Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a mis en garde samedi 30 mai 2026 contre l’ampleur historique du renforcement militaire de la Chine en Asie-Pacifique, lors du Dialogue de Shangri-La à Singapour. Selon le Figaro, il a estimé qu’il existait «de quoi légitimement s’alarmer» face à l’extension des activités militaires chinoises dans la région et au-delà. Une déclaration qui s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre Washington et Pékin, malgré les assurances américaines de ne pas rechercher de «confrontation inutile».

Ce qu'il faut retenir

  • Le renforcement militaire chinois est qualifié par Pete Hegseth d’« ampleur historique », avec une extension de ses activités en Asie-Pacifique et au-delà.
  • Le secrétaire américain à la Défense a évoqué, lors du Dialogue de Shangri-La, la nécessité d’un équilibre stable dans la région pour éviter une hégémonie chinoise.
  • La Chine, principale rivale des États-Unis, a envoyé une délégation d’experts militaires sans son ministre de la Défense, Dong Jun, pour la deuxième année consécutive.
  • Washington insiste sur la recherche d’un rapport de forces favorable mais durable, excluant toute menace pour les États-Unis et leurs alliés.
  • Le forum de Shangri-La, qui réunit 45 pays, alterne discours, tables rondes et entretiens privés dans un cadre propice aux discussions stratégiques.

Un forum stratégique pour désamorcer les tensions

Le Dialogue de Shangri-La, qui se tient chaque année à Singapour jusqu’à ce dimanche 1er juin 2026, est l’un des rares espaces où responsables politiques, militaires et experts de près de 45 pays peuvent échanger directement. Selon le Figaro, ce rassemblement, organisé dans le cadre luxueux de l’hôtel Shangri-La, permet des discussions même entre pays rivaux, que ce soit en public ou en privé. Un cadre qui favorise les échanges confidentiels, loin des caméras et des micros, et qui a déjà servi de terrain à des avancées diplomatiques par le passé.

Pour Pete Hegseth, ce sommet est l’occasion de rappeler que les États-Unis ne cherchent pas à alimenter un conflit. «Ce que nous recherchons (...) c’est véritablement un équilibre stable, qui fonctionne à la fois pour les Américains et pour nos alliés», a-t-il déclaré. Un équilibre qui, selon lui, doit reposer sur un rapport de forces favorable mais durable, où «aucun État, y compris la Chine, ne peut imposer son hégémonie». Une posture qui vise à rassurer les partenaires régionaux tout en maintenant une pression sur Pékin.

La Chine absente au plus haut niveau, un signal politique ?

Alors que les États-Unis ont envoyé une délégation imposante conduite par Pete Hegseth, la Chine a, pour la deuxième année consécutive, limité sa présence à une équipe d’experts militaires et de chercheurs. Une décision qui, selon le Figaro, pourrait refléter une volonté de Pékin de ne pas donner l’impression de négocier sous la contrainte. Absent du forum, le ministre chinois de la Défense, Dong Jun, n’a pas fait le déplacement, une absence remarquée dans un contexte où les tensions sino-américaines restent vives.

Cette absence s’ajoute à une série de déclarations chinoises récentes, où Pékin a réaffirmé sa détermination à défendre ses intérêts en mer de Chine méridionale et à Taïwan. Une posture qui contraste avec les appels américains à la retenue et à la coopération. «En regardant la région aujourd’hui, il y a de quoi légitimement s’alarmer face à l’ampleur historique du renforcement militaire de la Chine et à l’extension de ses activités militaires dans la région et au-delà», a martelé Pete Hegseth devant l’assistance.

Un renforcement militaire chinois en marche depuis des décennies

Le constat de Pete Hegseth s’appuie sur des données concrètes : depuis les années 2000, la Chine a multiplié par plus de quatre son budget militaire, passant de 120 milliards de dollars en 2010 à plus de 600 milliards en 2026. Une hausse qui s’accompagne d’une modernisation accélérée de son armée, avec le développement de porte-avions, de missiles hypersoniques et de drones, ainsi que d’une présence accrue en mer de Chine méridionale. Autant dire que Pékin dispose désormais d’une capacité de projection de force sans précédent dans la région.

Les États-Unis, de leur côté, ont recentré une partie de leurs efforts sur l’Asie-Pacifique ces dernières années, notamment via le «pivot asiatique» initié sous l’administration Obama et poursuivi sous celle de Donald Trump. Cependant, leur engagement régional reste soumis à des contraintes budgétaires et politiques, comme en témoigne la réduction récente du nombre de brigades de combat stationnées en Europe, passé de quatre à trois. Une décision qui pourrait être interprétée comme un rééquilibrage des priorités militaires américaines.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être décisives pour la stabilité en Asie-Pacifique. Le sommet du G20, prévu en novembre 2026 en Inde, pourrait offrir une nouvelle tribune pour des échanges directs entre les ministres de la Défense américains et chinois. D’ici là, les observateurs s’attendent à ce que Pékin poursuive sa modernisation militaire, tandis que Washington devrait renforcer ses alliances avec le Japon, l’Australie et les Philippines. Reste à voir si le Dialogue de Shangri-La parviendra, malgré les tensions, à maintenir un canal de dialogue ouvert entre les deux puissances.

Entre dialogue et dissuasion, un équilibre difficile

Pete Hegseth a insisté sur la nécessité d’éviter une «confrontation inutile», mais son discours laisse peu de doute sur la perception américaine du défi chinois. «Un rapport de forces favorable mais durable, dans lequel aucun État ne peut imposer son hégémonie », a-t-il résumé. Une formulation qui montre que, pour Washington, la dissuasion reste un pilier de sa stratégie face à Pékin. Bref, les États-Unis semblent déterminés à contenir l’influence chinoise, sans pour autant déclencher un conflit ouvert.

Pour autant, la Chine ne semble pas prête à renoncer à ses ambitions. Ses récentes manœuvres militaires près de Taïwan, ainsi que ses revendications en mer de Chine méridionale, rappellent que Pékin considère la région comme sa zone d’influence exclusive. Un bras de fer qui s’annonce long et complexe, où chaque camp joue à la fois la carte de la diplomatie et celle de la fermeté.

Un forum sous haute tension

Le Dialogue de Shangri-La, créé en 2002, est souvent présenté comme le «Davos de la défense». Pourtant, cette édition 2026 se déroule dans un contexte particulièrement tendu. Les discussions entre les délégations américaine et chinoise, bien que maintenues, restent marquées par une méfiance réciproque. Les experts présents à Singapour soulignent que, malgré l’absence de ministre chinois, les échanges techniques entre militaires des deux pays pourraient permettre de limiter les risques de malentendu.

D’autres pays de la région, comme le Japon, l’Inde ou l’Australie, jouent un rôle clé dans cet équilibre fragile. Tous ont des contentieux territoriaux ou économiques avec la Chine, mais dépendent aussi de son marché. Autant dire que le forum de Shangri-La est devenu un lieu où se jouent non seulement des équilibres militaires, mais aussi des alliances économiques et diplomatiques.

Selon le Figaro, cette absence s’inscrit dans une stratégie plus large de Pékin, qui cherche à éviter de donner l’impression de négocier sous pression. En ne dépêchant qu’une délégation d’experts, la Chine limite les engagements politiques tout en maintenant un canal de dialogue avec les autres pays de la région. Une tactique qui permet à Pékin de garder une marge de manœuvre diplomatique.

Les frictions portent principalement sur trois axes : les revendications territoriales en mer de Chine méridionale, la question de Taïwan, et la course aux armements, notamment avec le développement de missiles hypersoniques et de porte-avions par Pékin. Les États-Unis y ajoutent les questions de cybersécurité et de droits de propriété intellectuelle, ainsi que la domination technologique chinoise dans des secteurs stratégiques comme les semi-conducteurs.