Près de un quart des adolescentes de 17 ans déclarent avoir déjà eu des pensées suicidaires, selon les dernières données publiées par Santé publique France ce mardi 2 juin 2026. Ces deux enquêtes, révélées par Libération, dressent un tableau préoccupant de la santé mentale des enfants et adolescents en France, confirmant une tendance déjà observée ces dernières années.
Ce qu'il faut retenir
- 24 % des filles de 17 ans déclarent des pensées suicidaires, contre 12 % des garçons du même âge.
- 44 % des adolescentes de 17 ans rapportent des symptômes dépressifs, soit une hausse de 10 points en cinq ans.
- Chez les 11-17 ans, 17 % des filles et 8 % des garçons présentent des troubles émotionnels sévères.
- Les données proviennent de deux études distinctes menées en 2025, comparées aux enquêtes précédentes de 2020.
- Santé publique France souligne l’urgence d’une prise en charge renforcée, notamment en milieu scolaire.
Une hausse marquée des troubles mentaux chez les adolescentes
Les chiffres révèlent une disparité frappante entre les genres. Selon l’enquête menée auprès des adolescents de 11 à 17 ans, 17 % des filles présentent des troubles émotionnels sévères, contre seulement 8 % des garçons. Chez les jeunes de 17 ans, 44 % des filles déclarent souffrir de symptômes dépressifs, une augmentation significative par rapport aux 34 % enregistrés en 2020. « Cette dégradation est particulièrement marquée chez les adolescentes, dont la santé mentale semble se détériorer à un rythme plus rapide », indique Santé publique France dans son rapport.
Les pensées suicidaires touchent également une part croissante de cette population. 24 % des filles de 17 ans déclarent en avoir déjà eu, contre 12 % des garçons du même âge. Ces données, issues de l’enquête « EnCLASS » réalisée en milieu scolaire, confirment une tendance déjà identifiée dans les études antérieures, mais avec une intensité accrue. « On observe une accélération de la dégradation depuis 2020, notamment après la crise sanitaire », précise un porte-parole de l’agence.
Des disparités territoriales et sociales à surveiller
Les deux études révèlent également des disparités importantes selon les régions et les milieux sociaux. Les jeunes issus de familles modestes sont deux fois plus susceptibles de présenter des troubles mentaux que ceux issus de milieux favorisés. Dans les départements d’outre-mer, les taux de dépression et d’anxiété chez les adolescents dépassent largement la moyenne nationale. « Ces écarts soulignent l’importance des facteurs socio-économiques dans la santé mentale des jeunes », explique Santé publique France.
Les données montrent aussi que les troubles sont plus fréquents chez les adolescents scolarisés en lycée professionnel ou en filière générale. Les chercheurs pointent du doigt les pressions académiques, les réseaux sociaux et les difficultés relationnelles comme des facteurs aggravants. « L’environnement scolaire et familial joue un rôle clé, mais la pandémie a clairement exacerbé ces problématiques », ajoute le rapport.
Un appel à une mobilisation urgente des pouvoirs publics
Face à l’ampleur de la crise, Santé publique France appelle à une mobilisation immédiate des acteurs institutionnels et associatifs. L’agence recommande notamment le renforcement des dispositifs de prévention en milieu scolaire, comme les cellules d’écoute psychologique, et une meilleure formation des enseignants et professionnels de santé. « Il est urgent d’agir pour éviter que cette crise ne s’aggrave davantage », déclare un responsable de Santé publique France. « Les jeunes ont besoin d’un accompagnement adapté, accessible et sans délai. »
Les associations, comme Nightline France ou Fil Santé Jeunes, saluent la publication de ces données mais rappellent que les moyens alloués restent insuffisants. « Les structures d’écoute sont saturées, et les délais d’attente pour consulter un psychologue sont souvent trop longs », souligne une représentante de l’association. « Sans un investissement massif, la situation va continuer de se dégrader. »
Cette situation laisse également planer des questions sur l’impact à long terme de la crise sanitaire. Les experts s’interrogent : la dégradation observée depuis 2020 est-elle temporaire ou structurelle ? Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’efficacité des mesures mises en place.
Selon les experts, plusieurs facteurs se combinent : les pressions scolaires et sociales, l’impact de la crise sanitaire, l’exposition aux réseaux sociaux et les inégalités socio-économiques. Santé publique France souligne également le rôle des troubles relationnels et familiaux, ainsi que l’accès limité aux soins psychologiques, notamment pour les jeunes issus de milieux défavorisés.