Le couple de photographes Inez van Lamsweerde et Vinoodh Matadin, connus sous le nom d’Inez & Vinoodh, voit leur travail mis à l’honneur dans une rétrospective intitulée « Can Love Be a Photograph », présentée au Kunstmuseum de La Haye jusqu’au 6 septembre 2026. Selon Courrier International, cette exposition révèle un « langage photographique aussi singulier qu’influent », salué par la presse internationale.
Ce qu'il faut retenir
- Inez & Vinoodh célèbrent leurs quarante ans de carrière avec une rétrospective à La Haye, intitulée « Can Love Be a Photograph ».
- Leur style se caractérise par une photographie expérimentale, nourrie de surréalisme et de collages, souvent retravaillée pour s’affranchir du réel.
- Ils ont collaboré avec des célébrités comme Taylor Swift, Lady Gaga, Rihanna ou Billie Eilish, ainsi qu’avec des marques de mode emblématiques comme Balenciaga et Yohji Yamamoto.
- Leur approche repose sur un équilibre créatif entre deux photographes, chacun capturant des émotions distinctes à partir d’un même sujet.
- L’exposition au Kunstmuseum de La Haye met en lumière leurs vidéos, clips et photographies, organisées en thèmes comme la fluidité de genre ou la manipulation de l’image.
Un duo inséparable, né d’une rencontre à Amsterdam
Tout commence en 1986 à l’Amsterdam Fashion Academy, où Inez van Lamsweerde, alors âgée de 21 ans, étudie la mode. Vinoodh Matadin, âgé de 23 ans, y pose comme modèle vivant pour un cours de dessin. Leur complicité est immédiate, mais il leur faudra six ans avant de s’avouer leurs sentiments. « On est instantanément tombés amoureux, mais on avait tous les deux quelqu’un », raconte Inez au magazine américain W. « Il nous a fallu six ans pour enfin nous l’avouer. À partir de ce moment-là, nous sommes devenus inséparables. »
Installés à New York dès les années 1990, ils développent une collaboration artistique unique, signant leurs œuvres sous le nom d’Inez & Vinoodh. Leur approche repose sur une division des tâches : Vinoodh gère le casting et les décors, tandis qu’Inez tient l’appareil photo. « Nous formons un seul corps, chacun avec son appareil », explique le duo au magazine Wallpaper. « L’un de nous dirige, l’autre bouge, mais en réalité, c’est un seul et même rythme. »
Des campagnes de mode devenues cultes dans les années 1990 et 2000
Leurs campagnes pour Balenciaga et Yohji Yamamoto, mettant en scène des mannequins comme Christy Turlington, Hannelore Knuts et Maggie Rizer, ont marqué l’histoire de la mode. Selon Alice Cavanagh, journaliste mode au Financial Times, ces images « ont su saisir l’esprit d’une époque ». Dans les années 2000, ils deviennent parmi les premiers à abandonner l’argentique pour le numérique, une transition facilitée par la styliste Melanie Ward.
Leur style photographique, à la fois onirique et subversif, joue avec les codes de la mode et de la réalité. « Une photo, ce n’est jamais la vraie vie. C’est toujours un choix », soulignent-ils dans Wallpaper. « Mettre quelqu’un dans un studio immaculé avec un manteau hors de prix… ce n’est pas notre monde. Nous voulons un contexte. Nous voulons construire une réalité autour de la personne que nous photographions. »
Des portraits de célébrités qui ont marqué l’imaginaire collectif
Au fil des années, leurs portraits de stars sont devenus emblématiques. Parmi leurs clichés les plus célèbres figurent celui de Taylor Swift tenant un chat comme un châle (2023), Lady Gaga avec trois têtes (années 2010), ou encore Kate Moss (1999). Ces images, souvent retravaillées et oniriques, transcendent la simple photographie de mode pour devenir des œuvres d’art à part entière.
Leur collaboration avec des artistes comme Björk, dont ils ont réalisé la pochette de l’album *Vespertine*, ou encore avec Rihanna et Lady Gaga pour des clips, a également contribué à forger leur réputation. Mathias Augustyniak, cofondateur de l’agence de création M/M (Paris), confirme cette influence : « Inez & Vinoodh ont fait de la photographie de mode un véritable moyen d’expression artistique », déclare-t-il au Financial Times.
Une exposition à La Haye qui explore les thèmes chers au duo
L’exposition « Can Love Be a Photograph » au Kunstmuseum de La Haye présente leurs photographies et vidéos dans des espaces thématiques, tels que « le réel et l’irréel », « l’humanité et le monde naturel », ou encore « la fluidité de genre ». « Ce qui est remarquable, c’est que l’exposition ne se limite pas à leur travail de commandes auprès des célébrités », souligne Maxine Wally dans le magazine W. « Même si une salle entière est consacrée à des figures de la pop culture comme Tilda Swinton, Billie Eilish, Kate Moss et Rosalía. »
Selon Wallpaper, leur travail « révèle une photographie comme un échange vivant », où « la fluidité des genres, la manipulation de l’image et la malléabilité de l’identité » sont au cœur de leur démarche. « Ça n’a rien à voir avec le masculin ou le féminin », expliquent-ils. « Cela a à voir avec la belle complexité de l’humanité : sa fluidité, ses contradictions et son amour. »
Leur approche, à la fois poétique et subversive, reste un modèle pour les artistes contemporains. Comme le souligne Wallpaper, « pour Inez et Vinoodh, la photographie est une pratique régénératrice, un acte d’amour réciproque entre eux, leurs sujets et, en fin de compte, le spectateur. »
Selon Courrier International, ce titre reflète la philosophie du duo, pour qui la photographie est un acte d’amour et de création partagée. « L’amour est au cœur de toutes leurs images », explique Alice Cavanagh dans le Financial Times. L’exposition explore ainsi comment leur relation personnelle et professionnelle se traduit dans leurs œuvres.