Le chantier du futur consulat des États-Unis à Milan, un projet pharaonique lancé en 2022 pour un budget de 200 millions de dollars (170 millions d’euros), est désormais au cœur d’une affaire judiciaire majeure. Selon Courrier International, la justice italienne a qualifié la situation de « quasi-esclavage », accusant la filiale transalpine de Caddell Construction de « prêt illicite de main-d’œuvre et d’exploitation des travailleurs ». Ces chefs d’accusation, qui pourraient entraîner de lourdes conséquences pour l’entreprise, s’appuient sur des témoignages d’ouvriers indiens employés sur le site.
Ce qu'il faut retenir
- 300 à 400 ouvriers indiens travaillent sur le chantier, certains ayant payé entre 5 000 et 6 000 euros à une agence intermédiaire pour obtenir un visa de travail en Italie.
- Les salaires réels, après retenues, s’élèvent à 2,17 euros de l’heure, soit 51 % en dessous du seuil de pauvreté italien, selon les calculs du parquet milanais.
- Le contrat officiel prévoyait 1 400 à 1 500 euros de salaire mensuel, mais en réalité, 500 euros étaient retenus pour le logement et 350 euros pour la nourriture, alors que ces dépenses devaient être couvertes par l’employeur.
- La filiale italienne de Caddell Construction a été placée sous contrôle judiciaire, et son dirigeant turc, Ulas Demir, a été arrêté à l’aéroport de Bergame alors qu’il tentait de fuir vers Istanbul.
L’enquête, menée par le parquet de Milan, révèle que les heures travaillées mensuellement atteindraient 245 heures au lieu des 158 prévues par le contrat. Après déduction des frais de logement et de nourriture, le salaire net des ouvriers serait donc bien en deçà des normes légales italiennes. Ces pratiques, qui s’apparentent à de l’exploitation, ont suscité une vague d’indignation dans la presse italienne, où l’exploitation des travailleurs étrangers dans le secteur du bâtiment n’est pas rare. Le fait qu’une entreprise américaine soit indirectement impliquée ajoute une dimension particulière à cette affaire.
Un système de recrutement et de rémunération aux contours troubles
Les ouvriers indiens recrutés pour ce chantier ont payé des sommes importantes à des intermédiaires pour obtenir un visa de travail en Italie. Une fois sur place, ils ont découvert que leur salaire, déjà bien inférieur aux promesses, était encore amputé par des retenues abusives. « Le logement et la nourriture devaient être gratuits pour les travailleurs et à la charge de l’employeur », a précisé le parquet de Milan. Or, ces deux postes de dépenses ont été systématiquement déduits des salaires, réduisant considérablement les revenus réels des employés.
D’après les éléments recueillis par les enquêteurs, certains ouvriers auraient même été contraints de travailler plus de 200 heures par mois, bien au-delà des 158 heures prévues par leur contrat. Ces conditions de travail, associées à des salaires de misère, placent les employés dans une situation de grande précarité. « Les heures vraiment travaillées par mois seraient au nombre de 245, soit bien au-dessus de la limite légale », a souligné le parquet milanais.
Une tentative de fuite et des révélations accablantes
L’affaire a pris un nouveau tournant dimanche 31 mai 2026, lorsque Ulas Demir, le dirigeant turc de la filiale italienne de Caddell Construction, a été arrêté à l’aéroport de Bergame. Selon les enquêteurs, il tentait de quitter l’Italie à destination d’Istanbul, seulement quelques heures après que sa société a été placée sous contrôle judiciaire. Une conversation téléphonique interceptée par la justice italienne révèle que cette fuite lui aurait été « conseillée par un supérieur hiérarchique à l’intérieur de Caddell », comme le rapporte Il Post.
Cette tentative de fuite, couplée aux éléments déjà recueillis, renforce les soupçons d’un système organisé pour exploiter les travailleurs étrangers. La filiale italienne de Caddell Construction, désormais sous contrôle judiciaire, pourrait faire face à des sanctions pénales et administratives majeures. Les autorités italiennes n’excluent pas d’étendre l’enquête à d’autres responsables ou à des pratiques similaires sur d’autres chantiers en Europe.
Cette affaire met en lumière les risques liés à l’externalisation des recrutements et à l’absence de suivi rigoureux des conditions de travail sur les grands chantiers internationaux. Les États-Unis, dont le département d’État supervise ce projet consulaire, n’ont pas encore réagi officiellement. Cependant, une enquête interne pourrait être diligentée pour vérifier si des manquements dans la gestion du chantier pourraient engager la responsabilité de la diplomatie américaine.
Dans l’attente des prochaines étapes judiciaires, cette affaire rappelle l’importance des mécanismes de contrôle et de la transparence dans les projets d’infrastructure transnationaux, où les travailleurs, souvent vulnérables, paient le prix fort des dérives contractuelles.
La filiale italienne de Caddell Construction, en charge du chantier du futur consulat américain à Milan, est directement visée par l’enquête du parquet milanais. Elle est accusée de « prêt illicite de main-d’œuvre » et d’« exploitation des travailleurs », des chefs pouvant entraîner des poursuites pénales et des sanctions financières. La société est désormais sous contrôle judiciaire, et son dirigeant, Ulas Demir, a été arrêté pour tentative de fuite.
Les ouvriers indiens ont payé entre 5 000 et 6 000 euros à des agences intermédiaires pour obtenir un visa de travail en Italie. Une fois sur place, ils ont découvert que leurs salaires étaient amputés de frais de logement et de nourriture, pourtant censés être à la charge de l’employeur.