Selon Le Monde, près de 900 Rohingyas ont disparu en mer en 2025 lors de tentatives désespérées pour rejoindre la Thaïlande, la Malaisie ou l’Indonésie. Ce drame, qui s’inscrit dans un contexte de persécutions systématiques en Birmanie, révèle l’ampleur des réseaux criminels exploitant la vulnérabilité de cette minorité musulmane apatride.
Ce qu'il faut retenir
- 900 disparitions en mer en 2025 lors de traversées vers l’Asie du Sud-Est.
- Les Rohingyas, apatrides et persécutés en Birmanie, forment une cible pour les trafics humains.
- Des réseaux criminels prospèrent en organisant ces traversées mortelles.
Une minorité en quête de survie, prise au piège des mafias
Originaires de l’État birman d’Arakan, les Rohingyas subissent depuis des décennies une politique d’exclusion et de violences de la part des autorités. Privés de nationalité, ils sont considérés comme des étrangers dans leur propre pays. Cette situation, aggravée par des vagues de répression en 2017 ayant poussé plus de 700 000 d’entre eux à fuir vers le Bangladesh, a créé un terreau fertile pour les passeurs et les réseaux de traite.
Ces derniers promettent des traversées vers des terres promises – Thaïlande, Malaisie ou Indonésie –, où une partie de la population musulmane est perçue comme plus accueillante. Pourtant, les conditions de ces voyages sont souvent inhumaines : entassement dans des embarcations de fortune, pénurie d’eau et de nourriture, et risques permanents de naufrage. « On nous a dit que c’était notre seule chance de survivre », témoigne un survivant, cité par Le Monde. « Mais personne ne nous avait prévenus des dangers. »
Le business criminel derrière l’exil forcé
Les réseaux de trafics ne se contentent pas d’organiser les traversées. Ils exploitent la détresse des Rohingyas à chaque étape, exigeant des sommes exorbitantes – parfois jusqu’à 2 000 dollars par personne – pour des conditions de voyage indignes. Selon les enquêteurs interrogés par Le Monde, ces groupes opèrent en toute impunité, souvent avec la complicité de fonctionnaires locaux ou de milices armées aux frontières.
Un rapport des Nations unies de 2024 avait déjà alerté sur l’extension de ces réseaux, qualifiant la traite des Rohingyas de « l’une des formes les plus lucratives de criminalité organisée en Asie du Sud-Est ». Les profits générés alimentent d’autres activités illicites, comme le trafic d’armes ou le blanchiment d’argent. Bref, la misère des Rohingyas finance une économie souterraine florissante.
Des pays voisins complices ou dépassés ?
La Thaïlande, la Malaisie et l’Indonésie, souvent présentées comme des havres pour les Rohingyas, adoptent des politiques contradictoires. La Malaisie, par exemple, a accueilli des milliers de boat people en 2015 avant de durcir sa position sous la pression de l’opinion publique. Aujourd’hui, ces pays multiplient les opérations de refoulement, laissant les Rohingyas sans alternative légale.
« Personne ne veut d’eux », résume un responsable humanitaire basé à Cox’s Bazar, au Bangladesh, où plus d’un million de Rohingyas vivent dans des camps surpeuplés. « Les pays de la région ferment leurs portes, et les réseaux de passeurs en profitent pour augmenter leurs tarifs. » La situation rappelle celle des années 2010, lorsque des milliers de migrants bangladais et rohingyas périssaient en mer, faute de solutions durables.
Les ONG, elles, appellent à une solution globale : la fin des persécutions en Birmanie, l’accès à la nationalité pour les Rohingyas, et une coopération internationale renforcée contre les trafics. Mais pour l’heure, le business de la misère continue de prospérer, au prix de vies humaines.
Les camps de Cox’s Bazar, où s’entassent plus d’un million de Rohingyas, sont marqués par une pauvreté extrême, des violences internes et un accès limité aux soins et à l’éducation. Beaucoup espèrent trouver en Malaisie ou en Indonésie une stabilité qui leur est refusée au Bangladesh, pays qui les considère comme des réfugiés indésirables.