L’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, est revenu sur place début mai pour rétablir une relation diplomatique fortement dégradée. Selon Franceinfo - Culture, ce retour s’inscrit dans une volonté affichée de reconstruire les liens entre Paris et Alger, après près de deux ans de tensions quasi permanentes.
Stéphane Romatet, invité de France Inter lundi 25 mai 2026, a évoqué cette mission comme « un retour pour rétablir une relation, pour tenter de la redémarrer, pour essayer de la reconstruire après des mois et des mois, presque deux ans où cette relation a été abîmée ». L’Élysée avait annoncé le 8 mai le retour de l’ambassadeur sur le territoire algérien, après son rappel à Paris en avril 2025.
Ce qu'il faut retenir
- Stéphane Romatet, ambassadeur de France en Algérie, est revenu à Alger début mai 2026 pour relancer les relations diplomatiques après près de deux ans de tensions.
- L’Élysée a officiellement annoncé son retour le 8 mai 2026, après un rappel à Paris en avril 2025.
- La France et l’Algérie ont interrompu la quasi-totalité de leurs échanges pendant cette période, selon les déclarations de l’ambassadeur.
- Le ministre de l’Intérieur français, Gérald Darmanin, a indiqué que l’Algérie avait délivré 150 laissez-passer consulaires depuis février 2026, contre aucun sous le mandat de Bruno Retailleau.
- L’ambassadeur défend la nécessité du dialogue avec Alger, rejetant l’idée que discuter équivaudrait à une faiblesse.
Une relation diplomatique à reconstruire
Stéphane Romatet a souligné, lors de son intervention sur France Inter, l’urgence de renouer le dialogue avec l’Algérie. « Tous les contacts ont pratiquement été interrompus entre Paris et Alger, et il nous faut reprendre cette relation », a-t-il déclaré. Pour l’ambassadeur, cette reprise est « notre intérêt, c’est l’intérêt de la France », compte tenu du poids géopolitique de l’Algérie, « le plus grand pays d’Afrique ».
Les enjeux sont multiples : sécurité, narcotrafic, lutte contre les réseaux criminels et coopération judiciaire. Romatet a rappelé que la France entretenait des relations avec de nombreux pays sans être accusée de faiblesse. « Discuter avec l’Algérie, ce n’est pas faire preuve de faiblesse, c’est une nécessité », a-t-il affirmé, rejetant les critiques sur une éventuelle « méthode forte ».
Les dossiers sensibles entre Paris et Alger
Parmi les sujets prioritaires, la question des Obligations de quitter le territoire (OQTF) occupe une place centrale. Stéphane Romatet a insisté sur le pragmatisme nécessaire : « C’est facile de mettre des Algériens qu’on veut expulser dans des avions, mais si on n’a pas d’échanges et de confiance avec l’Algérie, on ne pourra pas les débarquer. » Il a ajouté : « Il n’y a pas d’autre choix que de trouver un chemin avec Alger. »
Un autre dossier épineux concerne Christophe Gleizes, journaliste sportif français condamné en Algérie à sept ans de prison pour apologie du terrorisme. L’ambassadeur a évoqué son retour comme « notre devoir, notre responsabilité, c’est mon obsession ». Il a insisté sur la nécessité de régler ce cas, tout en soulignant l’importance des coopérations sécuritaires, notamment sur la lutte contre le narcotrafic et les réseaux criminels, souvent désignés sous le terme de « DZ mafia ».
Une avancée sur les laissez-passer consulaires
Gérald Darmanin, ministre français de l’Intérieur, a révélé un chiffre encourageant lors d’une visite en Algérie : 150 laissez-passer consulaires ont été délivrés par Alger depuis février 2026. Ce chiffre contraste avec la période où Bruno Retailleau occupait le poste de ministre de l’Intérieur, où aucun laissez-passer n’avait été accordé. Au premier trimestre 2025, 500 Algériens avaient en revanche été reconduits à la frontière.
L’ambassadeur s’est dit optimiste quant à l’évolution de cette coopération, notamment après l’annonce d’une visite du ministre algérien de l’Intérieur à Paris « dans quelques jours ». « Nous avons des coopérations dans le domaine de la sécurité qui sont essentielles », a-t-il rappelé, citant la lutte contre le terrorisme et le narcotrafic comme priorités communes.
Le dialogue comme impératif, malgré les critiques
Stéphane Romatet a martelé un message clair : « La seule méthode qui compte, c’est celle qui produit des résultats sur les sujets qui sont les plus importants pour nous. » Il a ajouté : « Reprendre un dialogue, on sait que c’est difficile, on sait que c’est exigeant, mais ce n’est pas abdiquer, c’est un impératif. »
Cette position s’inscrit en réaction aux voix critiques, qui prônent une approche plus ferme face à Alger. L’ambassadeur a rappelé que la France entretenait des relations avec d’autres pays sans être taxée de faiblesse, soulignant que le dialogue n’équivalait pas à une capitulation. Pour lui, le pragmatisme prime : « Il faut que cela produise des résultats. »
En conclusion, le retour de Stéphane Romatet à Alger symbolise une volonté de tourner la page des tensions passées. Mais le chemin vers une relation apaisée sera long et semé d’embûches, dans un contexte où chaque avancée sera scrutée à la loupe.
L’ambassadeur Stéphane Romatet avait été rappelé à Paris en avril 2025 dans un contexte de nouvelle brouille entre la France et l’Algérie. Les tensions portaient notamment sur des désaccords diplomatiques et des questions de coopération sécuritaire, qui avaient conduit à une interruption quasi totale des échanges entre les deux pays.