Un projet d’installation de méthaniseur cristallise les tensions à Lacapelle-Livron, petit village du Quercy. Depuis plusieurs mois, un collectif d’habitants s’oppose fermement à ce dossier, évoquant des intimidations subies par certains opposants. Selon Reporterre, ces dernières semaines ont été marquées par une radicalisation des positions, au point de menacer la cohésion sociale du village.

Ce qu'il faut retenir

  • Lacapelle-Livron, dans le Lot, est au cœur d’un conflit autour d’un projet de méthaniseur
  • Un collectif d’habitants s’oppose à l’installation depuis plusieurs mois
  • Plusieurs opposants affirment avoir subi des intimidations
  • Un incident a eu lieu le 3 mai 2026, impliquant un agriculteur local
  • Le projet divise profondément la communauté villageoise

Dimanche 3 mai 2026, aux alentours de 6 h 30, Fabien Gourrat, agriculteur installé à Lacapelle-Livron, prend le volant de son utilitaire pour se rendre au marché de Saint-Antonin-Noble-Val. Son trajet, empruntant les petites routes escarpées des causses du Quercy, prend un tournant inattendu. Selon ses dires, rapportés par Reporterre, il se retrouve bloqué par un barrage improvisé, composé de troncs d’arbres et de branchages, installés en travers de la chaussée. Un incident qui illustre la radicalisation du conflit.

Le projet de méthaniseur, porté par un acteur local, vise à transformer des déchets agricoles en énergie. Pour ses défenseurs, il représente une opportunité économique et écologique pour le village. Mais pour ses opposants, regroupés au sein d’un collectif, il incarne une menace pour l’environnement et le mode de vie rural. « Les relations sont devenues trop tendues », confie un habitant sous couvert d’anonymat, évoquant un climat de méfiance généralisé.

Plusieurs membres du collectif ont témoigné auprès de Reporterre avoir subi des pressions ces derniers mois. Parmi eux, des agriculteurs, des retraités et des familles locales, tous unis par leur opposition au projet. Certains évoquent des menaces verbales, des regards hostiles, voire des actes de vandalisme contre leurs biens. « On nous traite de tous les noms, on nous accuse de bloquer le progrès », déclare Marie Durand, l’une des porte-parole du mouvement. « Mais personne ne nous écoute. On a l’impression d’être des parias. »

Le conflit s’inscrit dans un contexte plus large de tensions autour des projets énergétiques en milieu rural. Les méthaniseurs, souvent présentés comme une solution verte, suscitent des débats houleux dans de nombreuses communes françaises. À Lacapelle-Livron, le dossier cristallise des clivages anciens, entre ceux qui voient dans la transition énergétique une opportunité et ceux qui craignent pour leur cadre de vie. « Ici, on ne veut pas devenir le dépotoir de la région », résume un opposant.

Et maintenant ?

La mairie de Lacapelle-Livron n’a pas encore tranché officiellement sur le sort du projet. Une réunion publique est prévue pour la mi-juin 2026, afin de tenter de désamorcer les tensions. En parallèle, le collectif d’opposants a annoncé son intention de saisir la préfecture pour demander un moratoire sur le projet. Quant à Fabien Gourrat, il a porté plainte pour dégradation de voie publique après l’incident du 3 mai. Le conflit, lui, ne semble pas près de s’apaiser.

Alors que le village tente de retrouver un semblant de calme, le dossier du méthaniseur reste suspendu à une décision administrative. Pour les habitants, l’enjeu dépasse désormais la simple acceptation ou rejet du projet. Il s’agit de préserver la paix sociale dans une communauté où les fractures sont devenues trop profondes.

Les opposants au projet évoquent notamment des risques de pollution des sols et des nappes phréatiques, ainsi que des nuisances olfactives pour les riverains. Aucun rapport officiel n’a encore été rendu public sur ces points, mais des études locales sont en cours.