Le groupe de spiritueux Rémy Cointreau a présenté, ce jeudi 4 juin 2026, un plan de reconquête sur trois ans visant à relancer sa croissance et ses marges. Selon BFM Bourse, cette stratégie, qualifiée d’audacieuse par plusieurs analystes, a immédiatement convaincu les marchés : l’action du groupe a grimpé de 11 % à la Bourse de Paris en milieu de journée. Un rebond spectaculaire dans un secteur qui a durement souffert ces dernières années.

Ce qu'il faut retenir

  • Le groupe vise une création de valeur de 100 millions d’euros d’ici à 2029 grâce à son plan « RC Forward ».
  • Les revenus 2025-2026 sont stables à 935,3 millions d’euros, mais le résultat opérationnel courant recule de 11,5 % et le bénéfice chute de 26,7 %.
  • Le dividende est divisé par deux, passant à 75 centimes par action.
  • Parmi les cinq axes du plan : une innovation de rupture pour Rémy Martin aux États-Unis en 2027-28 et un doublement des ventes dans les marchés émergents d’ici trois ans.
  • L’action progresse de 11 % à la clôture, malgré un contexte sectoriel toujours difficile.

Un secteur en crise, un groupe en quête de renouveau

Les groupes de spiritueux traversent une période compliquée depuis la fin de l’euphorie post-Covid. Selon BFM Bourse, les stocks se sont accumulés, la consommation en Chine a marqué le pas, et les craintes autour des droits de douane – notamment aux États-Unis et en Chine – ont pesé sur les performances. Dans ce contexte, les géants du secteur peinent à retrouver leur dynamique : Diageo a perdu 55 % en trois ans, Pernod Ricard 68,7 %, et Rémy Cointreau 70 % sur la même période.

Les habitudes des consommateurs évoluent également. Comme l’a expliqué Dave Lewis, directeur général de Diageo, en février 2026, les clients boivent davantage de spiritueux, mais en quantités plus réduites et souvent en optant pour des gammes moins chères. Une tendance qui a poussé les acteurs du secteur à repenser leur modèle économique. « Les groupes de spiritueux vont devoir opérer un changement de culture, car ils ont trop privilégié la premiumisation, en accumulant des stocks et en misant sur le vieillissement pour monter en gamme. Cela a pénalisé la génération de cash », a analysé Pierre Tegner, analyste chez Oddo BHF.

Des résultats 2025-2026 en demi-teinte, mais conformes aux attentes

Rémy Cointreau a publié ses résultats annuels pour l’exercice 2025-2026, marqués par une stabilité des revenus à 935,3 millions d’euros (+0,2 % en données comparables), mais un recul du résultat opérationnel courant de 11,5 % à 165,4 millions d’euros. Le bénéfice net a chuté de 26,7 %, s’établissant à 79 millions d’euros. Malgré ces chiffres, le groupe a légèrement dépassé les attentes des analystes, le résultat opérationnel courant étant supérieur aux prévisions (162,3 millions d’euros selon un consensus cité par Citi). Le bénéfice par action a atteint 1,71 euro, contre 1,61 euro attendu.

Pourtant, le groupe a réduit de moitié son dividende, le ramenant à 75 centimes par action, contre 1,50 euro lors du précédent exercice. Une décision qui reflète les tensions financières actuelles, mais aussi la volonté de réinvestir dans la croissance future. « Nous allons poursuivre avec discipline l’exécution de nos priorités : accélérer la croissance de nos marques hors cognac, saisir toutes les opportunités sur le cognac pour reconstruire la dynamique, renforcer nos positions aux États-Unis et en Chine, tout en identifiant de nouveaux relais de croissance et en capitalisant sur l’innovation », a déclaré Franck Marilly, directeur général du groupe.

« RC Forward » : un plan de transformation ambitieux pour relancer la machine

C’est le cœur de la stratégie dévoilée par Rémy Cointreau : un plan triennal baptisé « RC Forward », visant à générer 100 millions d’euros de valeur supplémentaire d’ici à 2029 au niveau du résultat opérationnel courant. Ce projet s’articule autour de cinq initiatives majeures. D’abord, le lancement d’une « innovation de rupture » pour Rémy Martin aux États-Unis dès le premier trimestre 2027-28. Ensuite, la valorisation accrue de la gamme Rémy Martin XO et de la division Prestige. Puis, l’accélération du développement dans les marchés émergents, avec la création d’une entité dédiée pour y doubler les ventes en trois ans. Quatrièmement, l’expansion du Global Travel Retail – les ventes détaxées en aéroports – et enfin, la centralisation des achats pour dégager des synergies.

Le groupe compte aussi améliorer son « exécution commerciale » via une meilleure efficacité des réseaux de distribution, un programme renforcé de « Revenue Growth Management » et une optimisation de ses investissements publicitaires (A&P). « La création d’une nouvelle entité dédiée aux marchés émergents doit permettre d’accélérer fortement notre développement dans ces régions », a précisé Franck Marilly. « Nous allons doubler nos ventes dans ces zones d’ici trois ans. »

Une stratégie saluée par les analystes, mais sous haute surveillance

Le plan de Rémy Cointreau a été qualifié d’audacieux par UBS et salué par Citi, qui juge les annonces « encourageantes ». La banque souligne que les mesures visant à diversifier le portefeuille, à miser sur les marchés émergents et à lancer de nouveaux cognacs aux États-Unis devraient être bien accueillies par les investisseurs. Barclays, tout en qualifiant le plan de « sans tabou » – évoquant même une possible rotation des actifs –, met en garde contre les risques d’exécution élevés, notamment dans les marchés clés comme la Chine, où l’environnement reste volatil.

Autre point rassurant pour le groupe : les 100 millions d’euros de valeur ajoutée annoncés proviendraient avant tout d’initiatives de croissance, et non de réductions de coûts. Une approche qui contraste avec certaines stratégies adoptées par ses concurrents, comme Diageo, qui a recentré sa stratégie sur l’architecture de prix de ses whiskies.

Et maintenant ?

Et maintenant ?

Rémy Cointreau devrait apporter davantage de précisions sur son plan « RC Forward » lors de sa prochaine communication financière, prévue le 25 novembre 2026. À cette date, le groupe dévoilera également ses objectifs à moyen terme. Entre-temps, les investisseurs suivront de près l’exécution de ce plan, notamment le lancement de l’innovation de rupture pour Rémy Martin aux États-Unis et l’évolution des ventes dans les marchés émergents. Un exercice qui s’annonce déterminant pour le groupe, alors que le secteur reste sous pression.

En attendant, l’action Rémy Cointreau, qui a bondi de 11 % ce 4 juin, reste sous haute surveillance. Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer si ce plan triennal parvient à inverser la tendance et à redonner confiance aux marchés.

Le groupe a réduit son dividende de moitié, le ramenant à 75 centimes par action, afin de réinvestir dans sa croissance future. Cette décision reflète les tensions financières actuelles et la volonté de financer des initiatives stratégiques, comme le plan « RC Forward » ou l’expansion dans les marchés émergents. Selon les analystes, il s’agit d’un choix temporaire pour préserver la trésorerie tout en préparant la relance.