Un accord salarial inédit a permis à Samsung Electronics d’éviter une grève de 18 jours qui menaçait de paralyser l’entreprise sud-coréenne. Selon Numerama, la direction et le principal syndicat de l’entreprise, le Samsung Electronics Labor Union (SELU), sont parvenus à un compromis le 20 mai 2026, seulement quelques heures avant le début du mouvement social prévu le 21 mai. Ce dernier aurait pu regrouper plus de 50 000 employés, sur un total de 125 000 salariés en Corée du Sud.

Ce qu'il faut retenir

  • Un accord salarial provisoire prévoit une hausse moyenne des salaires de 6,2 %, contre 7 % réclamés initialement par les syndicats.
  • Les salariés de la division semi-conducteurs recevront en moyenne 290 000 euros cette année, sous forme de primes liées aux performances du secteur.
  • Les primes représenteront 10,5 % du bénéfice d’exploitation en actions, et 1,5 % en espèces, soit un total de 12 % du bénéfice, sous conditions de rentabilité.
  • Le régime de primes, valable dix ans, exige un bénéfice d’exploitation d’au moins 200 000 milliards de wons (114,5 milliards d’euros) entre 2026 et 2028, puis 100 000 milliards de wons (57,3 milliards d’euros) jusqu’en 2035.
  • Un collectif d’actionnaires a déjà qualifié l’accord d’« illégal », menaçant de saisir la justice, ce qui pourrait compliquer son application.
  • Le gouvernement sud-coréen a exercé une pression forte pour éviter la grève, évoquant un « arbitrage d’urgence » susceptible de bloquer le mouvement pour 30 jours.

Le compromis trouvé entre la direction et le SELU introduit un nouveau régime de primes directement indexé sur les performances des semi-conducteurs, un secteur en plein essor grâce à l’intelligence artificielle. Les 78 000 employés de cette division pourraient ainsi percevoir cette année environ 509 millions de wons en moyenne, soit près de 290 000 euros, selon les déclarations d’un responsable de l’entreprise rapportées par l’AFP.

Un mouvement social évité de justesse

La grève, initialement programmée pour durer du 21 mai au 7 juin 2026, aurait pu avoir des répercussions majeures sur l’industrie mondiale des semi-conducteurs. Selon des experts, un arrêt de 18 jours aurait pu réduire l’offre mondiale de DRAM (mémoire vive) de 3 à 4 %, et celle des mémoires NAND flash de 2 à 3 %, risquant d’entraîner une nouvelle hausse des prix. Samsung, l’un des principaux producteurs mondiaux, aurait donc joué un rôle clé dans la stabilité de ce marché stratégique.

Dès le 19 mai, un tribunal sud-coréen avait ordonné le maintien des opérations à des niveaux « normaux », sous peine d’amendes pouvant atteindre 100 millions de wons par jour (environ 57 700 euros). Le gouvernement, de son côté, n’avait pas hésité à brandir la menace d’un « arbitrage d’urgence », un mécanisme légal permettant de suspendre un mouvement social pendant 30 jours s’il menace l’économie nationale. Une pression qui a, semble-t-il, contribué à faire céder les parties.

Des concessions de part et d’autre

Les syndicats réclamaient initialement que 15 % du bénéfice d’exploitation soient consacrés aux primes des salariés, ainsi que la suppression du plafond des primes, fixé à 50 % du salaire annuel. Ces revendications visaient à permettre aux employés de profiter pleinement du boom des semi-conducteurs, porté par l’essor de l’IA. Le compromis trouvé, bien que moins avantageux que leurs demandes initiales, a finalement convaincu le SELU de suspendre le mouvement « jusqu’à nouvel ordre ».

Le syndicat doit désormais soumettre cet accord à la vote de ses 48 000 membres, entre le 23 et le 28 mai 2026. L’issue de ce référendum interne déterminera si la grève reprend ou non. « La direction et le syndicat ont pu trouver un accord alors que les deux parties ont fait des concessions », a déclaré Kim Young-hoon, ministre sud-coréen du Travail, lors d’un point de presse.

Un accord déjà contesté par les actionnaires

Malgré cet accord historique, une partie des actionnaires de Samsung s’y oppose fermement. Un collectif a qualifié l’accord de « illégal » et menace d’intenter une action en justice. Leur principal argument ? Le régime de primes, jugé trop coûteux pour l’entreprise, pourrait selon eux porter atteinte à ses intérêts financiers. Cette opposition pourrait fragiliser l’application de l’accord, même en cas d’approbation par les salariés.

Les actionnaires concernés n’ont pas manqué de souligner que les 12 % du bénéfice d’exploitation consacrés aux primes représentent une part significative des revenus de l’entreprise. Samsung, qui réalise une grande partie de ses profits dans les semi-conducteurs, devra donc veiller à ce que cet accord ne pèse pas trop lourdement sur sa trésorerie, surtout dans un contexte de forte concurrence internationale.

Et maintenant ?

L’issue du vote interne du SELU, prévu entre le 23 et le 28 mai 2026, sera déterminante. Si les salariés approuvent l’accord, la grève sera définitivement écartée, mais le risque d’un contentieux avec les actionnaires persistera. Dans le cas contraire, le mouvement social pourrait reprendre, avec les conséquences que cela implique pour l’industrie des semi-conducteurs. Par ailleurs, le gouvernement sud-coréen pourrait être appelé à jouer un rôle plus actif pour trouver une solution durable, notamment si les négociations reprennent.

Cet épisode illustre les tensions croissantes au sein des grandes entreprises technologiques, où la répartition des profits devient un enjeu central, surtout dans des secteurs aussi stratégiques que les semi-conducteurs. La capacité de Samsung à concilier les attentes de ses salariés et les impératifs économiques sera observée de près par l’ensemble de l’industrie.

Pour que les primes soient versées, le bénéfice d’exploitation de la division semi-conducteurs doit dépasser 200 000 milliards de wons (114,5 milliards d’euros) entre 2026 et 2028, puis 100 000 milliards de wons (57,3 milliards d’euros) jusqu’en 2035. Ces primes représenteront 10,5 % du bénéfice en actions et 1,5 % en espèces.