Les troubles psychiques — anxiété, dépression, schizophrénie — continuent de progresser à l’échelle mondiale, touchant désormais près d’une personne sur sept, selon une étude publiée dans The Lancet et issue du programme Global Burden of Disease (GBD) 2023, comme le rapporte Futura Sciences. Les données, compilées sur plus de trente ans dans 204 pays et territoires, révèlent une augmentation de 24 % du taux standardisé des troubles mentaux, indépendamment de la croissance démographique.
Ce qu'il faut retenir
- En 2023, 1,17 milliard de personnes vivaient avec un trouble mental, soit presque le double qu’en 1990.
- Les troubles mentaux représentent 6,1 % du fardeau sanitaire mondial et sont devenus la première cause d’années vécues avec incapacité.
- Le taux de troubles psychiques a augmenté de 24 % après correction des effets de la démographie.
- Les 15-19 ans sont la tranche d’âge la plus affectée, avec 2 617 années de vie perdues en bonne santé pour 100 000 habitants.
- Les femmes sont plus touchées que les hommes, avec 2 240 DALY pour 100 000 contre 1 900 pour les hommes.
Contrairement à ce que certains pourraient penser, cette hausse ne s’explique pas uniquement par une meilleure reconnaissance des troubles ou une augmentation de la population. Les chercheurs soulignent que l’impact réel des troubles mentaux sur la santé mondiale est sous-estimé. « Il ne s’agit pas seulement du fait qu’il y ait davantage d’humains sur Terre, mais bien d’une augmentation réelle de la prévalence », précise l’étude.
Des troubles mentaux désormais au cinquième rang des causes de perte d’années de vie en bonne santé
Autrefois classée en 12e position des causes de perte d’années de vie en bonne santé en 1990, la santé mentale occupe désormais la 5e place en 2023. Les troubles anxieux, la dépression majeure et la schizophrénie comptent parmi les principaux contributeurs à cette évolution. Les auteurs de l’analyse rappellent que ce poids sanitaire est observé dans tous les pays et territoires, quels que soient les ressources sanitaires disponibles. « Ce phénomène n’épargne aucune région du globe », indique l’étude.
Les troubles mentaux pèsent désormais 6,1 % du fardeau sanitaire mondial total, dépassant d’autres pathologies chroniques. Ils sont devenus la première cause d’années vécues avec incapacité, un indicateur clé pour mesurer l’impact des maladies sur la qualité de vie des populations. « Leur impact sur la société est comparable à celui des maladies cardiovasculaires ou des cancers », souligne Damian Santomauro, professeur au Centre de recherche en santé mentale du Queensland et coauteur de l’étude.
Les jeunes et les femmes, les populations les plus vulnérables
Parmi les résultats les plus marquants, l’étude révèle que les 15-19 ans sont la tranche d’âge la plus affectée. En 2023, cette catégorie présentait 2 617 années de vie perdues en bonne santé (DALY) pour 100 000 habitants, le niveau le plus élevé enregistré. « Cela ne signifie pas que les adolescents sont plus nombreux à souffrir de troubles psychiques, mais que l’impact de ces troubles sur leur quotidien est particulièrement sévère », explique l’analyse. Les conséquences sur la scolarité, les relations sociales ou l’entrée dans la vie adulte peuvent être dévastatrices, d’autant que l’anxiété et la dépression émergent souvent à cet âge.
Les femmes, quant à elles, sont plus touchées que les hommes, avec 2 240 DALY pour 100 000 contre 1 900 pour les hommes. Plusieurs facteurs pourraient expliquer cet écart, selon les chercheurs : une exposition accrue aux violences conjugales, des inégalités persistantes, un poids plus important des responsabilités familiales et certains changements biologiques. « Ces différences reflètent des dynamiques sociales et structurelles qu’il est urgent d’adresser », souligne l’étude.
Une augmentation qui interpelle, malgré les progrès de la psychiatrie
Cette progression des troubles mentaux intervient alors que les systèmes de santé ont fait des avancées significatives en matière de diagnostic et de prise en charge. Pourtant, les auteurs de l’étude insistent : « L’augmentation observée ne peut pas être attribuée uniquement à une meilleure détection des cas. » Les données standardisées, qui corrigent les effets de l’âge et de la démographie, confirment une tendance de fond. « Même en contrôlant ces variables, la hausse reste marquée », précise Damian Santomauro.
Les chercheurs pointent également du doigt les inégalités d’accès aux soins, qui aggravent les disparités entre les pays. « Dans les régions où les ressources sanitaires sont limitées, l’impact des troubles mentaux est d’autant plus fort, car les systèmes de santé ne sont pas équipés pour y répondre », relève l’analyse. L’étude appelle donc à une action mondiale coordonnée, avec un investissement durable dans les systèmes de santé mentale et une amélioration de l’accès aux soins pour les populations les plus vulnérables.
Cette étude rappelle que la santé mentale n’est plus un sujet périphérique, mais un enjeu majeur de santé publique. Son poids sur la qualité de vie mondiale a triplé en trente ans, et son impact touche désormais toutes les tranches de la société. Face à ce constat, les auteurs appellent à une mobilisation sans précédent : « La priorité n’est plus de comprendre pourquoi ces troubles augmentent, mais d’agir pour les prévenir et les soigner », conclut l’analyse.
Plusieurs facteurs expliquent cet écart, selon les chercheurs : une exposition accrue aux violences conjugales, des inégalités persistantes dans la répartition des tâches domestiques et des responsabilités familiales, ainsi que des différences biologiques liées aux cycles hormonaux. Ces dynamiques sociales et structurelles aggravent la vulnérabilité des femmes face aux troubles anxieux et dépressifs.
L’étude identifie trois troubles principaux : les troubles anxieux, la dépression majeure et la schizophrénie. Ces pathologies contribuent de manière significative au fardeau sanitaire mondial, avec un impact particulièrement marqué sur la qualité de vie des populations.