Selon Euronews FR, des comptes liés à trois personnalités sanctionnées par l’Union européenne pour ingérence étrangère pro-russe continuaient, au printemps 2026, d’afficher des outils de monétisation sur les principales plateformes numériques. Une enquête de l’ONG néerlandaise WHAT TO FIX, publiée fin mai 2026, révèle que 21 comptes associés à Nathalie Yamb, Sylvain Afoua et Justin Tagouh, totalisant plus de 4 millions d’abonnés, conservaient des fonctionnalités de rémunération malgré les restrictions imposées par Bruxelles en 2025.

Ce qu'il faut retenir

  • 21 comptes liés à trois personnalités sanctionnées par l’UE en 2025 pour ingérence pro-russe ont maintenu des outils de monétisation jusqu’au printemps 2026.
  • Ces comptes, présents sur Facebook, Instagram, TikTok, YouTube et X, cumulaient plus de 4 millions d’abonnés.
  • Parmi les personnalités visées figurent Nathalie Yamb, Sylvain Afoua (alias Egountchi Behanzin) et Justin Tagouh, accusés de diffuser une rhétorique pro-Kremlin en Afrique.
  • Les plateformes ont depuis supprimé certaines fonctionnalités après signalement, mais des lacunes persistent dans les mécanismes de contrôle, selon WHAT TO FIX.
  • L’affaire soulève des questions sur l’application du règlement européen sur les services numériques (DSA), notamment son article 34 relatif aux risques systémiques.

Des comptes toujours actifs malgré les sanctions de l’UE

L’enquête de WHAT TO FIX, menée entre janvier et avril 2026, a identifié 21 comptes associés à Nathalie Yamb, Sylvain Afoua et Justin Tagouh sur cinq plateformes majeures. Ces comptes, suivis par plus de 4 millions de personnes, affichaient encore des options de monétisation malgré leur inscription sur la liste noire de l’UE en 2025. Parmi les outils encore actifs figuraient les Facebook Stars, les abonnements de créateurs, les adhésions TikTok et les Channel Memberships de YouTube.

Les chercheurs ont observé que certaines fonctionnalités ont été supprimées après leurs signalements. TikTok a désactivé un compte lié à Afoua, tandis que YouTube a retiré une option d’adhésion à la chaîne de la Ligue de Défense Noire Africaine (LDNA), dirigée par Afoua. Un compte X lié à Yamb, monétisé en janvier, ne l’était plus lors d’un second contrôle en avril. « Il existe différentes manières de gagner de l’argent en tant que créateur : des services en dehors des plateformes, mais aussi des programmes de rémunération directs via ces dernières », a expliqué Victoire Rio, directrice exécutive de WHAT TO FIX, à Euronews FR.

Trois figures pro-russes ciblées par Bruxelles

Les trois personnalités sanctionnées par l’UE en 2025 sont accusées d’avoir participé à des opérations d’influence en Afrique en faveur de la Russie. Nathalie Yamb, influenceuse et commentatrice politique suisso-camerounaise, est suivie par plus de 2 millions de personnes selon l’Institute of Strategic Dialogue. L’UE lui reproche de reprendre la rhétorique du Kremlin et d’entretenir des liens avec AFRIC, une organisation associée à des sociétés militaires privées russes.

Justin Tagouh, fondateur d’Afrique Média, un réseau médiatique francophone, a annoncé en 2022 un partenariat avec Russia Today (RT). Des chercheurs de l’African Digital Democracy Observatory ont documenté la diffusion de contenus pro-Wagner et la republication d’articles de RT sur ses plateformes. Quant à Sylvain Afoua, connu sous le pseudonyme d’Egountchi Behanzin, il dirigeait la Ligue de Défense Noire Africaine (LDNA), dissoute en France en 2021 pour ses liens avec des mouvements extrémistes.

Un contexte géopolitique marqué par l’influence russe en Afrique

Ces sanctions s’inscrivent dans un contexte de tensions accrues entre l’Europe et la Russie, notamment en Afrique. Depuis le retrait des forces françaises du Mali en 2022, Moscou a renforcé ses liens avec les juntes militaires locales, via des mercenaires du groupe Wagner puis de son successeur, Africa Corps. Des campagnes de désinformation, présentant la Russie comme un allié fiable face à l’Occident, se multiplient sur le continent.

Selon des analystes, ces opérations visent à saper l’influence française et européenne, tout en légitimant la présence militaire russe. « Les plateformes numériques jouent un rôle clé dans la diffusion de ces narratifs, parfois via des comptes monétisés », souligne Victoire Rio. Le Digital Services Act (DSA), entré en vigueur pour les grandes plateformes, impose pourtant aux acteurs du numérique d’évaluer et de limiter les risques systémiques liés à leurs services.

Des plateformes sous pression, mais des lacunes persistantes

Les géants du numérique ont réagi après les signalements de WHAT TO FIX. YouTube a indiqué à Euronews FR que « Google s’engage à respecter les sanctions applicables et les lois en matière de conformité commerciale ». La plateforme a précisé appliquer ses conditions d’utilisation et supprimer les comptes enfreignant ces règles. TikTok a également retiré un compte lié à Afoua après l’alerte, avant que The Cube, l’équipe de vérification des faits d’Euronews, n’identifie et ne signale un second compte, créé en remplacement du premier. TikTok l’a supprimé « rapidement » après notification.

Pourtant, ces interventions tardives soulèvent des interrogations sur l’efficacité des mécanismes de contrôle. « Il y a très peu de transparence sur la manière dont les plateformes filtrent les créateurs avant de leur accorder l’accès aux services de monétisation », a déclaré Victoire Rio. L’ONG estime que les pratiques de monétisation des plateformes constituent un facteur de risque au regard de l’article 34 du DSA, qui impose aux grandes plateformes d’identifier et d’atténuer les risques systémiques.

Et maintenant ?

L’affaire pourrait pousser les autorités européennes à renforcer les contrôles sur les mécanismes de monétisation des réseaux sociaux. Une consultation publique sur l’application du DSA est attendue d’ici la fin 2026, avec un accent particulier sur la lutte contre la désinformation. Les plateformes, elles, devront clarifier leurs procédures de vérification pour éviter de nouveaux manquements. Reste à voir si ces mesures suffiront à endiguer la diffusion de contenus pro-Kremlin via des comptes monétisés.

Un enjeu de transparence et de conformité

Au-delà des sanctions individuelles, cette affaire met en lumière les défis posés par la régulation des contenus en ligne. « Notre première demande, que nous portons depuis le début, c’est la transparence », a insisté Victoire Rio. Les plateformes devront désormais justifier leurs processus de vérification, sous peine de voir leurs pratiques scrutées par les régulateurs européens.

Pour les trois personnalités sanctionnées, la situation reste floue. Aucune réaction publique n’a été enregistrée depuis les suppressions de comptes. Les observateurs s’interrogent : ces retraits suffiront-ils à limiter leur capacité à diffuser leur message, ou les acteurs pro-russes contourneront-ils les restrictions via de nouveaux comptes ou plateformes alternatives ?

L’Union européenne a sanctionné en 2025 Nathalie Yamb, Sylvain Afoua et Justin Tagouh pour « activités d’ingérence étrangère pro-russes ». Ces mesures interdisent à toute entité européenne de mettre des fonds ou des ressources économiques à leur disposition. Les trois personnes sont accusées d’avoir participé à des opérations d’influence en Afrique, notamment en diffusant une rhétorique favorable au Kremlin et en soutenant des campagnes de désinformation.

Le DSA, entré en vigueur pour les grandes plateformes en 2024, impose aux acteurs du numérique d’évaluer et de limiter les risques systémiques liés à leurs services. Son article 34 exige notamment une analyse des risques de désinformation et de manipulation de l’information. Cependant, son application reste récente, et cette affaire révèle des lacunes dans son exécution, notamment sur les mécanismes de monétisation.