Le ministre de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, a réaffirmé mardi 27 mai 2026 l'importance de réduire la dépendance française aux importations d'hydrocarbures, qualifiant cette situation de « menottes qui nous empêchent d'avancer ». Selon BFM - Politique, il a également abordé plusieurs sujets économiques, dont la surtaxation éventuelle de Total, la stabilité des prix des carburants et la préparation du budget 2027.

Ce qu'il faut retenir

  • Roland Lescure dénonce la dépendance aux hydrocarbures étrangers comme un frein à la souveraineté économique française.
  • Il se dit prêt à soutenir une surtaxation de Total pour répondre aux tensions sur les prix des carburants.
  • Le ministre garantit une stabilité des approvisionnements en carburant pour les deux prochains mois, incluant diesel, essence et kérosène.
  • Il confirme l'absence de hausse d'impôts dans le prochain budget, malgré un contexte économique tendu.
  • Roland Lescure appelle les distributeurs, comme Michel-Édouard Leclerc, à contribuer à la baisse des prix des carburants.

Une souveraineté énergétique à reconquérir

Lors d’une intervention relayée par BFM - Politique, Roland Lescure a martelé que la France ne peut plus se permettre de dépendre des productions d’hydrocarbures étrangères. « Dépendre de productions d’hydrocarbures qui viennent de l’étranger, c’est des menottes qui nous empêchent d’avancer », a-t-il lancé, soulignant que cette dépendance limite la capacité du pays à maîtriser ses choix économiques et industriels. Le ministre a ainsi appelé à une accélération des investissements dans les énergies renouvelables et la production nationale, tout en rappelant que cette transition ne peut se faire sans une réflexion sur le court terme.

Dans ce contexte, il a évoqué la possibilité de soutenir une surtaxation de Total, géant pétrolier français. « Je ne m’opposerai pas à une surtaxation de Total », a-t-il déclaré, précisant que cette mesure pourrait s’inscrire dans une logique de redistribution des marges exceptionnelles réalisées par les compagnies pétrolières ces derniers mois. Une position qui tranche avec les critiques habituelles envers les géants de l’énergie, souvent accusés de profiter des crises pour augmenter leurs profits.

Stabilité des prix et approvisionnements : des assurances pour les prochains mois

Sur un autre registre, Roland Lescure a voulu rassurer sur la disponibilité des carburants pour les deux prochains mois. « Pour les deux mois qui viennent, on est tranquille, à la fois sur le diesel, l’essence, mais aussi sur le kérosène », a-t-il assuré. Cette annonce intervient alors que les tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales avaient suscité des craintes de pénuries, notamment après les perturbations liées au conflit en Ukraine et aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Le ministre a ainsi indiqué que les stocks stratégiques, ainsi que les accords avec les producteurs européens, permettaient d’écarter tout risque majeur.

Pourtant, cette stabilité reste fragile. Les prix à la pompe, bien que sous contrôle pour l’instant, restent un sujet de préoccupation pour les ménages et les professionnels du transport. Lescure a rappelé que le plafonnement des prix du carburant, prolongé par le gouvernement, était « bienvenu » et montrait que Total « faisait sa part du boulot ». Une reconnaissance qui contraste avec les tensions passées entre l’État et les compagnies pétrolières, régulièrement pointées du doigt pour leur réticence à répercuter les baisses des cours mondiaux sur les prix en France.

Budget 2027 : pas de hausse d’impôts, mais une vigilance accrue

Autre point clé de ses déclarations, Roland Lescure a confirmé que le prochain budget, qui sera présenté d’ici la fin de l’année, ne comportera pas de hausse d’impôts. « Nous souhaitons déposer un budget dans lequel il n’y aura pas de hausse d’impôts », a-t-il indiqué, précisant que cette orientation s’inscrivait dans une logique de soutien au pouvoir d’achat et à la compétitivité des entreprises. Une promesse qui intervient dans un contexte où le gouvernement tente de concilier rigueur budgétaire et relance de l’activité économique, alors que la croissance reste atone et que le déficit public dépasse les 5 % du PIB.

Cette position a été saluée par une partie de la majorité présidentielle, qui y voit un gage de sérieux face aux critiques de la droite et de l’extrême droite sur la gestion des finances publiques. Pourtant, certains économistes soulignent que l’absence de nouvelles recettes pourrait contraindre le gouvernement à réduire encore les dépenses publiques, déjà sous tension dans des secteurs comme la santé ou l’éducation.

Appel aux distributeurs pour une baisse des prix

Enfin, Roland Lescure n’a pas hésité à s’adresser directement aux distributeurs de carburants, leur demandant de jouer un rôle actif dans la modération des prix. « Que Michel-Édouard Leclerc fasse son travail : faire baisser les prix. Moi, je fais le mien », a-t-il lancé, en référence au patron du groupe E.Leclerc, connu pour son engagement en faveur des prix bas. Une sortie qui illustre la pression exercée par le gouvernement sur les acteurs du secteur, sommés de contribuer à la maîtrise de l’inflation, alors que les marges des stations-service restent élevées.

Cette injonction s’inscrit dans une stratégie plus large de contrôle des prix, qui passe aussi par des mesures réglementaires. Le ministre a rappelé que l’État continuerait de surveiller de près l’évolution des tarifs, sans exclure des mesures coercitives si nécessaire. Une approche qui rappelle les tensions récurrentes entre l’exécutif et les grandes surfaces, accusées de profiter de la situation pour augmenter leurs marges.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer la capacité du gouvernement à concilier ses objectifs de souveraineté énergétique, de maîtrise des prix et de rigueur budgétaire. Le débat sur la surtaxation de Total pourrait être relancé lors des discussions parlementaires sur le budget 2027, prévu pour l’automne. Par ailleurs, la Commission européenne devrait rendre publiques d’ici la fin du mois ses propositions pour renforcer la résilience énergétique de l’UE, un dossier auquel la France compte jouer un rôle central. Reste à voir si les annonces de Roland Lescure suffiront à apaiser les craintes des ménages et des professionnels sur le pouvoir d’achat.

Dans un contexte marqué par les incertitudes géopolitiques et les défis climatiques, la question de l’indépendance énergétique française reste plus que jamais au cœur des débats économiques. Les prochains mois diront si les mesures annoncées par le ministre permettront de desserrer les « menottes » qu’il dénonce, ou si de nouvelles tensions viendront fragiliser la stabilité des approvisionnements et des prix.

Roland Lescure a évoqué un renforcement des investissements dans les énergies renouvelables et une possible surtaxation de Total. Le gouvernement devrait présenter un plan détaillé dans le cadre du budget 2027, avec des mesures incitatives pour les entreprises et les ménages.

L’objectif est de préserver le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises. Le gouvernement mise sur une croissance endogène et des économies structurelles plutôt que sur de nouvelles recettes fiscales, jugées impopulaires.