever à la fin du mois de mai, pourrait avoir des répercussions majeures sur l’avenir d’OpenAI et de ses relations avec ses investisseurs. Musk, qui a été le principal soutien financier individuel de la start-up avant son départ, avait initialement injecté plus de 44 millions de dollars (38 millions d’euros) dans l’entreprise. Son action en justice, si elle aboutissait, pourrait contraindre OpenAI à reconsidérer sa gouvernance et ses objectifs économiques.

Pour l’heure, OpenAI maintient sa ligne de défense, affirmant que sa transformation en entreprise à but lucratif est nécessaire pour financer ses projets ambitieux en intelligence artificielle. Les avocats de la société ont rejeté toute faute, qualifiant la plainte de Musk de manœuvre visant à entraver leur croissance. De son côté, Musk a insisté sur le caractère symbolique de son action, qu’il présente comme un combat pour l’éthique dans le secteur technologique.

Et maintenant ?

La suite du procès dépendra des prochaines audiences, au cours desquelles d’autres témoins pourraient être appelés à la barre. La juge Rogers a relevé Musk de la barre des témoins jeudi, mais il pourrait être rappelé si les deux parties en font la demande. Une décision finale n’est pas attendue avant plusieurs semaines, compte tenu de la complexité des arguments présentés. Les observateurs s’attendent à ce que ce procès soulève des questions plus larges sur la gouvernance des entreprises technologiques et leur engagement envers l’éthique, même si la juge a clairement rappelé que ces sujets ne figuraient pas au cœur des débats.

Quoi qu’il en soit, ce litige illustre les tensions croissantes autour de l’intelligence artificielle, un secteur où les enjeux financiers et éthiques se mêlent étroitement. Les prochaines semaines pourraient donc apporter des éclaircissements sur la manière dont les entreprises technologiques équilibrent croissance et mission sociale.

Elon Musk accuse OpenAI d’avoir abandonné sa mission fondatrice de 2015, qui visait à développer une intelligence artificielle bénéfique pour l’humanité sans but lucratif. Selon lui, l’entreprise a basculé vers un modèle à but lucratif, favorisant les investisseurs au détriment de ses engagements initiaux.

OpenAI conteste toute faute et affirme que la plainte de Musk vise à freiner sa croissance pour favoriser sa propre entreprise, xAI. La société souligne également que sa transformation en entité à but lucratif est nécessaire pour financer ses projets ambitieux en IA.