À l’usine Renault de Douai, une nouvelle recrue fait son apparition dans les ateliers : Calvin, un robot humanoïde conçu pour assister les ouvriers dans les tâches les plus éprouvantes. Arrivé en février 2026 après plus d’une décennie de recherches, ce prototype est désormais en phase de test avancé, comme le rapporte Franceinfo - Sciences. Une première dans le secteur automobile français, où l’automatisation progressive transforme les chaînes de production.
Ce qu'il faut retenir
- Calvin, un robot humanoïde, est en test depuis février 2026 à l’usine Renault de Douai pour manipuler des charges lourdes.
- D’ici la fin 2026, il devrait être pleinement opérationnel, avec une autonomie limitée mais des progrès rapides.
- Renault prévoit le déploiement de 350 robots similaires d’ici 2027, ciblant des postes à forte pénibilité physique.
- L’objectif est de réduire les postes de travail répétitifs et physiquement éprouvants, sans pour autant remplacer tous les emplois humains.
- Depuis les années 1980, Renault automatise progressivement ses usines, sans supprimer tous les postes humains.
Un robot sur mesure pour les chaînes de production
Installé discrètement dans l’atelier de Douai, Calvin a pour mission principale de manipuler des objets lourds, comme des pneus, et de les déposer sur des tapis roulants. Antonin Dallard, ingénieur en intelligence artificielle chez Wandercraft — le fabricant du robot — supervise son apprentissage en temps réel. « On est vraiment sur l’exemple de la tôle qui se tord facilement. Comment le robot se comporte-t-il ? Il faut être sûr qu’il ne perde pas l’équilibre », explique-t-il. Pour l’instant, Calvin apprend encore à marcher sur des surfaces irrégulières, mais ses erreurs se font de plus en plus rares. « On vérifie qu’il ne se prend pas les mains dans les pneus, tout simplement », précise l’ingénieur.
Les tests se déroulent principalement de nuit, afin de ne pas perturber le travail des équipes. Si les ouvriers n’ont pas encore tous croisé son chemin, les images tournées par Franceinfo laissent les salariés sceptiques… ou impressionnés. « C’est vrai qu’on dirait quelqu’un, on dirait une vraie personne. C’est fou ! », s’exclame Younes Djillali, retoucheur électricien chez Renault. Une réaction qui illustre à la fois l’émerveillement et les interrogations suscitées par cette innovation.
Automatisation et emploi : entre opportunités et craintes
Le déploiement de robots comme Calvin s’inscrit dans une stratégie industrielle plus large. Renault prévoit d’intégrer 350 robots humanoïdes d’ici 2027 dans ses usines, principalement sur des postes exigeant une forte pénibilité physique. Une perspective qui soulève des questions sur l’avenir des emplois actuels. « Ce sera 350 postes en moins. On ne va pas se mentir, c’est bien pour ça que les robots existent. Si le robot commence à nous remplacer, on va se retrouver où, nous ? », s’inquiète Ilyes Zenagui, retoucheur électricien. Son inquiétude reflète celle d’une partie des salariés, même si tous ne partagent pas ce sentiment.
Raphaël Andrieux, monteur de roues chez Renault, se montre plus optimiste : « Il y a des choses que les robots peuvent faire et d’autres non. Comme là, le vissage des roues, ce ne sera pas un robot qui prendra ma place. » Son point de vue rappelle que l’automatisation ne menace pas uniformément tous les métiers. Certains postes, nécessitant une dextérité ou une prise de décision humaine, restent pour l’instant hors de portée des machines.
Une robotisation progressive depuis près d’un demi-siècle
L’arrivée de Calvin à Douai s’inscrit dans une histoire industrielle déjà longue. Dès 1976, l’usine employait encore des soudeurs et des peintres manuels. Cinq ans plus tard, ces métiers avaient presque totalement disparu, remplacés par des robots soudeurs et des machines de peinture. Pourtant, les humains n’ont pas quitté les ateliers pour autant. « D’abord, parce qu’on a besoin, dans une usine robotisée, de beaucoup d’emplois qualifiés pour entretenir les robots et les piloter. Et ensuite, parce qu’il faudra quand même beaucoup d’années pour que la robotique de ce type acquière la vitesse, la capacité de décision et la dextérité de l’être humain », souligne Thierry Charvet, directeur Industrie et Qualité chez Renault. Son analyse met en lumière un paradoxe : l’automatisation crée de nouveaux besoins en compétences, tout en réduisant les tâches les plus répétitives.
Autre limite des robots actuels : leur endurance. « Peu de robots sont capables de travailler comme Calvin pendant des heures. Souvent, ils ont tendance à chauffer. Les robots aussi ont besoin de se reposer », rappelle Thierry Charvet. Une contrainte qui rappelle que, malgré les progrès technologiques, les machines restent dépendantes de certaines limites physiques.
Quant aux ouvriers de Douai, ils devront s’habituer à cette nouvelle réalité. Comme le souligne Thierry Charvet, « dans une usine robotisée, on a besoin de beaucoup d’emplois qualifiés pour entretenir les robots ». Autrement dit, si certains postes disparaîtront, d’autres émergeront — une transition qui, si elle est bien accompagnée, pourrait bénéficier à l’ensemble de la chaîne de production.
Selon Antonin Dallard, ingénieur chez Wandercraft, Calvin est déjà capable de réaliser des tâches basiques avec une autonomie croissante. D’ici la fin 2026, il devrait être pleinement opérationnel, mais son apprentissage se poursuivra en conditions réelles dans l’usine Renault de Douai. Les erreurs, comme les risques de déséquilibre ou de blocage, devraient diminuer progressivement à mesure que ses algorithmes s’adapteront aux contraintes du terrain.