Selon BFM Business, le chômage des jeunes au Royaume-Uni a franchi un seuil critique, avec 13,5 % des 16-24 ans sans emploi, ni formation, ni éducation au premier trimestre 2026. Ce chiffre, le plus élevé depuis 2013, marque une dégradation durable du marché du travail pour les jeunes Britanniques, alerte un rapport commandé par le gouvernement et rendu public ce jeudi. Une situation qui pourrait encore s’aggraver, avec un scénario à 1,25 million de jeunes concernés d’ici cinq ans, soit un coût estimé à 144 milliards d’euros par an pour l’économie britannique — un montant supérieur au budget annuel alloué à l’éducation en Angleterre.
Ce qu'il faut retenir
- 13,5 % des 16-24 ans au Royaume-Uni ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en éducation au premier trimestre 2026 — un niveau inédit depuis 2013.
- Le rapport Milburn, commandé par le gouvernement, alerte sur le risque d’une « génération perdue » si aucune mesure n’est prise.
- Le nombre de jeunes dans cette situation pourrait atteindre 1,25 million d’ici 2031, avec un coût économique estimé à 144 milliards d’euros par an.
- 84 % des jeunes concernés souhaitent pourtant trouver un emploi ou une formation, selon le rapport.
- La hausse des problèmes de santé mentale (+70 % en dix ans) et la disparition des emplois peu qualifiés aggravent la situation.
Un marché du travail en crise pour les jeunes
Les dernières données publiées par l’Office national des statistiques (ONS) britannique confirment une tendance inquiétante : le chômage des jeunes, déjà en hausse ces dernières années, ne montre aucun signe de ralentissement. Pour la première fois depuis 2013, plus d’un million de jeunes de 16 à 24 ans se trouvent hors du système éducatif, sans emploi ni formation. « Le décrochage n’est plus temporaire. Pour trop de jeunes, il devient permanent. Nous risquons de nous retrouver avec une génération perdue », a alerté Alan Milburn, ancien ministre travailliste sous Tony Blair et auteur du rapport.
Parmi les jeunes touchés, Lauren, 24 ans, diplômée de l’université de Cambridge en littérature, incarne cette génération en difficulté. Après deux ans de recherche infructueuse dans les secteurs de la communication et du marketing, elle cumule aujourd’hui un emploi à temps partiel dans un pub londonien et des auditions pour de petits rôles d’actrice. « Je pensais que je trouverais (un travail) tout de suite », confie-t-elle à l’AFP. « On postule à tellement d’emplois et on n’a aucun retour. C’est un peu décourageant ».
L’impact de l’intelligence artificielle et des mutations économiques
Le rapport Milburn pointe plusieurs facteurs structurels expliquant cette crise. D’abord, la transformation du marché du travail, avec la disparition progressive des emplois dits « peu ou moyennement qualifiés », notamment dans l’hôtellerie-restauration. Ensuite, l’automatisation croissante, accélérée par l’intelligence artificielle. « L’IA est un énorme problème », estime Lauren. « Ils n’ont plus vraiment besoin de payer des gens pour de la rédaction de texte, où les entreprises peuvent juste demander à ChatGPT ».
Côté santé, la situation est tout aussi préoccupante. Le rapport souligne une augmentation de 70 % en dix ans du nombre de jeunes déclarant ne pas travailler ou se former en raison de problèmes de santé mentale — anxiété, dépression, troubles du neurodéveloppement. « Pour la première fois depuis peut-être deux siècles, les évolutions en matière de santé, en particulier de santé mentale, freinent la croissance économique et provoquent une contraction de l’offre de travail », analyse Alan Milburn.
Des solutions limitées et des critiques envers l’État-providence
Le rapport ne se contente pas de dresser un constat alarmant : il formule aussi des pistes pour inverser la tendance. Parmi elles, la nécessité de mieux accompagner les jeunes en situation de handicap ou de troubles psychologiques vers le marché du travail. « Les personnes plus âgées ont l’impression que les jeunes sont paresseux, mais ce n’est pas le cas », tranche Shana Fatahali, 23 ans, mère d’un enfant de quatre ans et titulaire d’un diplôme professionnel en santé et social. « On postule à tellement d’emplois et on a aucun retour. C’est un peu décourageant ».
Autre point de friction : le rôle de l’État-providence. Le rapport estime que certains dispositifs d’aides publiques pourraient, sans le vouloir, décourager les jeunes bénéficiaires de chercher activement un emploi. Pourtant, 84 % des jeunes concernés expriment le souhait de travailler ou de se former, selon l’étude. « L’État-providence aggrave l’inactivité », peut-on lire dans le document, tout en précisant que les mesures actuelles ne suffisent pas à résoudre la crise.
Un coût économique et social insoutenable
Les conséquences de cette crise dépassent le simple cadre individuel. Le rapport chiffre le coût annuel de l’inactivité des jeunes à 125 milliards de livres sterling (soit 144 milliards d’euros), un montant supérieur aux dépenses annuelles du gouvernement britannique pour l’éducation en Angleterre. « Plus que ce que nous dépensons chaque année pour l’éducation en Angleterre », souligne Alan Milburn. Une somme qui englobe à la fois les pertes de productivité et les dépenses sociales supplémentaires.
Les Chambres de commerce britanniques, qui alertent depuis longtemps sur ces difficultés, rappellent que le problème n’est pas nouveau. « Les difficultés mises en évidence dans le rapport Milburn sont signalées par les entreprises depuis longtemps », explique-t-on dans un communiqué. « Il est essentiel que le gouvernement prenne d’urgence des mesures pour y remédier ». Une urgence d’autant plus grande que le taux de chômage global au Royaume-Uni, tous âges confondus, est reparti légèrement à la hausse au premier trimestre 2026, s’établissant à 5 %.
Alors que les jeunes Britanniques peinent à s’insérer sur un marché du travail en pleine mutation, leur situation reflète des enjeux plus larges, partagés par de nombreux pays occidentaux : comment concilier innovation technologique, santé mentale et inclusion économique ? La réponse, encore floue, pourrait bien déterminer l’avenir de toute une génération.
Plusieurs facteurs expliquent cette hausse, selon le rapport Milburn. D’abord, la disparition des emplois peu qualifiés, notamment dans l’hôtellerie-restauration, due à l’automatisation et à la précarisation du secteur. Ensuite, l’impact de l’intelligence artificielle sur les métiers traditionnels (rédaction, service client, etc.). Enfin, la dégradation de la santé mentale des jeunes, qui les éloigne temporairement ou durablement du marché du travail. Le rapport souligne aussi un désengagement partiel de l’État-providence, certains dispositifs ne poussant pas suffisamment à la reprise d’emploi.
Le rapport Milburn propose plusieurs pistes : un renforcement des dispositifs de santé mentale pour les jeunes, une meilleure orientation professionnelle dès le lycée, et une adaptation des aides sociales pour éviter les effets d’aubaine. Les Chambres de commerce britanniques réclament aussi une simplification des contrats de travail et une meilleure reconnaissance des compétences issues de formations non traditionnelles. Aucune mesure n’est encore officiellement annoncée par le gouvernement.