L'eurodéputée LFI Rima Hassan a porté plainte contre X ce jeudi 28 mai 2026 pour « atteinte à la vie privée » et « abus d'autorité ». Selon Franceinfo - Politique, cette initiative fait suite à l'exploitation par la police des données de géolocalisation de son téléphone pendant près de trois mois, dans le cadre d'une enquête pour apologie publique d'un acte de terrorisme. Une procédure ouverte après une publication sur le réseau social X, le 26 mars dernier.

Ce qu'il faut retenir

  • Les données de géolocalisation de Rima Hassan ont été exploitées entre le 1er janvier et le 28 mars 2026, soit près de trois mois, « en dehors de toute nécessité et sans justification légale » selon son avocat.
  • La plainte vise une « surveillance particulièrement intrusive » et une « atteinte grave » à son droit au respect de la vie privée, d'autant plus que Rima Hassan est députée européenne.
  • L'enquête de flagrance, ouverte en mars pour apologie du terrorisme, doit conduire à un procès en correctionnelle le 7 juillet 2026 à Paris.
  • Son avocat, Vincent Brengarth, dénonce une durée « manifestement excessive » pour des faits liés à une unique publication sur X.

Selon la plainte consultée par l'AFP, la saisine de la police judiciaire autorisait explicitement « l'identification et la localisation » de Rima Hassan, ainsi que « toutes les recherches utiles sur son environnement aux fins de l'interpeller ». Les enquêteurs ont ainsi procédé au « bornage » de son téléphone, une technique de géolocalisation a posteriori. Ces données ont été exploitées jusqu'à sa garde à vue, le 2 avril, avant d'être transmises aux magistrats.

Pour son avocat, cette exploitation des données de géolocalisation présente une « gravité particulière » au regard de la qualité de députée européenne de Rima Hassan. « Par leur nature, leur répétition et leur durée, les investigations litigieuses ont instauré une surveillance particulièrement intrusive à l'encontre de Rima Hassan, portant ainsi une atteinte grave, disproportionnée et injustifiée à son droit au respect de la vie privée », explique Maître Vincent Brengarth dans un communiqué. « Aucun élément ne permet de caractériser de tels risques » justifiant une telle surveillance, alors que Rima Hassan s'est « toujours présentée » aux auditions où elle était convoquée, précise-t-il.

Une enquête de flagrance aux prérogatives étendues, mais contestées

L'enquête de flagrance confère aux policiers des pouvoirs élargis pour agir dans l'urgence et éviter la dissipation des preuves. Pourtant, dans ce dossier, les faits reprochés – une publication sur X le 26 mars – ne justifiaient pas, selon l'avocat, une surveillance aussi prolongée. « L'intégralité des déplacements de l'eurodéputée a été exploitée sur près de trois mois, une durée manifestement excessive au regard de la nature des faits reprochés », souligne Vincent Brengarth. Il rappelle que les enquêteurs ne pouvaient ignorer que Rima Hassan se soumettait systématiquement aux convocations.

Cette plainte s'inscrit dans un contexte plus large de tensions entre les autorités et Rima Hassan. En mars, elle avait déjà dénoncé des « manquements » lors de sa garde à vue, notamment des conditions jugées inappropriées. Son procès, prévu le 7 juillet devant le tribunal correctionnel de Paris, portera sur l'accusation d'apologie publique d'un acte de terrorisme, en lien avec une publication sur X datant du 26 mars 2026. À cette date, elle avait relayé un message soutenant la cause palestinienne, ce qui a motivé l'ouverture de la procédure.

Une plainte pour garantir le respect des libertés fondamentales

Dans son communiqué, Maître Brengarth insiste sur l'objectif de cette plainte : « assurer le respect des libertés et droits fondamentaux de Rima Hassan » et « garantir que les prérogatives d'enquête ne puissent être exercées en dehors du contrôle strict imposé par l'État de droit ». Pour l'avocat, cette affaire illustre les risques d'un usage disproportionné des outils d'enquête, même dans le cadre légal de l'instruction.

La plainte contre X vise ainsi à interroger la légalité des méthodes employées par les services de police. Les défenseurs des libertés individuelles pourraient s'emparer de ce dossier pour souligner les dérives possibles des enquêtes de flagrance, où l'urgence et l'efficacité priment souvent sur les garanties procédurales. Rima Hassan, figure médiatique de La France Insoumise (LFI) et militante engagée sur la cause palestinienne, devient ainsi le symbole d'un débat plus large sur l'équilibre entre sécurité et libertés.

Et maintenant ?

La procédure judiciaire en cours pourrait connaître plusieurs évolutions dans les semaines à venir. D'abord, le tribunal correctionnel de Paris devra examiner le dossier lors du procès prévu le 7 juillet 2026. Parallèlement, l'instruction ouverte contre X pour abus d'autorité et atteinte à la vie privée pourrait aboutir à des sanctions disciplinaires ou pénales à l'encontre des policiers impliqués. Enfin, cette affaire pourrait alimenter les discussions au Parlement européen, où Rima Hassan siège, sur les limites des pouvoirs policiers dans les États membres.

Reste à voir si cette plainte donnera lieu à une condamnation symbolique ou à un précédent juridique remettant en cause les méthodes d'enquête en flagrance. Une chose est sûre : ce dossier rappelle que même les personnalités politiques ne sont pas à l'abri d'un usage contesté de leurs données personnelles par les autorités.

Le « bornage » désigne une technique de géolocalisation a posteriori, qui permet de retracer les déplacements d’un téléphone portable sur une période donnée en exploitant les données des antennes relais. Contrairement à une géolocalisation en temps réel, cette méthode analyse des données déjà collectées pour reconstituer un historique de mouvements. Son utilisation est strictement encadrée par la loi, notamment dans le cadre d’enquêtes judiciaires, et doit respecter des critères de proportionnalité.