Selon RFI, les révélations sur un crime mafieux impliquant des personnalités proches du pouvoir en Serbie ont secoué la classe politique ces derniers jours. Dusan Spasojevic, ministre de l’Intérieur par intérim, a confirmé mardi 27 mai 2026 l’ouverture d’une enquête « prioritaire » après l’assassinat ciblé d’un homme d’affaires proche des cercles du pouvoir.
Ce qu’il faut retenir
- Un homme d’affaires serbe, identifié comme Aleksandar Stojanovic, a été abattu dans un quartier huppé de Belgrade le 25 mai 2026
- L’enquête, menée par la Police judiciaire serbe, pointe vers des réseaux criminels liés à des figures politiques de premier plan
- Dusan Spasojevic, ministre de l’Intérieur, a évoqué une « infiltration mafieuse » au sommet de l’État
- Plusieurs perquisitions ont été menées dans des locaux ministériels et des résidences privées
- Le président Aleksandar Vucic a ordonné la suspension de trois hauts fonctionnaires en attendant les résultats de l’enquête
Un assassinat aux ramifications politiques
Aleksandar Stojanovic, 48 ans, connu pour ses liens avec le Parti progressiste serbe (SNS) au pouvoir, a été tué par balles alors qu’il quittait son domicile à Belgrade. Selon les premiers éléments de l’enquête, rapportés par RFI, l’arme utilisée serait de type « Tokarev », souvent associée à des milieux criminels organisés dans les Balkans. Les autorités ont immédiatement évoqué un « règlement de comptes interne », sans exclure une implication de réseaux mafieux infiltrés dans l’appareil d’État.
Dès jeudi 26 mai, Dusan Spasojevic a tenu une conférence de presse pour évoquer « une situation alarmante ». « Nous sommes face à une infiltration mafieuse qui touche jusqu’aux plus hauts niveaux de l’administration », a-t-il déclaré. Il a annoncé la création d’une cellule d’enquête spéciale, composée d’agents du ministère de l’Intérieur et de la police judiciaire, pour démanteler ces réseaux.
Des perquisitions ciblées dans l’entourage du pouvoir
Les enquêteurs ont lancé une série de perquisitions dès vendredi 27 mai, visant notamment des bureaux ministériels et des résidences privées. Parmi les lieux concernés figurent le ministère de l’Intérieur et une propriété appartenant à un proche collaborateur du président Aleksandar Vucic. Selon RFI, ces opérations ont permis la saisie de documents et d’objets suspects, dont des téléphones cryptés et des registres financiers.
« Ces éléments pourraient révéler des liens entre des hommes d’affaires, des responsables politiques et des groupes criminels », a précisé une source judiciaire sous couvert d’anonymat. Le parquet de Belgrade a confirmé l’ouverture d’une procédure pour « association de malfaiteurs » et « corruption aggravée », deux chefs d’accusation qui pourraient entraîner des peines allant jusqu’à 12 ans de prison.
Le président Vucic sous pression
Face à la polémique grandissante, le président serbe Aleksandar Vucic a réagi en suspendant trois hauts fonctionnaires, dont le directeur de cabinet du ministère de l’Intérieur. « Il ne sera toléré aucun lien entre l’État et les réseaux criminels », a-t-il affirmé lors d’une allocution télévisée diffusée samedi 28 mai. Il a également appelé à une « collaboration transparente » avec les enquêteurs européens, évoquant la possibilité d’une assistance de Europol dans les prochaines semaines.
Pourtant, des critiques émergent au sein de l’opposition, qui accuse le gouvernement de minimiser l’affaire. « On nous parle de cellules spéciales et de perquisitions, mais où sont les arrestations ? », s’interroge Dragan Djilas, leader du Parti démocrate. « Ces révélations confirment que la Serbie est devenue un État mafieux », a-t-il ajouté, sans apporter de preuve supplémentaire.
Alors que l’affaire Stojanovic continue de faire trembler Belgrade, les Serbes restent partagés entre inquiétude et scepticisme. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si cette crise marquera un tournant dans la lutte contre la criminalité organisée, ou si elle ne sera qu’un nouveau feu de paille dans le paysage politique déjà trouble du pays.
La police judiciaire serbe doit remettre un rapport préliminaire d’ici le 5 juin 2026. Si les preuves sont suffisantes, des arrestations pourraient intervenir dès la semaine suivante. Le parquet de Belgrade pourrait également élargir les charges à d’autres personnalités politiques ou économiques.