Selon Le Figaro, la prostitution des mineures progresse de manière « alarmante » en France. Les dernières données publiées vendredi 10 avril 2026 par l’Observatoire national des violences faites aux femmes révèlent que 704 mineures ont été recensées comme victimes en 2025, soit une augmentation de 43 % par rapport à 2021. Cette tendance s’inscrit dans un contexte où l’exploitation sexuelle se reconfigure, selon les autorités.
Ce qu'il faut retenir
- 704 mineures victimes de prostitution en 2025, dont 416 cas de proxénétisme et 288 cas de recours à la prostitution, selon l’Observatoire national des violences faites aux femmes.
- Hausse de 43 % des victimes mineures entre 2021 et 2025, passant de 492 à 704 cas enregistrés.
- Parmi les victimes, 94 % sont des filles, et leur âge moyen diminue, selon la Mission interministérielle pour la protection des femmes (Miprof).
- Le numérique joue un rôle croissant : 86 % des jeunes accompagnées par l’Amicale du Nid ont été mises en contact avec des clients via des plateformes comme Snapchat ou des sites internet.
- Seulement 1 442 contraventions ont été dressées en 2025 contre les clients de mineures, un chiffre en baisse malgré l’objectif de la loi de 2016.
Une hausse structurelle et multiforme
Les chiffres de 2025 marquent une accélération inquiétante de la prostitution des mineures. D’après l’Observatoire national des violences faites aux femmes, 704 mineures ont été identifiées comme victimes, contre 659 en 2024. Parmi elles, 416 ont subi du proxénétisme, tandis que 288 étaient directement exploitées dans le cadre d’une prostitution consentie ou contrainte. 94 % des victimes sont des filles, une proportion stable depuis plusieurs années.
Cette augmentation de 43 % depuis 2021 s’explique par plusieurs facteurs. La Mission interministérielle pour la protection des femmes (Miprof) souligne d’abord l’amélioration des dispositifs de repérage et d’accompagnement des victimes, ainsi que le renforcement des conditions d’accueil par les forces de sécurité. « L’exploitation sexuelle, loin de reculer, se reconfigure et la prostitution des mineurs en constitue aujourd’hui l’une des manifestations les plus alarmantes », a déclaré Aurore Bergé, ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes.
Le numérique, un levier d’exploitation croissant
Le rôle des outils numériques dans la mise en relation entre victimes et clients est désormais prépondérant. Selon la Miprof, 86 % des jeunes accompagnées par l’Amicale du Nid en 2025 ont été mises en contact avec des clients via des plateformes comme Snapchat ou des annonces en ligne. Cette digitalisation de la prostitution des mineures pose un défi majeur pour les autorités, qui peinent à endiguer ce phénomène.
Les réseaux sociaux et les sites d’annonces permettent aux proxénètes de recruter et d’exploiter des jeunes à distance, avec une discrétion accrue. « Ce sont des femmes, très majoritairement des filles de plus en plus jeunes, des personnes en situation de vulnérabilité, dont les corps deviennent une ressource exploitée, contrôlée, monétisée », a expliqué Aurore Bergé. Cette évolution technologique aggrave la difficulté à protéger les mineurs, alors que leur âge moyen au moment de l’exploitation diminue.
Un arsenal juridique en demi-teinte
La loi de 2016 sur la pénalisation des clients de la prostitution avait pour objectif de réduire la demande et de protéger les victimes. Pourtant, les chiffres montrent une application inégale de ce dispositif. En 2025, seulement 1 442 contraventions ont été dressées contre les clients, un chiffre en baisse par rapport aux années précédentes. Cette faiblesse s’explique en partie par une priorisation des forces de l’ordre sur d’autres formes de délinquance, selon la Miprof.
Parallèlement, les condamnations pour proxénétisme et recours à la prostitution ont augmenté : elles ont doublé entre 2017 et 2024. Pourtant, le nombre de personnes majeures en situation de prostitution a baissé de 8 % entre 2021 et 2025, passant de 956 à 880 victimes enregistrées. Ce recul pourrait refléter un changement de stratégie des forces de l’ordre, qui se concentrent désormais sur la protection des mineurs.
Des chiffres qui interrogent sur l’efficacité des politiques publiques
Avec 40 000 personnes estimées en situation de prostitution en France, la Miprof rappelle que le phénomène reste massif. Pourtant, les politiques publiques peinent à inverser la tendance pour les mineures. La hausse des condamnations pour proxénétisme et recours à la prostitution pourrait indiquer une meilleure détection des réseaux, mais elle ne suffit pas à endiguer l’exploitation des jeunes.
La ministre Aurore Bergé a souligné la nécessité de renforcer les moyens alloués à la prévention et à la protection des mineurs. « Nous devons agir en amont pour protéger les jeunes les plus vulnérables, notamment ceux issus de milieux défavorisés ou en situation de rupture familiale », a-t-elle déclaré. Reste à savoir si les prochaines mesures gouvernementales, prévues dans le cadre du plan interministériel contre les violences faites aux femmes, parviendront à inverser cette tendance.
Selon les dernières estimations, 40 000 personnes seraient encore en situation de prostitution en France, un chiffre qui rappelle l’ampleur du phénomène. Pour autant, la hausse des victimes mineures, couplée à l’augmentation des condamnations, pourrait indiquer une meilleure prise en charge des victimes – même si le chemin reste long pour éradiquer ce fléau.
Plusieurs facteurs expliquent cette hausse : l’amélioration des dispositifs de repérage des victimes, l’exploitation accrue des mineurs via le numérique, et une priorisation des forces de l’ordre sur d’autres formes de délinquance. La loi de 2016, bien que renforçant les sanctions contre les clients, reste inégalement appliquée.
