« On n’est pas là pour parler d’Abdallah Senoussi, mais pour un supposé financement libyen », a lancé mardi 31 mars 2026 Brice Hortefeux devant la cour d’appel de Paris, selon Le Monde. L’ancien ministre, poursuivi pour complicité de détournement de fonds publics et corruption dans l’affaire des soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, a une nouvelle fois défendu sa version des faits. Pourtant, ses déclarations ont semblé une fois de plus décalées par rapport aux enjeux centraux de ce procès en appel.

Ce qu’il faut retenir

  • Le procès en appel de l’affaire des financements présumés libyens de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 se tient actuellement à Paris.
  • Brice Hortefeux, ancien ministre délégué chargé des Collectivités locales, est poursuivi pour complicité de détournement de fonds publics et corruption.
  • Lors de l’audience du 31 mars 2026, il a affirmé que « il n’y a pas eu de financement », tout en minimisant l’importance de sa rencontre avec des responsables libyens, pourtant au cœur des accusations.
  • Le 21 décembre 2005, Hortefeux a participé à un dîner officiel en Libye aux côtés de 80 personnes, au cours duquel il a signé deux documents : une lettre d’entente sur la formation des policiers et une déclaration de Tripoli jugée sans objet par l’ambassade de France.
  • L’accusation s’appuie notamment sur cette rencontre pour établir un lien entre le régime de Kadhafi et le financement présumé de la campagne électorale de 2007.

Un procès marqué par des dénégations répétées

Assis sur le banc des accusés, Brice Hortefeux a une nouvelle fois affiché sa certitude d’avoir « démontré sa parfaite bonne foi » et « prouvé sa version des faits ». Pourtant, ses propos ont peiné à convaincre, d’autant que ses avocats ont dû régulièrement le recentrer sur les éléments clés de l’accusation. « Ce n’est pas Abdallah Senoussi qui nous occupe ici », a-t-il insisté, alors que l’accusation considère justement sa rencontre avec le chef des services de renseignement libyens comme un levier essentiel pour débloquer des fonds en vue de la campagne de Nicolas Sarkozy.

Le sourire en coin des représentants du parquet général en réponse à ses déclarations en dit long sur la distance qui sépare encore la défense de la réalité judiciaire. Hortefeux, souvent perçu comme un fidèle parmi les fidèles de l’ex-chef de l’État, semble en effet peiner à saisir l’ampleur des implications de ce procès, pourtant historique dans l’histoire judiciaire française.

Le dîner de Tripoli du 21 décembre 2005, un épisode central

Le 21 décembre 2005, Brice Hortefeux faisait partie des 80 invités à un dîner officiel organisé en son honneur à Tripoli par le régime de Mouammar Kadhafi. À l’issue de cette soirée, il a signé deux documents : une lettre d’entente portant sur la formation des forces de police libyennes, et une déclaration de Tripoli évoquant des « collectivités locales » inexistantes en Libye. Ces textes, jugés pour le moins obscurs par l’ambassade de France sur place, ont depuis été analysés comme des éléments de contexte dans l’enquête sur un éventuel financement occulte.

Pour l’accusation, ce voyage et ces signatures constituent des maillons d’une chaîne qui relierait le pouvoir libyen à la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007. Les procureurs s’appuient en particulier sur le rôle présumé d’Abdallah Senoussi, beau-frère de Kadhafi et responsable des services de renseignement, comme intermédiaire dans ce montage. Hortefeux, lui, balaie ces arguments d’un revers de main, insistant sur l’absence de preuves tangibles de financement.

Un procès en appel sous haute tension

Ce procès en appel, qui se déroule au Palais de justice de Paris, s’inscrit dans la continuité de l’affaire initiale, jugée en première instance en 2023. Nicolas Sarkozy, condamné à cinq ans de prison ferme pour corruption et trafic d’influence dans une autre affaire, est toujours sous le coup d’un procès en appel pour ce volet libyen. Les tensions sont palpables, d’autant que les enjeux politiques et médiatiques restent considérables.

Brice Hortefeux, qui a toujours nié toute implication dans un quelconque financement illégal, se retrouve aujourd’hui au cœur des débats. Son attitude lors des audiences — entre certitudes affichées et minimisation des faits — interroge. Ses déclarations, comme celle du 31 mars 2026, visent à recentrer le débat sur l’absence de preuves, tout en évitant soigneusement d’aborder frontalement les éléments qui pèsent contre lui.

Et maintenant ?

Les prochaines audiences devraient permettre d’approfondir les témoignages et les expertises financières, afin de déterminer si les rencontres entre responsables français et libyens ont bien servi de support à un financement occulte. Une décision est attendue d’ici plusieurs mois, mais l’issue de ce procès pourrait avoir des répercussions majeures sur la perception des liens troubles entre la France et la Libye sous l’ère Kadhafi. Pour l’heure, Brice Hortefeux reste campé sur ses positions, malgré les signaux envoyés par la justice.

Ce procès rappelle, s’il en était besoin, la complexité des affaires politico-financières, où les déclarations des protagonistes peinent souvent à masquer les zones d’ombre. Reste à savoir si les juges d’appel parviendront à démêler le vrai du faux dans cette affaire aux ramifications multiples.

Selon l’accusation, cette rencontre, qui s’est déroulée en 2005, aurait servi de levier pour débloquer des fonds en vue de financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Abdallah Senoussi, alors chef des services de renseignement libyens, est considéré comme un intermédiaire clé dans ce montage présumé. La signature de documents officiels lors du dîner de Tripoli est également présentée comme une preuve de la collaboration entre les deux parties.