Selon Courrier International, le Québec se distingue comme un territoire où l’aide médicale à mourir (AMM) est non seulement légale, mais aussi massivement utilisée. Dans un reportage intitulé « Le dernier choix » publié en couverture de son édition du 6 juin 2026, le magazine L’Actualité — le plus grand titre d’information francophone du Canada — met en lumière cette pratique, désormais intégrée au système de santé québécois.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2024-2025, 7,9 % des décès au Québec ont résulté d’une AMM, un taux record parmi les pays où cette pratique est dépénalisée.
  • Entre le 1er avril 2024 et le 31 mars 2025, 6 268 personnes ont eu recours à l’AMM au Québec, sur un total de 79 555 décès.
  • La loi québécoise, adoptée en juin 2014, a été élargie en 2021 pour permettre aux personnes atteintes de maladies graves et incurables — même sans pronostic vital immédiat — de demander une AMM après une période de réflexion de trois mois.
  • Depuis 2024, les patients atteints de maladies comme Alzheimer peuvent formuler une demande anticipée avant de perdre leurs capacités cognitives.

Parmi les exemples cités par L’Actualité, celui de Jacques Gosselin, 70 ans, atteint de sclérose en plaques, illustre cette tendance. Atteint d’une maladie dégénérative, il a choisi de mettre fin à ses jours le 15 janvier 2026 dans le bloc opératoire de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal. « En une heure à peine, son existence s’est éteinte », raconte le magazine. Gosselin, ancien sportif, avait décidé de ne pas « s’accorder un jour de plus ». Il avait également accepté que ses organes soient prélevés après sa mort, déclarant : « Ça donne un sens à ma mort. C’est comme si mon être allait se multiplier. »

Cette pratique, désormais considérée comme un « soin de santé » au Québec, est encadrée par une loi adoptée en 2014. Initialement réservée aux personnes en phase terminale, la législation a évolué pour inclure les patients dont la mort n’est pas « raisonnablement prévisible ». « En 2021, rappelle le mensuel, le critère de fin de vie a été abandonné, moyennant une période de réflexion minimale de trois mois après la première évaluation », précise-t-il.

Un taux d’AMM trois fois supérieur à la moyenne canadienne

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2024-2025, 7,9 % des décès au Québec ont été le résultat d’une AMM, un taux qui place la province en tête des pays où cette pratique est autorisée. À titre de comparaison, ce ratio était de 6 % aux Pays-Bas en 2025 et de 4 % en Belgique. Au Canada dans son ensemble — incluant le Québec —, il s’élevait à 5,1 % en 2024, selon les données compilées par L’Actualité.

Plusieurs facteurs expliquent cette singularité québécoise. D’abord, l’élargissement progressif des critères d’accès à l’AMM. Depuis 2021, les personnes atteintes de maladies graves et incurables menant à l’inaptitude, comme la maladie d’Alzheimer, peuvent désormais formuler une demande anticipée avant de perdre leurs facultés cognitives. « Une révolution dans la manière de concevoir la fin de vie », souligne le magazine. Ensuite, la perception même de l’AMM comme un acte médical légitime, voire un « soin de santé », a contribué à sa normalisation. « Le fait que l’AMM soit dispensée par des médecins, dans un cadre hospitalier, a-t-il joué un rôle dans son adoption massive ? », s’interroge L’Actualité.

Une médiatisation croissante, un débat sociétal en mouvement

Autre élément clé : la couverture médiatique extensive du phénomène. Le Québec, où l’AMM est devenue un sujet récurrent dans l’espace public, affiche une transparence rare sur le sujet. Les témoignages de patients, comme celui de Jacques Gosselin, sont relayés par les grands médias, contribuant à une forme d’acceptation sociale. « L’abondante couverture médiatique dont jouit le phénomène a-t-elle eu de l’influence sur sa popularité ? », questionne le magazine.

Pourtant, malgré cette adoption massive, des zones d’ombre subsistent. Une enquête approfondie, commandée par le gouvernement du Québec, est attendue pour analyser « la portée de cette révolution majeure dans la manière de mourir ». Les pistes à explorer sont multiples : l’impact psychologique sur les soignants, les éventuels biais dans l’accès à l’AMM selon les profils socio-économiques, ou encore les conséquences éthiques d’une pratique désormais banalisée. « Le Québec est-il en train d’inventer une nouvelle culture de la mort ? », s’interroge L’Actualité.

L’AMM, un modèle exportable ?

Alors que d’autres pays, comme la France ou la Suisse, réfléchissent à l’encadrement de l’euthanasie ou du suicide assisté, le modèle québécois suscite l’intérêt. « Dans les treize pays où l’euthanasie ou l’assistance au suicide sont dépénalisées, le Québec fait figure d’exception », observe le magazine. Son système, à la fois médicalisé et libéralisé, pourrait-il inspirer d’autres nations ? Rien n’est moins sûr, tant les débats éthiques restent vifs ailleurs.

Au Québec même, la question divise encore. Si certains y voient une avancée vers une mort dignifiée, d’autres s’inquiètent d’une possible banalisation de la pratique. « L’AMM doit rester un dernier recours, pas une solution par défaut », estime un collectif de médecins interrogés par L’Actualité.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pour le Québec consisteront à analyser en profondeur les conséquences de cette généralisation de l’AMM. Une commission parlementaire, prévue pour la fin de l’année 2026, devrait rendre ses conclusions sur l’évolution de la loi et ses éventuels ajustements. D’ici là, le nombre de demandes d’AMM devrait continuer de croître, à mesure que les critères d’accès s’élargissent et que la société québécoise s’habitue à cette pratique. Une chose est sûre : le Québec, pionnier en la matière, reste sous le feu des projecteurs.

Reste à savoir si cette expérience québécoise, unique au monde par son ampleur, deviendra un modèle ou un avertissement pour les autres pays engagés dans des débats similaires.

Pour bénéficier de l’aide médicale à mourir au Québec, il faut être majeur, atteint d’une maladie grave et incurable, et souffrir de douleurs réfractaires aux traitements. Depuis 2021, la loi n’exige plus que la mort soit « raisonnablement prévisible ». Les patients atteints de maladies neurodégénératives comme Alzheimer peuvent désormais formuler une demande anticipée avant de perdre leurs capacités cognitives.