Les services départementaux chargés de la réforme du Revenu de Solidarité Active (RSA) peinent à appliquer la nouvelle loi « pour le plein-emploi », selon une enquête publiée par Le Monde - Politique. Dans des échanges internes, obtenus par le quotidien, les agents révèlent un manque de préparation des services, des outils informatiques défaillants et des disparités dans l’évaluation des dossiers des bénéficiaires. Autant dire que la transition vers le nouveau dispositif, entrée en vigueur début 2026, s’avère plus complexe que prévu.
Ce qu'il faut retenir
- Des échanges internes entre agents départementaux montrent un manque de préparation à la réforme du RSA.
- Les outils informatiques utilisés pour gérer les dossiers sont jugés défaillants par les agents.
- Des disparités de traitement et des notions subjectives dans l’appréciation des situations des bénéficiaires sont signalées.
- La réforme, prévue dans la loi « pour le plein-emploi », vise à transformer le RSA en un dispositif d’insertion professionnelle.
D’après les documents consultés par Le Monde - Politique, les agents chargés de mettre en œuvre la réforme du RSA — rebaptisée « allocation d’insertion professionnelle » (AIP) — expriment une frustration croissante. Les échanges révèlent des difficultés opérationnelles majeures, notamment en matière de gestion des dossiers. Les outils informatiques, conçus pour accélérer les processus, s’avèrent souvent inadaptés ou mal configurés, entraînant des retards et des erreurs dans le traitement des demandes.
Côté évaluation des situations individuelles, les agents soulignent des problèmes de subjectivité. Certains critères, comme la « motivation » ou la « capacité à s’insérer professionnellement », laissent une large place à l’interprétation. « On nous demande d’appliquer des notions floues, ce qui crée des inégalités entre les territoires », explique l’un d’eux sous couvert d’anonymat. Ces disparités, ajoutées à un manque de formation, renforcent le sentiment d’un système à deux vitesses, où l’accès aux droits dépendrait davantage du département que des besoins réels des bénéficiaires.
« Les outils informatiques ne sont pas prêts, et les consignes évoluent en permanence. Résultat : on passe plus de temps à gérer les bugs qu’à accompagner les personnes »
— Un agent territorial de la région Auvergne-Rhône-Alpes, cité par Le Monde - Politique
La réforme, adoptée dans le cadre de la loi « pour le plein-emploi » promulguée en décembre 2025, devait marquer une rupture avec l’ancien système du RSA. Désormais, l’AIP s’inscrit dans une logique d’obligation de recherche active d’emploi, avec des contreparties renforcées pour les bénéficiaires. Pourtant, sur le terrain, les agents chargés de son application peinent à concilier exigences administratives et accompagnement social. Les services déconcentrés de l’État, les départements et les opérateurs locaux doivent désormais travailler en étroite collaboration, mais la coordination reste perfectible.
Un autre point de friction concerne la charge de travail. Plusieurs agents interrogés par Le Monde - Politique évoquent un doublon dans les procédures : certains bénéficiaires doivent désormais justifier leur recherche d’emploi auprès des deux instances — Pôle Emploi et le conseil départemental —, ce qui alourdit les démarches pour tous les acteurs. « On nous demande de faire du contrôle sans avoir les moyens de le faire correctement », confie une conseillère en insertion professionnelle en Île-de-France.
Cette situation laisse planer des interrogations sur l’efficacité réelle de la réforme à moyen terme. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si l’AIP parvient à concilier impératifs budgétaires et accompagnement social. Une question, en particulier, se pose : dans quelle mesure les bénéficiaires pourront-ils bénéficier d’un accompagnement de qualité, alors que les services en charge de leur dossier sont submergés par des contraintes administratives ?