Les coupes budgétaires imposées à l’Alliance du vaccin Gavi, notamment par les États-Unis, risquent de priver des dizaines de milliers d’enfants africains de protection contre le paludisme. Selon Franceinfo - Santé, cette décision va réduire significativement la couverture vaccinale dans 25 pays du continent, alors que la maladie y tue chaque année près de 600 000 personnes, principalement des enfants de moins de cinq ans.
Ce qu'il faut retenir
- Le programme de vaccination antipaludique de Gavi a subi les plus fortes réductions budgétaires de son histoire.
- L’objectif de couverture vaccinale à 85 % d’ici 2030 est désormais ramené à 70 %.
- Les États-Unis ont retiré 1,58 milliard de dollars (1,35 milliard d’euros) en 2025, soit près d’un quart du budget de Gavi.
- Cette baisse pourrait entraîner la perte de dizaines de milliers de vies d’enfants selon la directrice générale de Gavi.
- Le vaccin, déployé en Afrique depuis 2024, avait permis d’envisager l’évitement de 180 000 décès d’ici 2030.
Un programme vital menacé par les coupes budgétaires
L’Alliance du vaccin Gavi, qui soutient le déploiement du vaccin antipaludique RTS,S dans 25 pays africains, voit son action fortement compromise par le retrait de financements américains. Sania Nishtar, directrice générale de Gavi, a confirmé depuis le Rwanda que le programme avait subi les coupes les plus importantes de son histoire. « Si vous avez déjà vu un enfant hospitalisé souffrir de convulsions liées au paludisme, vous savez ce que cela signifie. C’est une vision horrible », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse.
Le paludisme reste l’une des premières causes de mortalité infantile en Afrique, avec environ 600 000 décès annuels, dont une écrasante majorité concerne des enfants de moins de cinq ans. Le vaccin RTS,S, autorisé en 2024 après des années de recherche, représentait un espoir majeur pour réduire cette hécatombe. Pourtant, les réductions de budget imposent désormais un ralentissement drastique de sa distribution.
Les États-Unis coupent les vivres à Gavi sous la pression d’un ministre vaccino-sceptique
Le financement américain, qui représentait près d’un quart du budget total de Gavi, a été supprimé en 2025 sur décision de Robert Kennedy Jr., ministre de la Santé des États-Unis. Ce dernier, connu pour ses positions vaccino-sceptiques, avait annoncé en juin 2024 que son pays cesserait tout versement tant que Gavi n’aurait pas « regagné la confiance du public ». Il accusait l’Alliance de négliger la sécurité des vaccins, sans fournir de précisions supplémentaires.
Ce retrait de 1,58 milliard de dollars (1,35 milliard d’euros) intervient dans un contexte où Gavi estimait pouvoir éviter 180 000 décès grâce à une couverture vaccinale optimale d’ici 2030. Aujourd’hui, l’objectif initial d’atteindre 85 % de couverture vaccinale dans les pays ciblés a été revu à la baisse, passant à 70 %. Une décision qui, selon Sania Nishtar, se traduira probablement par « des dizaines de milliers de vies d’enfants perdues ».
L’Afrique face à un recul sanitaire sans précédent
L’impact de ces coupes sera particulièrement sévère en Afrique subsaharienne, où le paludisme frappe de plein fouet les populations les plus vulnérables. Le vaccin RTS,S, commercialisé sous le nom de Mosquirix, avait été salué comme une avancée majeure dans la lutte contre la maladie. Il cible spécifiquement les enfants, les plus exposés aux formes graves du paludisme, comme le révèlent les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
À titre d’exemple, en Côte d’Ivoire, où le vaccin a été déployé dès 2024, les autorités sanitaires avaient mis en avant des résultats encourageants. Pourtant, avec la réduction des doses disponibles, des milliers d’enfants risquent de ne plus être protégés. « On recule là où on devrait avancer », a déploré un responsable de l’OMS sous couvert d’anonymat, soulignant que les progrès réalisés depuis des années pourraient être anéantis en quelques mois.
Du côté des États-Unis, la position de Robert Kennedy Jr. reste floue. Bien que la Maison-Blanche n’ait pas commenté officiellement le retrait des financements, des voix au Congrès commencent à s’élever pour dénoncer l’impact humanitaire de cette décision. Certains élus républicains modérés ont même évoqué la possibilité de rétablir une partie des fonds, mais rien n’est acté pour l’instant.
Dans ce contexte, la directrice de Gavi a appelé à une mobilisation internationale immédiate. « Le temps presse », a-t-elle insisté, rappelant que chaque mois de retard dans la vaccination coûte des vies. L’Afrique, déjà fragilisée par d’autres crises sanitaires, se retrouve une fois de plus en première ligne face à des choix politiques lointains.
Le vaccin RTS,S, également commercialisé sous le nom de Mosquirix, est le premier vaccin autorisé contre le paludisme. Il cible spécifiquement le parasite Plasmodium falciparum, responsable des formes les plus graves de la maladie. Son efficacité varie entre 30 % et 40 % chez les enfants, mais il permet de réduire significativement les hospitalisations et les décès, selon l’OMS.
La décision a été prise par Robert Kennedy Jr., ministre de la Santé américain, qui a justifié ce retrait en invoquant un manque de confiance du public dans la sécurité des vaccins administrés par Gavi. Il n’a cependant fourni aucune preuve ou précision supplémentaire pour étayer cette affirmation.