Dans le nord de la Tunisie, à Sejnane, une région de Bizerte connue pour ses paysages verdoyants et ses traditions rurales, des femmes perpétuent depuis des siècles un savoir-faire artisanal unique. La poterie berbère de Sejnane, pratiquée exclusivement par les femmes, a été inscrite en 2018 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'Unesco. Selon Courrier International, ce métier, transmis de génération en génération, illustre une résistance culturelle face à la modernité.
Ce qu'il faut retenir
- La poterie de Sejnane est un artisanat exclusivement féminin, transmis entre générations depuis des siècles.
- Ce savoir-faire a été inscrit en 2018 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité par l'Unesco.
- Les artisans utilisent aucune machine ni outil de mesure, uniquement leur expérience et leur regard pour façonner les pièces.
- Les motifs s'inspirent de la nature et de la vie quotidienne, reflétant le patrimoine local.
- Sejnane, dans la région de Bizerte, est l'un des principaux foyers de cette tradition en Tunisie.
Un métier de patience et de transmission
Nisrine, potière de Sejnane, incarne cette tradition vivante. Depuis vingt ans, elle façonne l'argile à la main, comme sa mère et ses aïeules avant elle. « Je fabrique de la poterie depuis vingt ans, depuis que j’ai hérité de ce métier pratiqué par les femmes, également agricultrices, à Sejnane », confie-t-elle à Courrier International. Son témoignage met en lumière l’importance de ce métier, qui ne se limite pas à la création d’objets utilitaires, mais représente aussi un mode de vie. « C’est un artisanat hérité de nos ancêtres, et nous tenons à le préserver », ajoute-t-elle.
Le processus de fabrication reste inchangé depuis des générations. Après avoir broyat des morceaux d’argile séchée à l’aide d’une lourde pierre, Nisrine tamise le résultat pour obtenir une poudre fine. Cette étape, répétée inlassablement, illustre la rigueur et la patience requises pour maîtriser cet art. « Nous le pratiquons sans recourir à des machines ni à des outils de mesure, seulement à l’aide de nos yeux et de notre expérience », explique-t-elle. Un travail manuel exigeant, où chaque geste compte et où l’erreur n’est pas tolérée.
Sejnane, un bastion de la poterie berbère en Tunisie
La Tunisie compte plusieurs foyers de poterie berbère, mais Sejnane se distingue par la singularité de ses techniques et de ses motifs. D’autres régions, comme Djerba au sud, Nabeul et Moknine sur la côte est, abritent également des traditions potières, mais celle de Sejnane est particulièrement réputée pour son authenticité. Les pièces produites ici, souvent utilisées pour le stockage ou la cuisson, sont reconnaissables à leurs décors géométriques et leurs couleurs naturelles, inspirés par l’environnement local.
Pour les habitantes de Sejnane, la poterie n’est pas seulement un métier : c’est un héritage culturel. Beaucoup d’entre elles, comme Nisrine, sont aussi agricultrices, combinant les deux activités pour subvenir aux besoins de leur famille. Cette double casquette reflète le mode de vie traditionnel de la région, où les compétences artisanales et agricoles sont indissociables. « Les femmes de Sejnane sont les gardiennes de ce savoir-faire », souligne l’article de Courrier International.
Un patrimoine en danger face à la modernisation
Malgré sa reconnaissance par l’Unesco, la poterie de Sejnane fait face à des défis majeurs. L’exode rural, la concurrence des produits industriels et le manque de relève menacent la pérennité de ce métier. Les jeunes générations, souvent attirées par des emplois plus lucratifs ou moins physiques, se détournent de cette tradition. Pourtant, des efforts de préservation sont en cours, notamment grâce à des associations locales et des programmes culturels visant à valoriser ce patrimoine.
Un autre enjeu réside dans la transmission du savoir-faire. Comme le rappelle Nisrine, « nous pratiquons sans recourir à des machines ni à des outils de mesure ». Cette absence de standardisation rend l’apprentissage long et complexe, nécessitant une initiation dès l’enfance. Pourtant, des initiatives émergent pour former les nouvelles générations, comme des ateliers organisés par des artisans expérimentés ou des partenariats avec des institutions culturelles.
Pour l’heure, les potières de Sejnane continuent de travailler la terre avec la même détermination que leurs ancêtres. Leur combat n’est pas seulement celui d’un métier, mais celui d’une identité culturelle. Entre le bruit des pierres qui broient l’argile et l’odeur de la terre humide, Sejnane reste un symbole vivant d’une Tunisie fière de son passé.
Oui, selon les traditions locales rapportées par Courrier International, la poterie de Sejnane est un métier exclusivement pratiqué par les femmes, transmise de mère en fille depuis des générations.
Les motifs s’inspirent principalement de la nature et de la vie quotidienne : des formes géométriques, des plantes, des animaux ou des scènes de la vie rurale, reflétant le patrimoine local.